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Mes démêlés avec l’Évangile
La Cananéenne

J’ai une amie, Myriam, qui n’a pas la langue dans sa poche; je l’admire car elle sait répondre du tac au tac et elle remet gentiment tout le monde à sa place, homme ou femme, dès qu’elle estime qu’on lui marche sur les pieds. Je la trouve rigolote et courageuse parce que moi je suis timide et je ne sais que baisser la tête et rougir dès qu’une réflexion m’embarrasse.

Mais depuis quelque temps, mon amie est beaucoup moins mordante. Elle ne sait plus plaisanter avec verve. Sa fille est malade, gravement malade. Les médecins ne savent pas ce qu’elle a, alors ils disent qu’elle a un mauvais esprit; je les soupçonne de dire cela dès qu’ils ne savent pas guérir.

Et aujourd’hui mon amie vient me chercher. Elle veut aller voir un prophète étranger qui a la réputation de guérir n’importe quelle maladie.

Je suis sceptique : « Pourquoi veux-tu qu’un juif vienne en aide à des cananéennes ? Ca me paraît impensable. ». Mais mon amie insiste et nous voilà parties.

On rencontre le prophète assez vite : il marche sur la route entouré de ses disciples. Mon amie s’approche et présente sa requête; mais Jésus, c’est son nom, ne fait pas mine d’entendre. Sans se démonter, Myriam élève la voix et reformule sa demande. Elle le fait de plus en plus fort. On n’entend plus qu’elle. Je suis gênée et la retiens par la manche : « Tais-toi, je te l’avais bien dit, il ne voudra pas ». Mais rien n’arrête Myriam quand elle est lancée. Je vois les disciples qui parlent à leur maître, et celui-ci se retourne vers nous et avec conviction il affirme : « Je n’ai été envoyé qu’aux brebis perdues d’Israël ». Là, je le savais, on n’a qu’à repartir. Mais Myriam insiste, elle se prosterne à ses pieds : « Viens à mon secours, Seigneur ». et Jésus de préciser : « Il n’est pas bien de prendre le pain des enfants pour le jeter aux petits chiens ».

Je suis choquée, mais Myriam, à son habitude ne se démonte pas : « C’est vrai, Seigneur, et justement les petits chiens mangent les miettes qui tombent de la table de leur maître. » Jésus sourit et lui dit : « Femme, ta foi est grande. Qu’il te soit fait comme tu le demandes. »
Myriam a dit merci, s’est relevée et en courant nous sommes revenues chez elle. Nous avons trouvé sa fille en pleine forme : le mal l’avait quittée à 15 heures, heure à laquelle Jésus avait dit : « Qu’il te soit fait comme tu le demandes. »

C’est pas beau ça !

Myriam a du culot, mais au fond, elle avait raison et le Maître l’a reconnu. Tout le monde a le droit d’être sauvé, le droit d’avoir part aux miettes comme à tout le bon pain.

Et deux mille ans plus tard, je pense : c’est pas beau ça, qu’une laïque, une femme au surplus, ait permis à Notre Seigneur de modifier sa façon de penser, de faire évoluer la conception qu’il avait de sa mission. C’est elle, en quelque sorte, qui a évangélisé le Christ, et c’est pas beau ça, l’humilité de notre Dieu fait homme !

 
 
 
Françoise REYNES
Laïque mariste
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