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Numéro(s) recherché(s): Ad Gentes 23-27

Ad Gentes23Les missionnaires

La vocation missionnaire

Bien qu'à tout disciple du Christ incombe pour sa part la charge de répandre la foi (1), le Christ Seigneur appelle toujours parmi ses disciples ceux qu'il veut pour qu'ils soient avec lui et pour les envoyer prêcher aux peuples païens (cf. Me 3, 13 s.). Aussi par l'Esprit-Saint, qui partage comme il lui plaît les charismes pour le bien de l'Eglise (1 Cor. 12, 11), inspire-t-il la vocation missionnaire dans le coeur d'individus et suscite-t-il en même temps dans l'Eglise des Instituts (2) qui se chargent comme d'un office propre de la mission d'évangélisation qui appartient à toute l'Eglise.

Ils sont, en effet, marqués d'une vocation spéciale ceux qui -- doués d'un caractère naturel adapté, aptes en raison de leurs qualités et de leur intelligence -- sont prêts à assumer (3) l'oeuvre missionnaire, qu'ils soient autochtones ou étrangers: prêtres, religieux, laïcs. Envoyés par l'autorité légitime, ils partent dans la foi et l'obéissance vers ceux qui sont loin du Christ, mis à part pour l'oeuvre en vue de laquelle ils ont été choisis (cf. Act. 13, 2) comme ministres de l'Evangile "pour que l'offrande des païens soit agréée, étant sanctifiée par l'Esprit-Saint" (Rom. 15, 16).
Ad Gentes24La spiritualité missionnaire

Mais au vrai Dieu qui l'appelle, l'homme doit répondre d'une manière telle que, sans consulter la chair ni le sang (cf. Gal. 1, 16), il s'attache tout entier à l'oeuvre de l'Evangile. Mais cette réponse ne peut être donnée qu'à l'invitation et avec la force de l'Esprit-Saint. L'envoyé entre en effet dans la vie et la mission de Celui qui "s'est anéanti en prenant la forme d'esclave" (Phil. 2, 7). Il doit donc être prêt à se maintenir pour la vie dans sa vocation, à renoncer à lui-même et à tout ce qu'il a possédé jusque-là et à se faire tout à tous (1 Cor. 9, 22).

Annonçant l'Evangile parmi les peuples païens, il doit faire connaître avec confiance le mystère du Christ, dont il est l'ambassadeur, de telle manière qu'en Lui il ait l'audace de parler comme il le faut (cf. Eph. 6, 19 s.; Act. 4, 31), sans rougir du scandale de la croix. Suivant les traces de son Maître qui est doux et humble de coeur, il doit montrer que son joug est suave et son fardeau léger (Mt. I 1, 29 s.). Par une vie véritablement évangélique (4), par une grande constance, par la longanimité, par la douceur, par une charité sans feinte (cf. 2 Cor. 6, 4 s.), il doit rendre témoignage à son Seigneur et même, si c'est nécessaire, jusqu'à l'effusion du sang. Il obtiendra de Dieu courage et force pour reconnaître que, dans les multiples tribulations et la très profonde pauvreté qu'il expérimente, se trouve une abondance de joie (cf. 2 Cor. 8, 2). Il doit être persuadé que l'obéissance est la vertu particulière du ministre du Christ, qui a racheté le genre humain par son obéissance.

Les prédicateurs de l'Evangile doivent se garder de négliger la grâce qui est en eux; ils doivent se renouveler de jour en jour par une transformation spirituelle (cf. 1 Tim. 4, 14; Eph. 4, 23; 2 Cor. 4,16). Les Ordinaires et les Supérieurs devront à époques fixes, réunir les missionnaires pour qu'ils soient fortifiés dans l'espérance de leur vocation et renouvelés dans leur ministère apostolique; des maisons adaptées pourront même être organisées dans ce but.
(1) Conc. Vat. II, Const. dogm. Lumen gentium, 17 (AAS 1965, 21) [pp. 37-38].
(2) Sous le nom d'Instituts sont compris les Ordres, les Congrégations, les Instituts et les Associations qui travaillent dans les Missions.
(3) Cf. Pie XI, Rerum Ecclesiae, 28 fév. 1926 (AAS 1926, 69-71); Pie XII, Saeculo exeunte, 13 juin 1940 (AAS 1940, 256); Evangelii Praecones, 2 juin 1951 (AAS 1951, 506).
(4) Cf. Benoît XV, Maximum illud, 30 nov. 1919 (AAS 1919, 449-450).
Ad Gentes25Formation spirituelle et morale

Le futur missionnaire doit être préparé à une si noble tâche par une formation spirituelle et morale spéciale (1). Il doit être prompt à prendre des initiatives, avoir de la constance pour mener à bout ses oeuvres, persévérant dans les difficultés; il doit supporter patiemment, courageusement, la solitude, la fatigue, le travail stérile. Il ira au-devant des hommes franchement, le coeur largement ouvert; il entreprendra de bon coeur les tâches qui lui auront été confiées; il s'adaptera généreusement aux moeurs étrangères des peuples, aux situations changeantes; en plein accord avec eux, avec une charité réciproque, il apportera son travail et son aide à ses frères et à tous ceux qui se consacrent à la même besogne, en sorte qu'ils soient, à l'imitation de la communauté apostolique, un seul coeur et une seule âme (cf. Act. 2, 42; 4, 32).

Déjà pendant le temps de la formation, ces dispositions d'âme doivent être mises en oeuvre, cultivées, élevées et nourries par la vie spirituelle.

Pénétré d'une foi vive et d'une espérance inébranlable, le missionnaire doit être un homme de prière; il doit être enflammé d'un esprit de force, d'amour, de maîtrise de soi (cf. 2 Tim. 1, 7); il doit apprendre à se suffire en toute occasion (cf. Phil. 4, 11); par l'esprit de sacrifice, il doit porter en lui l'état de mort de Jésus, afin que la vie de Jésus opère en ceux à qui il est envoyé (cf. 2 Cor. 4, 10 s.); par zèle des âmes, il doit de tout coeur tout dépenser et, en outre, se dépenser lui-même pour les âmes (cf. 2 Cor. 12, 15 s.), au point que "par l'exercice quotidien de sa tâche, il grandisse dans l'amour de Dieu et du prochain" (2). C'est ainsi que, obéissant à la volonté du Père avec le Christ, il continuera la mission du Christ sous l'autorité hiérarchique de l'Église, et collaborera au mystère du salut.
(1) Cf. Benoît XV, Maximum illud, 30 nov. 1919 (AAS 1919, 448-449); Pie XII, Evangelii Praecones, 2 juin 1951 (AAS 1951, 507). Dans la formation des missionnaires prêtres, il faut tenir compte aussi de ce qui est décidé au Conc. Vat. II, dans le Décret sur la formation des prêtres [pp. 351 ss].
(2) Cf. Conc. Vat. II, Const. dogm. Lumen gentium, 41 (AAS 1965, 46) [pp. 66-69].
Ad Gentes26Formation doctrinale et apostolique

Ceux qui seront envoyés vers les divers peuples païens doivent être, comme de bons ministres du Christ, nourris " des enseignements de la foi et de la bonne doctrine " (I Tim. 4, 6), qu'ils puiseront avant tout dans les Saintes Ecritures, approfondissant le mystère du Christ dont ils seront les hérauts et les témoins.

C'est pourquoi tous les missionnaires -- prêtres, frères, soeurs, laïcs -- doivent être préparés et formés chacun selon sa situation, afin de n'être pas trouvés inférieurs aux exigences de leur future tâche (1). Dès le début déjà, leur formation doctrinale doit être organisée de telle manière qu'elle embrasse l'universalité de l'Eglise et la diversité des nations. Cela vaut pour toutes les disciplines par lesquelles ils sont préparés à s'acquitter de leur ministère, et pour les autres sciences dont ils seront utilement instruits, afin qu'ils aient une connaissance générale des peuples, des cultures, des religions, tournée non seulement vers le passé, mais aussi vers le présent. Quiconque en effet doit aborder un autre peuple doit faire grand cas de son patrimoine, de ses langues, de ses moeurs. Il est donc absolument nécessaire au futur missionnaire de s'adonner aux études missiologiques, c'est-à-dire de connaître la doctrine et les règles de l'Eglise sur l'activité missionnaire, de savoir quels chemins les messagers de l'Evangile ont parcourus au cours des siècles, ainsi que la situation actuelle des missions, en même temps que les méthodes jugées actuellement plus efficaces (2).

Bien que cette formation complète doive être pénétrée de sollicitude pastorale, une formation apostolique particulière, bien ordonnée, doit être proposée, tant par des cours que par des exercices pratiques (3).

Le plus grand nombre possible de frères et de soeurs doivent être instruits convenablement de l'art de la catéchèse, y être préparés, afin de pouvoir collaborer davantage encore à l'apostolat. Même ceux qui assument pour une période seulement un rôle dans l'activité missionnaire, il est nécessaire qu'ils acquièrent formation en rapport avec leur situation.

Ces diverses sortes de préparation doivent être complétées dans les pays auxquels ils sont envoyés, de sorte que les missionnaires connaissent de manière plus étendue l'histoire, les structures sociales, les coutumes des peuples, qu'ils approfondissent l'ordre moral, les préceptes religieux ainsi que les idées intimes qu'ils ont selon leurs traditions sacrées sur Dieu, le monde et l'homme (4). Ils doivent apprendre les langues jusqu'à pouvoir les utiliser aisément correctement, et trouver ainsi un accès plus facile à l'esprit et au coeur des hommes (5). En outre, ils doivent être initiés aux besoins pastoraux particuliers du pays.

Quelques-uns des missionnaires devront être préparés d'une manière plus approfondie auprès des Instituts Missiologiques ou d'autres Facultés ou Universités, afin de pouvoir s'acquitter plus efficacement de fonctions spéciales (6), et rendre service, par leur science, aux autres missionnaires dans l'exercice de leur activité missionnaire qui, de nos jours, surtout, présente tant de difficultés et qui est si nécessaire. Il est, en outre, tout a fait souhaitable que les Conférences Episcopales régionales aient à leur disposition un bon nombre de compétences de ce genre, et qu'elles usent avec fruit de leur science et de leur expérience dans les difficultés que rencontre leur tache. On ne doit pas non plus manquer d'hommes qui sachent utiliser les instruments techniques et les moyens de communication sociale, dont tous doivent apprécier hautement l'importance.
(1) Cf. Benoît XV, Maximum illud, 30 nov. 1919 (AAS 1919, 440); Pie XII, Evangelii Praecones, 2 juin 1951 (AAS 1951, 507).
(2) Benoit XV, Maximum illud, 30 nov. 1919 (AAS 1919, 448); Décret de la Propagande du 20 mai 1923 (AAS 1923, 369-370); Pie XII, Saeculo exeunte, 2 juin 1940 (AAS 1940, 256); Evangelii Praecone, 2 juin 1951 (AAS 1951, 507); Jean XXIII, Princeps Pastorum, 28 nov. 1959 (AAS 1959, 843-844).
(3) Conc. Vat. II, Décret sur la formation des prêtres, 19-21 1966, 725-726) [pp. 370-371]; Const. apost. Sedes Sapientiae avec les Statuts généraux (AAS 1956, 354-365).
(4) Pie XII, Evangelii Pracones, 2 juin 1951 (AAS 1951, 523-524).
(5) Benoit XV, Maximum illud, 30 nov. 1919 (AAS 1919, 448); Pie XII, Evangelii Praecones, 2 juin 1951 (AAS 1951, 507).
(6) Cf. Pie XII, Fidei Domum, 15 juin 1957 (AAS 1957, 234).
Ad Gentes27Les Instituts qui travaillent dans les missions

Tout cela, nécessaire pourtant de façon absolue à quiconque est envoyé aux païens, peut à peine être vraiment réalisé par des individus. L'oeuvre missionnaire elle-même, au témoignage de l'expérience, ne pouvant non plus être accomplie par des isolés, une vocation commune a rassemblé des personnes en des Instituts dans lesquels, en mettant en commun leurs forces, elles pourront recevoir une formation adaptée et s'acquitter de cette oeuvre au nom de l'Eglise et selon la volonté de l'autorité hiérarchique. Depuis de nombreux siècles, ces Instituts ont porté le poids du jour et de la chaleur, soit qu'ils se dévouent totalement au labeur missionnaire, soit que cette activité absorbe une partie seulement de leurs efforts. Souvent, d'immenses territoires leur ont été confiés par le Saint-Siège pour être évangélisés; ils y ont rassemblé pour Dieu un nouveau peuple, une Eglise locale qui adhère à ses propres pasteurs. Les Eglises qu'ils ont fondées par leurs sueurs, bien plus encore par leur sang, ils seront à leur service par leur zèle et leur expérience en une collaboration fraternelle, ou en prenant la charge des âmes ou en s'acquittant de fonctions spéciales en vue du bien commun.

Parfois, pour toute l'étendue d'une région, ils assumeront certaines tâches plus urgentes, par exemple l'évangélisation de groupes humains ou de peuples qui n'auraient pas encore, pour diverses raisons, reçu le message évangélique, ou qui jusqu'ici lui ont résisté (1). Si besoin est, ils doivent être prêts à former et à aider de leur expérience ceux qui se consacrent pour un temps à l'activité missionnaire. Pour ces raisons, et du fait qu'il existe encore des peuples nombreux qu'il faut amener au Christ. les Instituts demeurent absolument nécessaires.
(1) Cf. Conc. Vat. II, Décret sur le ministère et la vie des prêtres, 10, où il est question des diocèses, des prélatures personnelles et autres questions semblables (AAS 1966, 1007) [pp. 331-332].
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(re)publié: 30/11/1959