3e dim. de Pâques (19/4) : Pistes pour l’homélie
Piste 1
Deux disciples faisaient route et parlaient de tout ce qui s’était passé. Cette histoire commence donc par un dialogue, une discussion entre 2 disciples sur la route. Tout en marchant un 3e individu s’introduit dans la conversation. « De quoi causiez-vous donc tout en marchant ? » Alors curieusement la marche est stoppée : Ils s’arrêtèrent tout tristes » précise saint Luc.
Il est important de savoir que dans l’Evangile tous les détails ne sont pas anodins mais pleins de signification. Lorsque les disciples parlent entre eux, ils marchent et quand Jésus leur parle, ils s’arrêtent. En effet ici il ne s’agit plus de dialogue mais d’un enseignement. Jésus leur retrace le sens de toutes les Ecritures.
Quand ensuite ils arrivent au village, Jésus fait semblant de poursuivre sa route mais ils le retiennent et c’est dans le partage du pain et du vin qu’enfin les yeux des disciples s’ouvrent et ils le reconnaissent.
Il saute aux yeux que ce temps d’arrêt pour écouter la parole de Jésus ainsi que le partage du pain et du vin, c’est l’eucharistie que vont célébrer les 2 disciples avec Jésus.
Après ce moment de ressourcement que font-ils ? Ils se remettent en route et recommencent à parler : « Ils se disent l’un à l’autre, notre cœur n’était-il pas tout brûlant lorsqu’il nous faisait comprendre les Ecritures ? » Il ne s’agit plus ici de discuter, de comprendre ni de chercher mais de partager un même émerveillement et de faire mémoire de ce qu’ils ont vécu.
Ils rejoignent donc les 11 apôtres qui leur disent : « Le Seigneur est ressuscité » et eux de raconter comment Jésus leur est apparu sur la route et comment ils l’ont reconnu à la fraction du pain. Et comme ils parlaient, Jésus se retrouve là présent au milieu d’eux, précise saint Luc dans la suite de l’Evangile.
Pour résumer ce récit, nous voyons qu’il n’est qu’une suite d’échanges, de dialogues et de marches pendant lesquelles Jésus est là et on ne le reconnaît pas ; ensuite il y a des moments d’arrêt où il se laisse reconnaître.
Toute cette histoire se résume sur un seul jour, le jour de la résurrection, un jour à jamais ouvert, un aujourd’hui perpétuel, éternel.
Autrement dit ce récit n’est jamais terminé, il est le nôtre !
Aujourd’hui c’est nous qui marchons sur la route et chaque fois que nous dialoguons, rencontrons les autres tout en marchant, Jésus est là sans même que nous le remarquions. Chaque fois que nous nous arrêtons pour comprendre les Ecritures et partager le pain, il se laisse reconnaître par ceux dont le cœur est brûlant.
Ce temps d’arrêt, cette halte bienfaisante nous stimule à reprendre la route, à retourner vers les autres, à devenir des témoins et goûter la joie d’éprouver la présence de Jésus vivant ressuscité.
Piste 2
« Deux disciples faisaient route vers un village appelé Emmaüs. » L’un s’appelle Cléophas. L’autre reste anonyme sans doute parce qu’il s’agit de moi ou de chacun de nous marchant sur le chemin de la vie.
Ils quittent Jérusalem, la ville sainte un peu comme beaucoup de croyants aujourd’hui quittent l’Eglise qui n’a pas répondu à leurs espoirs ou leurs attentes. Et pourtant, pendant cet exode hors de ses murs, le temple dont le voile est déchiré continue ses activités culturelles et économiques. Les prêtres ne cessent leur service et les scribes se penchent toujours sur l’iota de la loi.
Chacun de nous a sa propre Jérusalem quelque part dans sa vie, un endroit qui fait mal, une expérience douloureuse : une blessure, un échec, une relation ratée, une déception profonde… des expériences qui nous poussent à partir, à chercher un ailleurs moins triste et moins sombre… vers un Emmaüs, ville que les historiens n’ont jamais pu fixer sur une carte.
Emmaüs, ce lieu idyllique, est sans doute introuvable. Car le sens de la vie n’est pas dans une destination mais dans un itinéraire. Le sens de la vie se trouve sur le chemin.
En effet, alors qu’ils sont sur le chemin, « ils parlaient ensemble de tout ce qui s’était passé ». Les 2 disciples, et c’est tout à fait humain surtout quand on a mal, ont besoin de parler, sans cela la vie serait vraiment tragique.
« Et tandis qu’ils parlaient, Jésus lui-même s’approcha et marchait avec eux. »
Ainsi va Dieu, il marche, il marche désormais sur nos routes humaines, surtout celles qui sont rugueuses. Remarquez que ce ne sont pas les hommes qui s’approchent de Dieu mais c’est Dieu qui a l’initiative de s’approcher, il se fait proche de l’homme blessé sur le chemin de l’existence. Ce Dieu que toutes les religions ont assigné à résidence dans le ciel ou dans un temple, ce Dieu rejoint les lieux profanes où se jouent les destinées humaines. Et ce cheminement aux côtés des disciples, Jésus va le faire à leur rythme. Il met ses pas dans les leurs.
« Mais leurs yeux étaient aveuglés et ils ne le reconnaissaient pas. » Emprisonnés dans leur passé tragique, les 2 disciples ne peuvent rien voir d’autre, de neuf. Oui, il est bien difficile de voir l’autre quand on s’enferme dans sa propre douleur. Il est bien difficile de reconnaître Dieu lorsqu’il ne se manifeste pas à l’homme blessé avec toute sa puissance mais qu’il vient incognito, dans la discrétion.
« De quoi causiez-vous donc tout en marchant ? » Les disciples sont invités à parler, à raconter. Dieu est celui qui invite à raconter sa vie. La prière ne pourrait-elle pas être ainsi le récit de notre vie que nous racontons à Dieu, ce qui nous fait mal, nos incompréhensions et même parfois notre rejet de lui ?
« Toutefois quelques femmes qui sont des nôtres nous ont bouleversés, s’étant rendues de grand matin au tombeau n’ayant pas trouvé son corps, elles ont même eu la vision d’anges qui le déclarent vivant. » Qu’il est difficile pour les hommes, les mâles de voir dans le tombeau autre chose que du vide ! Et pourtant le tombeau n’est-il pas la crèche d’un monde nouveau ? Est-ce pourquoi seules les femmes ont été les premières à entrevoir cet Autre du monde.
« Quand ils approchèrent du village où ils se rendaient, Jésus fit semblant d’aller plus loin. » Quand il voit nos vies reprendre le goût de l’espérance et de la confiance, alors Dieu peut se retirer. Il a un tel respect de notre liberté qu’il ne veut en aucun pris la violenter.
« Reste avec nous », disent les apôtres. Combien Dieu n’est-il pas heureux d’entendre cette prière qui monte du cœur de l’homme : « Reste avec moi ! »
Remarquez qu’ici c’est Dieu qui se laisse inviter à la table des hommes. Jésus nous révèle un Dieu incroyable : un Dieu qui ose s’asseoir aux tables humaines surtout quand les convives ne sont pas du premier choix.
« A l’instant même ils se levèrent et retournèrent à Jérusalem. » « Se levèrent » : littéralement ce verbe signifie « ressusciter ». C’est l’heure de la résurrection car ils ont reçu les 2 signes de la résurrection : la Parole partagée et le pain de la fraternité. C’est à eux maintenant de se sauver mutuellement, c.-à-d. de reprendre la route et d’aller vers leurs frères annoncer la Bonne Nouvelle à Jérusalem, dans ce lieu d’échec et de souffrance.
C’est là qu’éclatera la joie : « C’est bien vrai ! Le Seigneur est ressuscité ! »

Prêtre du diocèse de Namur, † 2017.
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