4e dim. de Carême (15/3) : Pistes pour l’homélie
Piste 1
Etre aveugle de naissance et en quelques secondes recevoir la vision, voir des formes, des couleurs, des perspectives, passer de l’obscurité à la lumière… l’expérience doit être pour le moins bouleversante, impressionnante. Il est tout à fait normal que notre gaillard tellement étourdi en oublie de s’interroger sur la personne par qui ce phénomène est arrivé.
Mais son émotion sera de courte durée, son ravissement sera coupé court par le questionnement des pharisiens. D’un seul coup il est ramené les deux pieds sur terre : « Qui t’a guéri ? » Encore tout à son bouleversement, il ne sait que répondre sinon : « J’étais aveugle et maintenant je vois. » On comprend que pour lui tout le reste est secondaire.
Les pharisiens ne désarment pas et le harcèlent de questions. Au fur et à mesure que celles-ci se font agressives, nous voyons l’aveugle progresser dans la découverte de cet homme qui lui a donné la vue. Il dira d’abord : « C’est l’homme que l’on appelle Jésus » ensuite « C’est un prophète ». Puis il affirmera « Il vient de Dieu » et enfin « C’est le fils de l’homme ».
Si saint Jean raconte cette histoire aux premiers chrétiens c’est justement parce qu’à cette époque, ils vivent une situation un peu semblable à celle de l’aveugle. Il existait en effet à ce moment-là une très forte opposition aux premiers chrétiens.
Jean veut donc montrer à ces premiers chrétiens que tous les ressentiments, l’hostilité dont ils sont l’objet, peuvent être vus aussi comme une chance parce qu’ils forcent à la réflexion et permettent de grandir dans la foi.
Si l’aveugle de l’Evangile a pu progresser dans sa foi, c’est grâce à l’opposition, au questionnement qui l’ont obligé à la préciser et la clarifier. Sans l’opposition des pharisiens, jamais cet homme n’aurait pu exprimer sa foi avec autant de vigueur. Tout au long de l’histoire du christianisme il en a été de même. C’est essentiellement dans les périodes où ils ont connu un maximum d’opposition que les chrétiens ont pu au mieux raviver leur foi.
Aujourd’hui plus que jamais les chrétiens sont confrontés à de multiples oppositions voire de persécutions dans certains pays. Chez nous il y a sans doute l’opposition du monde laïc, des athées, dont certains manifestent de l’intolérance tandis que d’autres sont plus respectueux. Cet athéisme est une chance pour la foi car il nous oblige à repenser nos raisons de croire et surtout à les rendre crédibles par notre manière de vivre.
Mais aujourd’hui il y a surtout, comme ce fut le cas pour Jésus, une opposition qui vient de l’intérieur de la religion, des responsables religieux, des pharisiens.
Nos pharisiens aujourd’hui portent le nom de fondamentalistes, d’intégristes, de conservateurs… des personnages plus soucieux de l’observance méticuleuse de la loi que préoccupés par la vie ou la survie de leur prochain. Aucune religion ne semble y échapper.
Et en même temps – sans doute à cause de cela - nous constatons un intérêt nouveau : les chrétiens sont de plus en plus soucieux de redécouvrir la Bible, de relire l’Evangile.
Etre observé, critiqué, questionné, interpellé… Tout cela n’est-il pas une occasion, comme pour l’aveugle de l’Evangile, de renforcer, d’approfondir et de renouveler notre foi et notre adhésion à ce Dieu qui a eu l’initiative de nous ouvrir les yeux à la vraie lumière, à la beauté et la profondeur de notre mystère ? N’est-ce pas aussi l’occasion de guérir à notre tour l’homme blessé car l’humain est ce qui est le plus cher aux yeux de Dieu, un Dieu qui se révèle essentiellement comme un Dieu proche, un Dieu Père.
Piste 2
L’Evangile nous raconte l’histoire d’une double guérison : une guérison corporelle : Jésus rend la vue à un pauvre aveugle, il le guérit de sa cécité, et une seconde guérison spirituelle : Jésus le fait accéder à une autre lumière : la lumière de la foi.
Mais l’Evangile nous raconte aussi une opposition : d’une part un pauvre homme sans instruction devient malgré lui le témoin de Jésus, en sortant progressivement de son obscurité, il prend conscience de l’amour de Dieu au point finalement de proclamer sa foi : « Je crois Seigneur ». Tandis qu’en face de lui les pharisiens, gens instruits, vont s’enfoncer dans l’obscurité, ils deviennent de plus en plus aveugles.
En lisant cet Evangile, je n’ai pu m’empêcher de faire le parallèle avec sœur Hélène. Qui est sœur Hélène ? C’est une religieuse qui, il y a quelques années, invitée par Entr’aide et Fraternité était venue de Madagascar nous partager son expérience vécue dans une des régions les plus pauvres de la planète. Et je me souviens qu’elle racontait comment à 22 ans, sortant de sa brousse, sous la risée des enfants de 10-12 ans de sa classe, elle avait voulu apprendre à lire et à écrire avec la volonté de pouvoir mieux aider les démunis de son pays.
Mais pourquoi cet Evangile me fait-il penser à elle ? Parce qu’au cours de la soirée passée ensemble, quelqu’un lui avait posé la question : « Qu’est-ce qui vous a le plus frappée en arrivant ici en Belgique ? » Tous nous étions sûrs de sa réponse : les autoroutes illuminées, les magasins débordants, le confort ultra moderne… et bien non, rien de tout cela !
Sa réponse fut spontanée : « L’impression de tristesse sur tous les visages. » « Dès que je suis sortie de l’avion, continua-elle, j’avais l’impression que tous les gens étaient écrasés, comme si chacun avait un lourd fardeau sur le dos. C’est étrange, car vous avez tout pour sourire ! » Et de conclure : « Chez nous tout le monde est pauvre et tout le monde sourit. »
Comment expliquer cela ? C’est très simple, poursuivait notre sœur Hélène : « Chez nous nous manquons de tout, personne ne peut se suffire à lui-même, tous nous avons besoin des autres pour les choses essentielles et courantes de la vie, nous avons continuellement besoin d’être dépannés, ce qui fait que tout naturellement notre vie est une entr’aide et un partage permanents. C’est une condition de survie sinon c’est la mort. Chez nous il est impossible de se refermer sur soi-même, ce qui fait que tout le monde se connaît et s’estime et je suis sûre concluait-elle, que là est l’origine, la cause de notre joie. »
Ces femmes et ces hommes de Madagascar ne sont-ils pas les aveugles dont l’Evangile nous parle aujourd’hui ? Ils ont découvert la lumière de la joie, la lumière de la foi. Tandis que nous, comme les pharisiens, du haut de notre supériorité technique, économique, avec toute notre science… nous nous enfonçons dans l’obscurité de l’individualisme, du matérialisme et de l’égoïsme.
Quelle conclusion à tout cela ?
C’est que notre carême, que nous appelons « carême de partage », ne doit pas aller en sens unique, de nous vers eux, car dans un partage il y a toujours réciprocité. Soyons assurés que si nous pouvons les aider matériellement, en humanité nous avons probablement beaucoup plus à recevoir d’eux.
Si nous leur apportons un peu, très peu, de notre superflu matériel, eux par contre nous apportent un trésor bien plus précieux car ils nous disent comment retrouver le sourire, la joie profonde, ils nous procurent le remède à notre aveuglement et nous apportent la lumière.

Prêtre du diocèse de Namur, † 2017.
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