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Numéro(s) recherché(s): Ad Gentes 10-18

Ad Gentes10L'oeuvre missionnaire elle-même

Introduction

L'Eglise, envoyée par le Christ pour manifester et communique la charité de Dieu à tous les hommes et à toutes les nations, comprend qu'elle a à faire une oeuvre missionnaire encore énorme. Car deux milliards d'hommes, dont le nombre s'accroît de jour en jour, qui sont rassemblés en des groupements importants et déterminés par les rapports stables de la vie culturelle, par les antiques tradition religieuses, par les liens solides des relations sociales, n'ont pas encore entendu le message évangélique ou l'ont à peine entendu; les uns suivent l'une des grandes religions, les autres demeurent étrangers à connaissance de Dieu lui-même, d'autres nient expressément son existence, parfois même l'attaquent. L'Eglise, afin de pouvoir présenter à tous le mystère du salut et la vie apportée par Dieu, doit s'insérer dans tous ces groupes humains du même mouvement dont le Christ lui-même, par son incarnation, s'est lié aux conditions sociales culturelles déterminées des hommes avec lesquels il a vécu.
Ad Gentes11Le témoignage chrétien

Le témoignage de la vie et le dialogue

Il faut que l'Eglise soit présente dans ces groupements par ses enfants, qui y vivent ou sont envoyés vers eux. Car chrétiens, partout où ils vivent, sont tenus de manifester de telle manière, par l'exemple de leur vie et le témoignage de leur parole l'homme nouveau qu'ils ont revêtu par le baptême, et la force du Saint-Esprit qui les a fortifiés au moyen de la confirmation, que les autres, réfléchissant à leurs bonnes oeuvres, glorifient le Père (Mt. 5, 16), et perçoivent plus pleinement le sens authentique de la vie humaine et le lien universel de communion des hommes.

Pour qu'ils puissent donner avec fruit ce témoignage du Christ, ils doivent se joindre à ces hommes par l'estime et la charité, se reconnaître comme des membres du groupement humain dans lequel ils vivent, avoir une part dans la vie culturelle et sociale au moyen des divers échanges et des diverses affaires humaines; ils doivent être familiers avec leurs traditions nationales et religieuses; découvrir avec joie et respect les semences du Verbe qui s'y trouvent cachées; ils doivent en même temps faire attention à la transformation profonde qui s'opère parmi les nations, et travailler à ce que les hommes de notre temps, trop attentifs à la science et à la technique du monde moderne, ne soient pas détournés des choses divines; bien au contraire, à ce qu'ils soient éveillés à un désir plus ardent de la vérité et de la charité révélées par Dieu. Le Christ lui-même a scruté le coeur des hommes, et les a amenés par un dialogue vraiment humain à la lumière divine; de même ses disciples, profondément pénétrés de l'Esprit du Christ, doivent connaître les hommes au milieu desquels ils vivent, engager conversation avec eux, afin qu'eux aussi apprennent dans un dialogue sincère et patient, quelles richesses Dieu, dans sa munificence, a dispensées aux nations; ils doivent en même temps s'efforcer d'éclairer ces richesses de la lumière évangélique, de les libérer, de les ramener sous l'autorité du Dieu Sauveur.
Ad Gentes12Présence de la charité

La présence des chrétiens dans les groupements humains doit être animée de cette charité dont nous a aimés Dieu, qui veut que nous aussi nous nous aimions mutuellement de la même charité (cf. I Jn 4, 11). La charité chrétienne s'étend véritablement à tous les hommes, sans aucune distinction de race, de condition sociale ou de religion; elle n'attend aucun profit ni aucune reconnaissance. Dieu nous a aimés d'un amour gratuit; de même, que les fidèles soient préoccupés dans leur charité de l'homme lui-même, en l'aimant du même mouvement dont Dieu nous a cherchés. Le Christ parcourait toutes les villes et les bourgades en guérissant toutes les maladies et intimités, en signe de l'avènement du Règne de Dieu (cf. Mt. 9, 35ss; Act. 10, 38); de même l'Eglise est par ses fils en liaison avec les hommes de quelque condition qu'ils soient; elle l'est surtout avec les pauvres et ceux qui souffrent, et de tout son coeur elle se sacrifie pour eux (cf. 2 Cor. 12, 15). Elle participe à leurs joies et à leurs souffrances, elle connaît les aspirations et les problèmes de leur vie, elle souffre avec eux dans les angoisses de la mort. A ceux qui cherchent la paix, elle désire répondre dans un dialogue fraternel, en leur apportant la paix et la lumière qui viennent de l'Evangile.

Les chrétiens doivent donc travailler, ils doivent collaborer avec tous les autres à organiser de manière droite les affaires économiques et sociales; ils doivent se dévouer avec un soin spécial à l'éducation des enfants et des jeunes au moyen des écoles de toute sorte, qu'il faut considérer non seulement comme un moyen privilégié pour former et élever une jeunesse chrétienne, mais en même temps comme un service de très haute valeur pour les hommes, surtout pour les nations qui montent, pour élever la dignité humaine et préparer des conditions plus humaines. Ils doivent en outre prendre une part dans les efforts de ces peuples qui, en faisant la guerre à la faim, à l'ignorance et aux maladies, s'appliquent à améliorer les conditions de la vie et à affermir la paix dans le monde. Dans cette activité, les fidèles doivent souhaiter ardemment apporter de façon prudente leur dévouement aux initiatives proposées par les institutions privées ou publiques, par les gouvernements, par les organismes internationaux, par les diverses communautés chrétiennes et par les religions non chrétiennes.

Mais l'Eglise ne veut en aucune manière s'ingérer dans le gouvernement de la cité terrestre. Elle ne revendique pour elle-même d'autre titre que celui d'être au service des hommes, Dieu aidant, par sa charité et son service fidèle (cf. Mt. 20, 26; 23, 11) (1).

Dans leur vie et leur activité. les disciples du Christ, intimement unis aux hommes, espèrent leur présenter le vrai témoignage du Christ et travailler en vue de leur salut, même là où ils ne peuvent annoncer pleinement le Christ. Car ils ne recherchent pas le progrès et la prospérité purement matériels des hommes; mais ils entendent promouvoir leur dignité et leur union fraternelle, en enseignant les vérités religieuses et morales que le Christ a éclairées de sa lumière; et ainsi, ils ouvrent pas à pas un chemin plus parfait vert Dieu. C'est ainsi que les hommes sont aidés dans l'obtention de leur salut au moyen de la charité envers Dieu et le prochain; c'est ainsi que commence à luire le mystère du Christ, en qui est apparu le nouvel homme, créé selon Dieu (cf. Eph. 4, 24), en qui la charité de Dieu se révèle.
(1) Cf. Alloc. de Paul VI au Concile, 21 novembre 1964 (AAS 1964, 1013).
Ad Gentes13La prédication de l'Evangile et le rassemblement du peuple de Dieu

Evangélisation et conversion

Partout où Dieu ouvre un champ libre à la prédication pour proclamer le mystère du Christ (cf. Col. 4, 3), on doit annoncer (cf. I Cor. 9, 15; Rom. 10, 14) à tous les hommes (cf. Mc 16, 15) avec assurance et persévérance (cf. Act. 4, 13, 29, 31; 9, 27-28; 13, 46; 14, 3; 19, 8; 26, 26; 28, 31; 1 Thess. 2, 2; 2 Cor. 3, 12; 7, 4; Phil. 1, 20; Eph. 3, 12; 6, 19-20) le Dieu vivant, et Celui qu'Il a envoyé pour le salut de tous, Jésus-Christ (cf. 1 Thess. 1, 9-10; 1 Cor. 1, 18-21; Gal. 1, 31; Act. 14, 15-17; 17, 22-31), pour que les non-chrétiens, le Saint-Esprit ouvrant leur coeur (cf. Act. 16, 14), croient et se convertissent librement au Seigneur et s'attachent loyalement à Lui qui, étant "la Voie, la Vérité et la Vie" (Jn 14, 6), comble toutes leurs attentes spirituelles, bien plus les dépasse de façon infinie.

Bien sûr, cette conversion est à comprendre comme une conversion initiale; elle est suffisante cependant pour que l'homme se rende compte que, détourné du péché, il est introduit dans le mystère de l'amour de Dieu, qui l'appelle à nouer des rapports personnels avec Lui dans le Christ. En effet, sous l'action de la grâce de Dieu, le nouveau converti entreprend un itinéraire spirituel par lequel, communiant déjà par la foi au mystère de la mort et de la résurrection, il passe du vieil homme au nouvel homme qui a sa perfection dans le Christ (cf. Col. 3, 5-10; Eph. 4, 20-24). Ce passage, qui entraîne avec soi un changement progressif de la mentalité et des moeurs, avec ses conséquences sociales, doit devenir manifeste et se développer peu à peu pendant le temps du catéchuménat. Comme le Seigneur en qui on croit est un signe de contradiction (cf. Lc 2, 34; Mt. 10, 34-39), il n'est pas rare que le converti fasse l'expérience de ruptures et de séparations, mais aussi connaisse les joies que Dieu donne sans les mesurer (cf. 1 Thess. 1, 6).

L'Eglise interdit sévèrement de forcer qui que ce soit à embrasser la foi, ou de l'y amener ou attirer par des pratiques indiscrètes, tout comme elle revendique avec force le droit pour qui que ce soit de n'être pas détourné de la foi par des vexations injustes (1).

Selon la très antique coutume de l'Eglise, on doit examiner avec soin les motifs de la conversion et, s'il est nécessaire, les purifier.
(1) Cf. Conc. Vat. II, Décl. sur la liberté religieuse, 2, 4, 10 (AAS, 1966, 930-933, 936) [pp. 558-559, 560- 561, 564-565]. Const. sur l'Eglise dans le monde d'aujourd'hui 21 (AAS, 1966, 1040-1042) [pp. 167 ss].
Ad Gentes14Catéchuménat et initiation chrétienne

Ceux qui ont reçu de Dieu par l'intermédiaire de l'Eglise la foi au Christ (1) doivent être admis au catéchuménat par des cérémonies liturgiques. Le catéchuménat n'est point un simple exposé des dogmes et des préceptes, mais une formation à la vie chrétienne intégrale, et un apprentissage mené de la façon qui convient -- formation et apprentissage par lesquels les disciples sont unis au Christ leur Maître. Les catéchumènes doivent donc être initiés comme il faut au mystère du salut et à la pratique des moeurs évangéliques, et introduits par des rites sacrés, célébrés à des époques successives (2), dans la vie de la foi, de la liturgie et de la charité du Peuple de Dieu.

Ensuite, délivrés de la puissance des ténèbres (cf. Col. 1, 13) (3) par les sacrements de l'initiation chrétienne, morts avec le ensevelis avec lui et ressuscités avec lui (cf. Rom. 6, 4-11; Col. 2, 12-13; 1 Pt. 3, 21-22; Mc 16, 16), ils reçoivent l'Esprit d'adoption des enfants (cf. 1 Thess. 3, 5-7; Act. 8, 14-17) et célèbrent avec tout le Peuple de Dieu le mémorial de la mort et de la résurrection du Seigneur.

Il faut souhaiter que la liturgie du temps du Carême et du temps de Pâques soit réformée de telle manière qu'elle prépare les coeurs des catéchumènes à la célébration du mystère pascal, pendant solennités duquel ils sont régénérés par le baptême dans le Christ.

Cette initiation chrétienne au cours du catéchuménat doit être l'oeuvre non pas des seuls catéchistes ou des seuls prêtres, mais celle de toute la communauté des fidèles, spécialement celle des parrains, en sorte que dès le début les catéchumènes sentent qu'ils appartiennent au peuple de Dieu. La vie de l'Eglise étant apostolique, les catéchumènes doivent de même apprendre à coopérer activement par le témoignage de leur vie et la profession de leur foi à l'évangélisation et à la construction de l'Eglise.

Enfin, le statut juridique des catéchumènes doit être fixé clairement dans le nouveau Code: ils sont déjà unis à l'Eglise (4), ils sont déjà de la maison du Christ (5), et il n'est pas rare qu'ils mènent une vie de foi, d'espérance et de charité.
(1) Cf. Conc. Vat. Il, Const. dogm. Lumen gentium, 17 (AAS, 1965, 20-21) [pp. 37-38].
(2) Cf. Conc. Vat. II, Const. sur la liturgie, 64-65 (AAS, 1964, 117) [p. 148].
(3) Sur la libération de l'esclavage du démon et des ténèbres. dans l'Evangile: cf. Mt. 12, 28; Jn 8, 44; 12, 31 (cf. I Jn 3.8; Eph. 2. 1-2); dans la liturgie du baptême: cf. le Rituel romain.
(4) Cf. Conc. Vat. II, Const. dogm. Lumen gentium, 14 (AAS 1965. 19) [pp. 34-35].
(5) Cf. S. Augustin, Tract. in Joan., Tr. 11, 4 (P.L. 35, 1476).
Ad Gentes15La formation de la communauté chrétienne

Quand l'Esprit-Saint, qui appelle tous les hommes au Christ par les semences du Verbe et la prédication de l'Evangile et produit dans les coeurs la soumission de la foi, engendre à une nouvelle vie dans le sein de la fontaine baptismale, ceux qui croient au Christ, il les rassemble en un seul Peuple de Dieu qui est "race élue, sacerdoce royal, nation sainte, peuple acquis" (1 Pt. 2, 9) (1).

Les missionnaires donc, collaborateurs de Dieu (cf. 1 Cor. 3, 9), doivent faire naître des assemblées de fidèles qui, menant une vie digne de l'appel qu'elles ont reçu (cf. Eph. 4, 1), soient telles qu'elles puissent exercer les fonctions à elles confiées par Dieu: sacerdotale, prophétique, royale. C'est de cette manière qu'une communauté chrétienne devient signe de la présence de Dieu dans le monde: par le sacrifice eucharistique, en effet, elle passe constamment au Père avec le Christ (2); nourrie (3) avec soin de la parole de Dieu elle présente le témoignage du Christ (4); elle marche enfin dans la charité et est enflammée d'esprit apostolique (5).

Une communauté chrétienne doit dès le début être constituée de telle manière qu'elle puisse, dans la mesure du possible, pourvoir elle-même à ses besoins. Ce rassemblement des fidèles, doté des richesses culturelles de sa propre nation, doit être profondément enraciné dans le peuple: les familles doivent s'y épanouir pénétrées de l'esprit évangélique (6) et y être aidées par des écoles valables; on doit y organiser des associations et des groupements au moyen desquels l'apostolat des laïcs pourra pénétrer de l'esprit évangélique toute la société. La charité enfin doit y briller dans son éclat entre les catholiques de rites différents (7).

L'esprit oecuménique doit aussi être nourri parmi les néophytes, qui doivent penser avec exactitude que des frères qui croient au Christ sont des disciples du Christ, régénérés par le baptême, des participants de nombreux biens du Peuple de Dieu. Autant que le permettent les situations religieuses, une action oecuménique doit être menée de telle sorte que, étant bannie toute apparence d'indifférentisme, de confusionnisme et d'odieuse rivalité, les catholiques collaborent fraternellement avec les frères séparés, selon les dispositions du décret sur l'oecuménisme, par une commune profession de foi en Dieu et en Jésus-Christ devant les nations, dans la mesure du possible, et par une coopération dans les questions sociales et techniques, culturelles et religieuses; qu'ils collaborent surtout à cause du Christ leur Maître commun: que son Nom les unisse! Cette collaboration doit être établie non seulement entre les personnes privées, mais aussi, au jugement de l'Ordinaire du lieu, entre les Eglises, communautés ecclésiales et entre leurs oeuvres.

Les chrétiens venus de tous les peuples et rassemblés dans l'Eglise, "ne se distinguent des autres hommes ni par le pays, ni par la langue, ni par leur façon de se comporter dans la cité" (8); aussi doivent-ils vivre pour Dieu et le Christ selon les usages et le comportement de leur pays, pour cultiver vraiment et efficacement en bons citoyens l'amour de la Patrie, pour éviter cependant de manière absolue le mépris à l'égard des races étrangères, le nationalisme exacerbé, et promouvoir l'amour universel des hommes.

Dans l'obtention de ces résultats, ont une très grande importance et sont dignes d'un intérêt particulier les laïcs, autrement dit ces chrétiens qui, incorporés au Christ par le baptême, vivent dans le monde. C'est leur rôle propre, quand ils sont pénétrés de l'Esprit du Christ, d'animer de l'intérieur, à la façon d'un ferment, les réalités temporelles, et de les disposer pour qu'elles soient toujours selon le Christ (9).

Il ne suffit point cependant que le peuple chrétien soit présent et établi dans un pays; il ne suffit point non plus qu'il exerce l'apostolat de l'exemple; il est établi, il est présent dans ce but: annoncer le Christ aux concitoyens non chrétiens par la parole et par l'action, et les aider à recevoir pleinement le Christ.

En outre, pour l'implantation de l'Eglise et le développement de la communauté chrétienne, sont nécessaires des ministères divers qui, suscités par l'appel divin du sein même de l'assemblée des fidèles, doivent être encouragés et respectés par tous avec un soin empressé: parmi eux, il y a les fonctions des prêtres, des diacres et des catéchistes, et l'Action catholique. De même, les Religieux et les Religieuses remplissent, soit par leur prière soit par leur dévouement actif, une tâche indispensable pour enraciner dans les coeurs le Règne du Christ, l'y fortifier et l'étendre plus au loin.
(1) Cf. Conc. Vat. II, Const. dogm. Lumen gentium, 9 (AAS, 1965, 13) [pp. 28-29].
(2) Cf. Ibid., 10, I1, 34 (AAS, 1965, 14-16, 39-40) [pp. 29-32, 59-60].
(3) Cf. Conc. Vat. II, Const. dogm. sur la Révélation divine, 21 (AAS, 1965, 24) [p. 117].
(4) Cf. Conc. Vat. II, Const. dogm. Lumen gentium, 12, 35 (AAS, 1965, 16, 40-41) [pp. 32-33, 60-61].
(5) Cf. Ibid., 23, 36 (AAS, 1965, 28. 41-42) [pp. 45-47, 61-62]
(6) Cf. lbid., 11, 35.41 (AAS, 1965, 15-16, 40-41.47) [pp. 30-32, 60-61, 66-69].
(7) Cf. Conc. Vat. II. Décret sur les Eglises orientales, 4 (AAS, 1965, 77-78) [pp. 484-485].
(8) Epître à Diognète, 5 (P.G. 2, 1173); cf. Conc. Vat. II, Const. dogm. Lumen gentium, 38 (AAS, 1965, 43) [p. 64].
(9) Cf. Conc. Vat. II, Const. dogm. Lumen gentium, 32 (AAS, 1965, 38) [pp. 57-58]; Décret sur l'Apostolat des laïcs, 5-7 (AAS, 1966, 842-844) [pp. 402-404].
Ad Gentes16Etablissement du clergé local

Avec une immense joie, l'Eglise rend grâces pour le don inappréciable de la vocation sacerdotale que Dieu a accordé à un si grand nombre de jeunes parmi les peuples récemment convertis au Christ. L'Eglise, en effet, enfonce des racines plus vigoureuses en chaque groupe humain, quand les diverses communautés de fidèles possèdent, tirés de leurs membres, leurs propres ministres du salut dans l'ordre des évêques, des prêtres et des diacres, qui sont au service de leurs frères, en sorte que les jeunes Eglises acquièrent peu à peu une structure diocésaine avec leur clergé propre.

Ce qui a été décidé par le Concile à propos de la vocation et de la formation sacerdotale, doit être observé religieusement dès que l'Eglise commence à s'implanter, et aussi dans les jeunes Eglises. Il faut faire très grand cas de ce qui est dit de la formation spirituelle à joindre étroitement à la formation doctrinale et pastorale, de la vie à mener selon le type de l'Evangile sans considération de l'avantage personnel ou de l'intérêt familial, du sens intime du mystère de l'Eglise à développer. Ils apprendront ainsi de façon merveilleuse à se consacrer tout entiers au service du Corps du Christ et à l'oeuvre de l'Evangile, à s'attacher à leur propre évêque comme de fidèles collaborateurs et à apporter un concours loyal à leurs confrères (1).

Pour arriver à cette fin générale, toute la formation des élèves doit être organisée à la lumière du mystère du salut comme il est exposé dans les Ecritures; qu'ils découvrent et vivent ce mystère du Christ et du salut des hommes présent dans la liturgie (2).

Ces exigences communes de la formation sacerdotale, même pastorale et pratique, selon les dispositions du Concile (3), doivent se combiner avec le zèle à aller au-devant du mode particulier de penser et d'agir de sa propre nation. Les esprits des élèves doivent donc être ouverts et rendus pénétrants pour bien connaître et pouvoir juger la culture de leur pays; dans les disciplines philosophiques et théologiques, ils doivent saisir les raisons qui créent un désaccord entre les traditions et la religion nationales. et la religion chrétienne (4). De même, la formation sacerdotale doit viser les nécessités pastorales de la région; les élèves doivent apprendre l'histoire, le but et la méthode de l'action missionnaire de l'Eglise, et les conditions particulières sociales, économiques, culturelles de leur propre peuple. Ils doivent être éduqués dans un esprit d'oecuménisme, et préparés comme il convient au dialogue fraternel avec les non-chrétiens (5). Tout cela demande que les études conduisant au sacerdoce soient menées, autant que faire se peut, en liaison continuelle avec le pays particulier de chacun et dans le même cadre de vie (6). Qu'on veille enfin à donner une formation préparant à l'administration ecclésiastique ordonnée, et même une formation économique.

On devra aussi choisir des prêtres capables qui, après une certaine pratique pastorale, pourront mener à bon terme des études supérieures dans des Universités même étrangères, surtout à Rome, et dans d'autres Instituts scientifiques, en sorte que les jeunes Eglises aient à leur disposition des prêtres venant du clergé local, dotés d'une science et d'une expérience convenables, pour remplir des fonctions ecclésiastiques plus ardues.

Là où les Conférences Episcopales le jugeront opportun, l'ordre du diaconat devra être rétabli comme état de vie permanent, selon les dispositions de la Constitution sur l'Eglise (7). Il est utile, en effet, que les hommes qui accomplissent un ministère vraiment diaconal, ou en prêchant la parole de Dieu comme catéchistes, ou en gouvernant au nom du curé et de l'évêque les communautés chrétiennes éloignées, ou en exerçant la charité dans les oeuvres sociales ou caritatives, soient fortifiés par l'imposition des mains transmise depuis les apôtres, et plus étroitement unis à l'autel, pour qu'ils s'acquittent de leur ministère plus efficacement, au moyen de la grâce sacramentelle du diaconat.
(1) Cf. Conc. Vat. II, Décret sur la formation des prêtres, 4, 8, 9 (AAS 1966, 716, 718-719) [pp. 359, 361- 363].
(2) Cf. Conc. Vat. II, Const. sur la liturgie, 17 (AAS, 1964, 105) [pp. 134-135].
(3) Cf. Conc. Vat. II, Décret sur la formation des prêtres, I (AAS 1966, 713-714) [p. 356].
(4) Cf. Jean XXIII, Princeps Pastorum, 28 nov. 1959 (AAS 1959, 843-844).
(5) Cf. Conc. Vat. II, Décret sur l'oecuménisme, 4 (AAS, 1965, 94-96) [pp. 502-5041.
(6) Cf. Jean XXIII, Princeps Pastorum, 28 nov. 1959 (AAS, 1959, 842).
(7) Cf. Conc. Vat. Il, Const. dogm. Lumen gentium, 29 (AAS, 1965. 36) [pp. 54-55].
Ad Gentes17Formation des catéchistes

De même, elle est digne d'éloge cette armée, qui a si magnifiquement mérité de l'oeuvre des missions auprès des païens, l'armée des catéchistes hommes et femmes qui, pénétrés de l'esprit apostolique, apportent par leurs labeurs considérables une aide singulière et absolument nécessaire à l'expansion de la foi et de l'Eglise.

De nos jours, du fait du petit nombre des clercs pour évangéliser de si grandes multitudes et accomplir le ministère pastoral, l'office des catéchistes a une très grande importance. Leur formation doit donc être tellement menée à bien et accommodée au progrès culturel qu'ils puissent remplir le plus parfaitement possible leur fonction en collaborateurs efficaces de l'ordre sacerdotal -- leur fonction qui se complique de charges nouvelles et plus amples. Il faut donc multiplier les écoles diocésaines et régionales dans lesquelles les futurs catéchistes cultiveront avec soin la doctrine catholique, surtout en matière biblique et liturgique, et aussi la méthode catéchétique et la pratique pastorale, se formeront aux moeurs des chrétiens (1), s'appliquant sans arrêt à cultiver la piété et la sainteté de leur vie. De plus, on devra établir des sessions ou des cours qui permettront aux catéchistes de se renouveler à périodes fixes dans les disciplines et les arts utiles à leur ministère, de nourrir et de fortifier leur vie spirituelle. En outre, à ceux qui se dévouent entièrement à cette besogne, on devra procurer par une juste rémunération un état de vie décent et la sécurité sociale (2).

On souhaite qu'il soit pourvu d'une manière convenable à la formation et à l'entretien des catéchistes par des subsides spéciaux du sacré dicastère de la Propagande. Si cela apparaît nécessaire et indiqué, on fondera une Oeuvre pour les catéchistes.

De plus, les Eglises apprécieront avec reconnaissance le labeur généreux des catéchistes auxiliaires, dont l'aide leur sera indispensable. Ils président les prières dans leurs communautés et enseignent la doctrine. Il faut donc se préoccuper comme il convient de leur formation doctrinale et spirituelle. En outre il est désirable que, là où cela paraîtra opportun, la mission canonique soit confiée publiquement au cours d'une action liturgique aux catéchistes qui auront reçu une formation suffisante, afin qu'ils soient au service de la foi auprès du peuple avec une plus grande autorité.
(1) Cf. Jean XXIII. Princeps Pastorum, 28 nov. 1959 (AAS 1959, 855).
(2) Il s'agit de ce qu'on appelle " les catéchistes à plein temps ", " full time catechists ".
Ad Gentes18Promouvoir la vie religieuse

Dès la période de l'implantation de l'Eglise, on doit prendre soin d'introduire la vie religieuse: non seulement elle apporte une aide précieuse et absolument nécessaire à l'activité missionnaire, mais par la consécration plus intime faite à Dieu dans l'Eglise, elle manifeste aussi avec éclat et fait comprendre la nature intime de la vocation chrétienne (1).

Les Instituts religieux qui travaillent à la plantation de l'Eglise, profondément imprégnés des richesses mystiques qui sont la gloire de la tradition religieuse de l'Eglise, doivent s'efforcer de les exprimer et de les transmettre selon le génie et le caractère de chaque nation. Ils doivent examiner comment les traditions ascétiques et contemplatives, dont les germes ont été quelquefois répandus par Dieu dans les civilisations antiques avant la prédication de l'Evangile, peuvent être assumées dans la vie religieuse chrétienne.

Dans les jeunes Eglises, les diverses formes de vie religieuse doivent être cultivées avec soin, afin de montrer les divers aspects de la mission du Christ et de la vie de l'Eglise, d'apporter un dévouement aux diverses oeuvres pastorales et de préparer comme il le faut leurs membres à les accomplir. Cependant, que les Evêques veillent dans les Conférences à ce que des Congrégations poursuivant la même fin apostolique ne se multiplient pas au détriment de la vie religieuse et de l'apostolat.

Sont dignes d'une mention spéciale les diverses initiatives en vue de l'enracinement de la vie contemplative: certains Instituts, gardant les éléments essentiels de l'institution monastique, travaillent à implanter la très riche tradition de leur Ordre; d'autres reviennent aux formes plus simples du monachisme antique; tous cependant doivent chercher une authentique adaptation aux conditions locales. La vie contemplative relevant du développement complet de la présence de l'Eglise, il faut qu'elle soit instaurée partout dans les jeunes Eglises.
(1) Cf. Conc. Vat. II, Const. dogm. Lumen gentium, 31, 44 (AAS 1965, 37, 50-51) [pp. 56-57, 73-74].
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(re)publié: 30/11/1959