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Le regard de Dieu

Isa, tu as entendu parler du « regard de Dieu », et tu veux savoir ce que l’on comprend par cette expression.

J’ai ouvert mon « Théo », une encyclopédie catholique qui est censée « être un ami toujours disponible lorsqu’on fait appel à lui sur les sujets qui relèvent de sa compétence » et n’y ai rien trouvé à ce sujet. J’ai trouvé des titres comme « présence de Dieu », « révélation de Dieu », mais je n’ai rien trouvé au sujet du « regard » de Dieu.

Alors, une fois encore, je vais essayer de trouver en moi la réponse. Comment parler de « regard de Dieu » ? Comment te faire comprendre le prolongement que peut avoir un « regard » ? Sans aucune idée de comparaison, je vais te parler des différents « regards » qui ont laissé leur empreinte dans mon souvenir.

Tout d’abord, le regard de papa se mourant. Papa, toute la veille au soir, n’avait cessé de prier. Il avait égrené des Ave Maria et, quand il ne pouvait plus parler, du regard il nous faisait comprendre que nous devions prier à sa place. Mais il y avait quelque chose que je ne comprenais pas. Il avait un regard suppliant. Il voulait nous dire quelque chose mais il ne pouvait plus parler. Je lui posai un tas de questions et soudain, je lui demandai : « C’est maman ? » Il battit des yeux. J’avais trouvé la raison de son anxiété. Après sa mort, maman ne devait recevoir qu’une toute petite pension de veuve. Alors, je lui dis : « Pars en paix. Maman ne manquera de rien. Elle vivra exactement comme elle l’a fait quand tu étais là. » Alors, le regard de papa s’illumina. La lumière qui fit alors revivre ses yeux, ce regard vivant, éclatant de joie, de reconnaissance, jamais je ne l’ai oublié. Papa esquissa un sourire, battit des paupières et, quelques heures après, il mourut, en paix. Tu vois... ce regard, ce regard de joie, de paix retrouvée, je m’en souviendrai toujours.

Regard de reconnaissance, regard d’amour ! De quel regard Dieu ne doit-il pas, lui, nous regarder ?

Puis, il y eut aussi le regard de ta grand-mère quand on mit Véronique dans ses bras. C’était le premier accouchement auquel j’assistais. Ce regard rayonnant, plein de fierté et d’amour, c’était de l’amour maternel à l’état pur. Je les regardais : le bébé, tout petit, et elle si heureuse, et j’enviais ce bonheur que j’entrevoyais à travers son regard.

Regard de mère ! Regard d’amour ! Et l’on nous parle de l’infini de l’amour de Dieu !

Regard d’amour ! J’avais dit, il y a quelques années, à un ami une phrase banale, tout au moins je le croyais quand je l’ai prononcée mais elle était en fait lourde de sens, je ne l’ai compris qu’après. Et mes yeux ont vu son regard tout plein d’amour, qui m’enveloppait, qui irradiait. J’ai vu cet amour jaillir de ses yeux. Je ne savais pas que l’amour pouvait s’exprimer ainsi. Je ne savais pas qu’un regard pouvait parler ainsi. Ce regard, je ne l’ai jamais oublié.

Regards jamais oubliés... Regards souvent remémorés ! Si les humains peuvent regarder ainsi, alors que doit être le regard de Dieu !

Mais le regard de Dieu, c’est aussi son accueil, sa joie des retrouvailles. Tu te souviens de l’enfant prodigue. Son père accourut et le prit dans ses bras. Cela, je l’ai ressenti quand il y a plus de vingt ans maintenant, je retournais d’un séjour de six mois en Europe. A mon arrivée, maman accourut ; elle s’élança au devant de moi, me serra dans ses bras et m’embrassa et me dit : « Tu es revenue ! » Sais-tu ce que je lui ai dit en réponse à son accueil : « Tu n’avais pas ton fils ? » J’avais inconsciemment été jalouse de mon frère et une rancœur vieille de plusieurs années probablement jaillissait. Alors, maman a eu cette phrase qui rachetait tout : « Oh non, une fille ce n’est pas pareil. » Ses yeux brillaient de joie. Son amour l’illuminait. Je la pris dans mes bras et lui rendis son regard, émerveillée de tant d’amour.

Regard d’une mère, accueil d’une mère. Que doivent être le regard de Dieu, l’accueil de Dieu !

Paroles d’enfants : ta sœur en réponse à une de mes lettres m’écrivait : « When I was scared at night and called for you, you were always there for me, so I know that I will always cherish you in my heart and if you need me, though I am small, I will be there for you. I love you. » [1]

Paroles d’enfant, amour d’enfant ! Combien plus fortes sont les Paroles et l’amour de Dieu !

Et puis il y a eu mon retour à Maurice, cette année, après un séjour en Afrique du Sud. Le premier vendredi suivant mon arrivée, je suis allée à Cascavelle rejoindre « mes » enfants. Au bruit de ma voiture, ils accoururent. Dix, vingt, trente gosses accouraient au-devant de moi, me prenaient par la main, m’embrassaient. L’un d’eux me dit : « Tous les soirs j’ai prié pour toi. Hier soir, j’avais oublié de le faire. Alors, au milieu de la nuit, je me suis réveillée et j’ai prié pour toi ». Mon tout petit, Yanoo, me fit me pencher et me dit tout bas : « Je t’aime. Prends ma main. » Et tous riaient, tournaient autour de moi et nous étions heureux.

Joies d’enfants ! Regards d’enfants ! Que doit être le regard de Dieu quand il nous voit l’accueillir ! Combien grande doit être sa joie quand nous accourons vers lui !

Alors, pour moi, « regard de Dieu », c’est tout cela... mais à une échelle divine. Regard d’un père, d’une mère, de l’homme que l’on aime, d’enfants qui vous accueillent par des danses, des chants, des paroles, d’un enfant qui vous dit son amour, tout simplement. Regards merveilleux et qui ne sont qu’un pâle reflet des regards de Dieu, de l’amour de Dieu !

Tu veux voir le « regard de Dieu » ! Alors regarde autour de toi ! Regarde tous ces regards que la vie t’envoie et dis merci à Dieu de tant d’amours répandus autour de toi, de tant d’amours qui ne sont que le pâle reflet de son amour, de son « regard » sur toi.

Et quand tu pleureras - on pleure toujours un jour - rappelle-toi ce poème que tu m’as récité : « Traces de pas. » Quelqu’un avait l’habitude de voir les pas de Dieu cheminer à côté des siens et il en était heureux. Or, un jour qu’il souffrait, il ne vit qu’une trace de pas. Il se plaignit à Dieu :

« Pourquoi me laisses-tu seul ? J’ai besoin de toi et je ne vois pas la trace de tes pas à côté des miens. »

Et Dieu dit : « Tu ne les as pas vus parce que quand tu souffrais, je te prenais dans mes bras. »

Bonne nuit, Isa. Que Dieu te garde !

[1« Quand j’avais peur le soir et que je t’appelais, tu étais toujours là pour moi. Sache que je te chérirai toujours au fond de mon cœur et, si jamais tu as besoin de moi, quoique je sois bien jeune, je serai toujours là pour toi. Je t’aime. »

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M.J. Arlette ORIAN

Ancienne directrice d’une école de secrétariat à l’île Maurice

(re)publié: 01/10/2020
1ère public.: 30/11/1997