5e dim. de Pâques (3/5) : Pistes pour l’homélie
Piste 1
Même dans l’Evangile il y a des paroles étonnantes, comme celle que nous venons d’entendre : « Je suis le chemin, la vérité et la vie. » Quelle prétention de la part de Jésus ! Parole étonnante qui ne colle pas du tout avec sa personnalité. Il n’a jamais été du genre à se mettre au centre ! C’est d’autant plus surprenant que, comme le précise saint Jean, « c’est à l’heure où Jésus passait de ce monde à son Père ». Or nous savons que ce qui précède la mort de Jésus, son tout dernier geste avec ses apôtres, c’est le lavement des pieds.
Pour comprendre cette parole, nous devons savoir qu’elle est d’abord un acte de foi des apôtres après la résurrection. Cette conviction était tellement grande qu’ils la mettront dans la bouche même de Jésus.
En latin cela se dit : « Ego sum via, veritas et vita. » C’est-à-dire 3 V, le V de la victoire, la victoire de la résurrection.
Les apôtres présentent donc Jésus comme le chemin. La semaine passée, avec la parabole du bon berger, Jésus était comparé à la porte, une porte qui ouvre vers les bons pâturages, une porte qui permet d’aller et venir. Jésus ne se présente donc pas comme le but, le terme à atteindre mais seulement comme un passage, un passage pour aller vers le Père : « Personne ne va vers le Père sans passer par moi. »
De même, lorsque Jésus dit « Je suis la vérité », cela semble aussi très prétentieux. Remarquez qu’il ne dit pas « J’ai la vérité » mais « Je suis la Vérité ». En mettant ces mots dans la bouche de Jésus, les apôtres nous font comprendre que la vérité n’est pas une simple question de parole « dire la vérité », mais avant tout une manière d’être. Jésus par sa manière de vivre a été l’expression parfaite du Père.
Autrement dit le moyen le plus direct pour aller vers le Père, pour connaître le Père, c’est sans doute d’écouter sa Parole mais surtout d’agir comme lui.
Avancer sur ce chemin, découvrir le visage d’un Dieu Père qui nous rappelle sans cesse le visage de nos frères, conduit à la vraie vie. A la vie en plénitude dit aussi saint Jean.
Cette parole de l’Evangile nous concerne aujourd’hui parce qu’elle est une invitation à devenir à notre tour chemin, à devenir vérité et vie pour les autres.
Sans chemin on est perdu, on erre sans destination, sans but, sans projet ; la vie devient absurde ! Comme des parents offrent à leur enfants l’exemple d’une vie réussie, épanouie et heureuse, bref, une vie d’amour, Jésus nous propose de devenir à notre tour chemin de vie pour les autres.
Nous sommes aussi invités à devenir Vérité, par l’authenticité de notre manière d’être devant les autres, sans masque, sans essayer de paraître. Devenir par notre manière d’être le visage le plus ressemblant de celui du Père.
Alors nous serons Vie, c’est-à-dire lumière au cœur de l’obscurité, de la haine, du mépris et du non respect de l’homme ; nous serons joie où est le désespoir, réconfort là où il y a de la souffrance et apaisement là où il y a de la tristesse.
A la suite de Jésus nous serons chemin, vérité et vie, chaque fois que dans la charité nous nous mettrons au service de tous nos frères et de nos sœurs.
Piste 2
Chercher son chemin, même au temps des GPS, est une expérience bien humaine. Il n’y a cependant pas que le chemin en macadam, mais le chemin de la vie. L’être humain veut savoir où il va, pour ne pas se perdre, pour ne pas tourner en rond.
Quand nous regardons nos vies, chercher le chemin, c’est se frayer un passage à travers les broussailles, la forêt, traverser des flots parfois tumultueux, dans le jour comme dans la nuit, dans le désert comme dans l’abondance. Ce sont les heurts et malheurs de la vie mais aussi les découvertes et les surprises heureuses.
Chercher le chemin c’est aussi construire, aménager, imaginer. C’est trouver des ressources, de l’énergie, des moyens pour avancer. C’est avoir confiance en soi et faire confiance aux autres car seul, on ne peut rien.
Bref, tout homme, toute femme est en quête de sens, cherche un chemin de sens dans sa vie.
Il y a 50 ans un curé de paroisse n’aurait pas pu tenir un tel discours dans son « sermon ». Pourquoi ? Parce qu’il était communément admis et tenu pour certitude que seul, Jésus est le sens de la vie. Impossible de dévier d’une telle vérité puisque Jésus lui-même l’a déclaré : « Je suis le chemin, la vérité et la vie. » Cette affirmation s’impose donc à tout humain. Il n’y a pas d’autres chemins que celui-là. Poser la question du sens de la vie n’est donc pas pertinent puisqu’on vous le donne : Jésus est le seul sens à la vie. Cela doit nous suffire !
En parlant ainsi, nous nous situons dans le monde sacral. Qu’est ce que le monde sacral ? C’est là où le langage religieux et rituel est plus important que le langage de la vie. Le centre de gravité de toutes les religions se résume bien souvent à leur activité sacrale, rituelle, par laquelle les humains peuvent entrer en relation avec Dieu. Or pour Jésus le centre de gravité n’était pas l’activité rituelle mais la qualité de vie quotidienne. Jésus a été mis à mort par les grands prêtres parce qu’il présentait un Dieu Père qui se dit et se rencontre dans la vie quotidienne, dans la qualité de vie et des relations humaines tandis que les grands prêtres défendaient la priorité des sacrifices et des rites, des observances et des croyances. Vous vous rendez compte : Dieu dans la vie quotidienne… Dieu qui se réjouit du bonheur des hommes !
On pourrait se poser la question : mais pourquoi donc l’Eglise, dans sa longue tradition, en est-elle arrivée à reconstruire ce monde sacral fait de rites, de croyances, d’obligations, de cultes et de sacrifices ? Cela reste pour moi une énigme mais une chose est certaine c’est qu’en même temps l’Evangile a continué à faire son chemin et à être fredonné par des témoins, des femmes et des hommes qui se sont risqués sur des chemins de traverse et qui n’ont pas hésité à inventer et faire du neuf. Cela a commencé dès les 1res communautés chrétiennes. L’extrait des Actes des Apôtres que nous venons de lire nous en donne un exemple. En effet, ce qui importe, ce qui est essentiel dans la vie de la communauté, ce n’est pas la manière dont on célèbre mais de « faire communauté », c.-à-d. vivre dans le respect de toutes les minorités et ici en l’occurrence, le respect des veuves.
Alors pour nous aujourd’hui « faire Eglise »
– C’est d’abord accepter que nous ne sommes pas au bout du chemin.
– C’est accepter de ne pas mettre l’Eglise au centre. Jésus se présente comme le chemin qui conduit au Père, mais en sachant qu’on ne peut arriver au Père sans passer par le frère. Autrement dit, ce n’est pas l’Eglise qu’il nous faut mettre au centre mais bien le Royaume de Dieu qui est toujours à construire.
– « Faire Eglise », c’est accepter que le langage de la vie soit plus important que le langage de l’appartenance religieuse.
– « Faire Eglise » c’est non pas recopier ou reproduire ce qu’on a soi-disant toujours fait mais actualiser, inventer l’Evangile pour nos temps.
Alors seulement nos communautés chrétiennes pourront devenir des chemins de vie et de vérité pour le monde d’aujourd’hui.

Prêtre du diocèse de Namur, † 2017.
- 5e dim. de Pâques (3/5) : Un Credo
- 3e dim. de Pâques (19/4) : Prières pour la célébration
- 2e dim. de Pâques (12/04) : Prière eucharistique « Jésus présent au milieu de nous »
- 3e dim. de Pâques (19/4) : Prière eucharistique « Reste avec nous »
- 2e dim. de Pâques (12/4) : Prières pour la célébration
- 3e dim. de Pâques (19/4) : Pistes pour l’homélie
- 4e dim. de Pâques (26/4) : Prière eucharistique « Jésus bon pasteur »
- 4e dim. de Pâques (26/4) : Prières pour la célébration
- 5e dim. de Pâques (3/5) : Prière eucharistique « Jésus notre chemin »
- 2e dim. de Pâques (12/4) : Un Credo
- 2e dim. de Pâques (12/4) : Pistes pour l’homélie
- 3e dim. de Pâques (19/4) : Un Credo
- 4e dim. de Pâques (26/4) : Pistes pour l’homélie
- 4e dim. de Pâques (26/4) : Un Credo
- 5e dim. de Pâques (3/5) : Prières pour la célébration

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