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Définition de la secte et attitudes envers les sectes dans l’Eglise catholique romaine

Définir la secte dans l’Église catholique et préciser son attitude par rapport au phénomène sectaire semble être, de prime abord, une opération sans grande difficulté. Il s’agit avant tout d’un travail descriptif. Pourtant, elle présente une difficulté majeure. Elle rient à l’Église catholique elle-même. Comment une réalité historique pluriséculaire, répandue sur tous les continents, représentée par différents niveaux hiérarchiques (diocésain, national, international, etc.) et par différentes instances (magistère pontifical, ministère apostolique, théologiens), pourrait-elle donner une définition univoque et manifester en tous lieux des attitudes similaires ? On est d’emblée confronté à la diversité des situations locales, aux limites d’un discours universel et à l’abondance de la documentation existante.

Après quelques rappels historiques, nous nous en tiendrons aux définirions actuelles que l’Église catholique donne de la « secte » au moyen de deux déclarations pour « l’Église universelle », de textes d’Églises particulières [1] ; et de regroupements d’Églises particulières ; la situation en France clôturera ce premier chapitre. Puis nous rendrons attentif le lecteur à la diversité des attitudes qui existent au sein de l’Église universelle, en présentant des discours du magistère pontifical, de la curie et de théologiens, et en faisant état des diverses pratiques pastorales ; au terme de cette nouvelle étape, la question du dialogue avec les « sectes » permettra de ressaisir l’éventail de ces attitudes. Au cours de ces deux chapitres, nous constaterons que les catholiques vont dans le sens d’une ouverture considérable au regard des siècles écoulés, et cela au nom d’un souci de cohérence interne ; mais, du fait précisément de son passé, de sa stratégie missionnaire encore en vigueur jusqu’au début de notre siècle et de la diversité des situations socio-religieuses [2], des tensions, des confusions et des incohérences demeurent. Ce sont ces incohérences que nous soulignerons en conclusion.

Remarques préliminaires

Il est certes abusif de dire que le terme « secte » est lié, en Occident, à l’intolérance catholique et à son exclusivisme ecclésiocentrique [3]. En effet avant d’être catholique, protestante ou orthodoxe, l’Église avait déjà ses « sectes » ; par ailleurs, on connaît le comportement de Luther par rapport aux anabaptistes [4] ; enfin l’exclusivisme et le sectarisme apparaissent comme un défaut commun aux monothéismes. Néanmoins, il est clair que l’Église catholique dès la seconde moitié du 16e siècle visera par ce terme et les luthériens et l’Islam, et la confession Israélite (« la secte de Moïse »). C’est en effet avec la Réforme protestante et particulièrement le protestantisme radical que le terme « secte » va connaître son heure de gloire.

Ce mot est alors à entendre à partir de la racine latine secare : est « secte » tout groupe qui s’est coupé du tronc initial (du catholicisme, selon les catholiques), à commencer par les luthériens (qui ont massivement suivi - sequor - un maître hérétique). La « secte des luthériens » sera l’exemple donné au mot « secte » jusqu’en 1967 dans Le Petit Larousse. Le cadre de référence est toujours le christianisme [5]. Par extension, tout groupe religieux (voire même idéologique ou philosophique) non catholique est appelé « secte ». Le libre arbitre protestant est considéré comme étant la cause du développement sectaire, il est aussi à l’origine du rationalisme : Joseph Rey, théologien et professeur à la Faculté de théologie catholique de Strasbourg en 1880, range francs-maçons, naturalistes, déistes, humanistes, rationalistes, socialistes et communistes sous le terme générique de secte [6].

En France, comme dans les pays à majorité catholique, c’est l’Église catholique qui désigne ce qu’il convient d’entendre par « sectes » jusque dans les années 1970. Le Code de droit canonique de 1917 (en vigueur jusqu’en 1983) désigne par le mot secte : « les sociétés ou collectivités dont l’activité s’exerçait contre l’Église et/ou contre la société civile. Les francs-maçons, les socialistes, les vieux-catholiques, les communistes et la ligue de l’enseignement de Jean Macé pour la France faisaient partie pêle-mêle des sectes condamnées par l’Église [7]. En 1954, les dominicains H.-CH. Chery et M.-B. Lavaud publient respectivement L’offensive des sectes (Paris, Cerf) et Sectes modernes et foi catholique (Paris, Aubier). Le ton du discours a changé et le souci d’observation est plus manifeste. Néanmoins les deux religieux demeurent dans le cadre établi par les apologistes du 19e siècle et du début du 20e siècle. Selon M.-B. Lavaud, il faut entendre par secte »toute fraction séparée par l’individualisme, qui s’oppose à la vérité et à l’unité de la seule vraie Église et mène la vie propre d’un groupe séparé« . Dès lors, l’Église catholique »ne peut se reconnaître, en tant qu’Église, les mêmes torts, moins que tout autre celui d’avoir erré dans la foi. Elle a conscience d’avoir « gardé le dépôt » intact qui, chez tous ceux qui se sont séparés d’elle, a subi des altérations ou mutilations plus ou moins graves et étendues" [8].

I. Définitions actuelles du terme « secte » par l’Église catholique

Les précisions précitées étaient nécessaires pour comprendre les évolutions qui vont suivre. Ces évolutions s’enracinent dans une volonté d’ouverture de l’Église catholique aux autres confessions chrétiennes (l’oecuménisme), puis aux autres religions (dialogue interreligieux) [9]. L’ouverture, le dialogue inaugurés, quoiqu’ils ne concernent pas directement les « sectes » (il n’en est pas question dans ces textes), vont nécessairement avoir des répercussions sur le discours et sur les attitudes de l’Église catholique par rapport à l’ensemble des groupes religieux, à commencer par ceux qu’elle appelait traditionnellement « sectes ». La perception du pluralisme confessionnel va évoluer du fait de l’irruption d’un pluralisme religieux massif : pouvait-on encore s’opposer entre chrétiens alors que se développaient des croyances autres, mais aussi l’indifférentisme ?

A partir de cette époque, des pas déterminants vont être accomplis dans le domaine du dialogue. C’est dans cette ligne qu’il faut entendre quelques textes et déclarations concernant les « sectes » ; ils vont eux aussi apparaître extrêmement novateurs.

I.1. L’expansion des « sectes » : une remise en cause des méthodes pastorales

I.1.1. « Le document romain » de 1986 [10]

Le premier événement, considéré comme « un point de départ » de la réaction de l’autorité centrale de l’Église catholique, est couramment appelé le document romain. Il a pour titre : Le Phénomène des sectes ou nouveaux mouvements religieux : défi pastoral. Paru le 3 mai 1986, ce document a été élaboré par différents dicastères : le secrétariat pour l’unité des chrétiens, le secrétariat pour les non chrétiens, le secrétariat pour les non croyants et le conseil pontifical pour la culture. Il est le résultat d’une concertation avec les Églises locales largement mises à contribution grâce à un questionnaire auquel ont répondu des conférences épiscopales de tous les continents ainsi que des organismes régionaux épiscopaux (soit soixante-quinze réponses au total). L’essentiel de ce document est consacré aux raisons de l’extension de ces mouvements et groupes (no. 2) et au défi des sectes et approches pastorales (no. 3) [11].

Que nous apprend-il pour ce qui a trait à notre recherche ? Dès les premières lignes (1.1), l’accent est mis sur « une difficulté en ce qui concerne les concepts, les définitions et la terminologie ». Des distinctions sont donc apportées entre les groupes [12], entre esprit sectaire et « secte ». D’emblée, également (1.1), les termes « secte » et « culte » [13] (mis entre guillemets) sont considérés comme déprédateurs : ils « semblent impliquer un jugement de valeur assez négatif ». D’où le souci de citer les termes plus neutres de « nouveaux mouvements religieux » et de « nouveaux groupes religieux ». Trois tentatives de définition suivent (1.1) ; la première concerne les sectes d’origine chrétienne ; il s’agit de groupes « qui ajoutent à la Bible d’autres ’livres révélés’, d’autres ’messages prophétiques’ ou qui retranchent à la Bible certains de ses livres proto-canoniques ou en altèrent radicalement le contenu ». On reconnaît là les non-conformismes chrétiens, à distinguer en réalité de ce qu’on avait coutume d’appeler les « sectes chrétiennes » dans l’ère occidentale. Deuxième approche, est « secte », « tout groupe religieux ayant une vision du monde distinctive propre dérivant, mais non identique, des enseignements d’une des principales religions du monde » ; on est là encore dans les notions de dissidence et de non-conformisme. Enfin, la troisième définition vise « des groupes particuliers qui sont vus habituellement comme une menace pour la liberté des gens et pour la société en général ». On retrouve la définition donnée par le sens commun. Or, c’est cette acception qui va s’imposer pour la suite du document. Les « sectes chrétiennes » y sont quelque fois associées au nom du danger qu’elles font courir au catholicisme et à ses membres. Le vocabulaire en témoigne : lavage de cerveau, contrôle mental, contrainte collective (1.1), enrôlé dans une secte (1.3) ; prosélytisme, elles abusent des bonnes intentions et des désirs (1.4) ; elles prétendent avoir et donner des réponses, elles obnubilent les facultés intellectuelles (1.5) ; prosélytisme agressif (1.6). Tout au long du chapitre concernant les raisons de l’extension de ces mouvements et groupes, est régulièrement scandé le refrain : « les sectes semblent offrir » (dix fois). Le paragraphe 2.2 énumère longuement les techniques de recrutement et de formation et les procédures d’endoctrinement. Enfin, la conclusion est, elle aussi, sans ambiguïté : « à travers les sectes, ce sont des forces idéologiques et des intérêts économico-politiques totalement étrangers à un souci sincère de l’humanité qui sont à l’oeuvre et qui utilisent »l’humain« pour des desseins inhumains ».

Au terme, on peut dire qu’après des esquisses de définition et de typologie, après l’affirmation du souci de distinguer et de discerner, l’essentiel du document vise la « secte » - groupe dangereux et abusif. Nous ne sommes plus dans le domaine de l’apologétique et du « credo », mais dans celui des comportements ; ce sont ces derniers qui sont mis en cause. Il s’agit d’un tournant essentiel et décisif ; désormais l’Église ne se situe plus sur le plan de la vérité doctrinale, mais sur celui du respect des droits de la personne.

I.1.2. « Le défi des sectes ou des nouveaux mouvements religieux : approche pastorale »

Le second événement est le consistoire extraordinaire des cardinaux qui s’est tenu au Vatican en avril 1991 [14]. La IVe réunion plénière avait pour thème la question des « sectes » ou nouveaux mouvements religieux. Les rapports des cardinaux concernant la situation dans les cinq continents [15] et l’exposé du cardinal Francis Arinze, intitulé : le défi des sectes ou des nouveaux mouvements religieux : approche pastorale [16] ont constitué le point d’orgue de cette réunion. L’exposé synthétique du président du Conseil pontifical pour le dialogue inter-religieux, donné cinq ans après le document précité, marque une nouvelle étape, comme en témoigne son plan : I. Terminologie ; II. Typologie ; III. Origines et raisons de leur diffusion ; IV. Problèmes et défis ; V. Réponse pastorale générale ; VI. Réponse pastorale spécifique.

Au nom de la complexité de la réalité observée, de la diversité des groupes concernés, l’auteur engage un réel effort d’analyse, de clarification et de distinction, refusant toute généralisation. Le regard est distancé, le ton est mesuré. Pour autant, certains groupes sont mis en question en raison de leurs méthodes et de leur manque de respect de la liberté de la conscience humaine, de leur enrichissement et de leur agressivité et de leur opposition à l’égard de l’Église catholique. La menace à l’encontre de la foi catholique est un des problèmes soulevés, au même titre que les dommages psychologiques causés aux individus. Malfaisants pour l’Église, malfaisants pour l’individu, ces groupes le sont aussi pour la société « parce qu’ils ne se soucient pas d’enseigner à leurs membres à être des citoyens responsables qui s’efforcent de remplir leurs devoirs envers les autres ».

Le vocabulaire employé traduit lui aussi une réelle évolution. Si le terme « sectes » est utilisé vingt-quatre fois (et avec des guillemets lors des premières citations), le sigle NMR (nouveaux mouvements religieux) l’est soixante-sept fois. Quoique les deux termes soient généralement utilisés indistinctement, NMR est jugé préférable parce que « plus impartial et précis », et « parce qu’il est neutre et assez général pour inclure les nouveaux mouvements d’origine protestante, les sectes qui ont un arrière-plan chrétien, les nouveaux mouvements orientaux ou africains, et ceux de type gnostique ou ésotérique » [17]. Le mot « secte », en revanche, est jugé plurivoque et trop négatif par F. Arinze. Après avoir dit que ce terme « semble se rapporter plus directement à un petit groupe qui s’est séparé d’un groupe religieux plus grand, généralement chrétien, et qui suit des croyances ou pratiques déviationnistes », l’auteur montre que le mot n’a pas la même signification sur un même continent selon que l’on soit ou non « sensible à l’oecuménisme », et à fortiori d’un continent à l’autre ; connoté péjorativement en Europe de l’Ouest, il apparaît neutre au Japon. Le tournant amorcé avec le document précédent se poursuit avec ce nouvel exposé [18].

I.2. Les synodes continentaux, les conférences épiscopales nationales [19] et les Églises particulières

A l’instar des rapports des cardinaux concernant la situation dans les cinq continents, donnés lors du Consistoire extraordinaire de 1991, on retrouve la même diversité d’opinions dans les textes des synodes continentaux, des conférences épiscopales (nationales) et des Églises locales [20].

Premier constat saisissant : peu de textes se risquent à une définition. Ce n’est qu’au fur et à mesure des lectures que des profils et des caractéristiques de groupes se dégagent. Les typologies sont rares ; les descripteurs sont plus ou moins élaborés. Les pratiques et les croyances sont généralement présentées de manière dépréciative, voire franchement négative, et cela essentiellement pour les trois raisons suivantes :
- les groupes incriminés sont perçus comme faisant du tort à l’Église catholique et à sa pastorale locale et/ou aux catholiques, ou encore à la société majoritairement catholique ;
- les groupes incriminés ne sont pas chrétiens, ou ne sont pas catholiques. Ils sont jugés à l’aune de la doctrine et des pratiques de l’Église catholique.
- les agissements de ces groupes sont jugés abusifs et dangereux.

Quelques approches se veulent toutefois objectives, excluant tout jugement de valeur, et adoptent une attitude volontairement constructive [21]. Dans cette perspective, certains documents (Afrique, Amérique Latine) s’attardent davantage sur les causes qui sont à l’origine, tant du surgissement de ces groupes, que de l’intérêt qu’ils suscitent.

I.3. Le service national Pastorale et sectes en France

L’exemple de la France est intéressant. Un nombre important de groupes qualifiés de « sectes » y sont implantés : Églises évangéliques (dissidences chrétiennes), non conformismes chrétiens (dissidences du christianisme), « nouvelles sectes » (mouvements religieux contemporains dont les références ne sont pas ou ne sont que partiellement chrétiennes). Le Conseil permanent de l’Église en France s’est saisi de la question des « sectes » dès 1975.

En 1981, a été créé le groupe national Pastorale et sectes. Son animateur, Jean Vernette, a écrit son premier ouvrage intitulé Sectes et Réveil religieux en 1976. Vingt ans et de nombreux ouvrages plus tard [22], le responsable du service national s’interroge dans le journal La Croix [23] : « Qui va définir le terme ambigu de ’secte’ ? » Sous ce titre, le délégué de l’épiscopat montre combien le terme est ambigu, subjectif, imprécis ; en filigrane il donne cependant des éléments de définition : il s’agit de « perversions du sentiment religieux » et de « groupes qui utilisent des méthodes atteignant l’intégralité de la personne et transforment la ’religion’ en simple source de profits ». Dès lors, ceux à qui il revient de donner le nom de « secte » sont le pouvoir judiciaire et le législateur qui, paradoxalement, ne définissent juridiquement ni la « secte » ni la « religion ». L’acception est désormais celle du langage courant.

C’est au nom des droits de l’homme que « les responsables français de Pastorale et sectes ont toujours souligné que l’un des impératifs de toute réglementation était de préserver la société et les personnes contre les escrocs de la religion » (le second impératif consistant à ne mettre nullement en péril la liberté religieuse) [24]. Et c’est encore au nom des droits de l’homme que le service national s’en prend à la Commission d’enquête parlementaire à l’origine d’un Rapport sur les sectes en France (22.12.1995), à propos de la diffusion d’une liste de groupes insuffisamment fiable et d’une consultation préalable insuffisante et sélective [25]. Au mois d’octobre 1998, au lendemain de l’annonce, par le parlement français, de la naissance d’une « mission interministérielle de lutte contre les sectes » (MILS) [26], J. Vernette interviewé par le quotidien La Croix (paru le 8.10.1998), reprend les mêmes arguments : « se garder des escrocs de la religion », « ne pas mettre en péril la liberté religieuse ». Et, tout en évoquant « le bon travail » de l’Observatoire, il s’étonnait « que sur un problème de société aussi important touchant le domaine du sens de la vie et du religieux, les représentants des grandes familles de pensée et des grandes religions n’aient jamais été consultées ». Enfin, il s’inquiétait des « intentions cachées [qui] pourraient animer la lutte anti-secte ». Le 22 juin 2000, l’inquiétude se transforme en vague de protestations. Est mise en cause la proposition de loi About-Picard contre les groupements à caractère sectaire qui prévoit l’instauration d’un nouveau délit de manipulation mentale [27]. Stanislas Lalanne, porte-parole de l’épiscopat invite les parlementaires à « revoir [leur] copie ». « Le délit de manipulation mentale est tellement flou qu’il risque d’entraîner des débordements incontrôlés » [28]. Jean Vernette considère, pour sa part, que la création d’un tel délit risque « de servir de fusée porteuse à une lutte antireligieuse » [29]. Des responsables d’associations de lutte contre les sectes se sont aussitôt étonnés de ces réserves [30] ! Cela dit, les parlementaires ont effectivement remis sur le métier la proposition de loi : les termes de « manipulation mentale » ont laissé place à « l’état de sujétion » psychologique ou physique. Cette nouvelle étape aura aussi permis que se rencontrent responsables politiques et représentants des principales religions et confessions en France [31] !

A partir des ces remarques liminaires, il apparaît clairement que l’Église catholique a considérablement évolué par rapport à la définition de la « secte ». Hier, elle s’opposait aux autres confessions chrétiennes et aux autres religions avec la certitude de posséder la vérité absolue, « d’où sa prétention à être la norma normans ». En conséquence, elle qualifiait de « secte » tout groupe religieux acatholique. Or aujourd’hui, ce n’est plus l’Église, mais les pouvoirs publics qui déterminent ce qu’est la « secte », non plus au nom de croyances ou de convictions religieuses hétérodoxes, mais en fonction d’un cadre juridique. Et c’est cette acception que prend en compte l’Église catholique [32], dans une partie de son discours actuel.

Certes, nous l’avons vu, du fait de la polysémie du mot « secte », de la diversité des situations locales, du « manque d’information adéquate de la part des évêques » (« l’immense besoin d’information et d’éducation », « la connaissance insuffisante ») relevés et par le document romain et par le Cardinal Arinze, la définition donnée au mot « secte » et le type de groupes visés varient d’un lieu à l’autre (et parfois dans un même lieu), rendant impossible une parfaite adéquation entre un discours universel et des situations pastorales locales. Cela dit, il est intéressant de relever que ces définitions ont quasiment toutes pour point commun la notion de danger, danger pour l’individu, danger pour la société, danger pour la foi catholique, pour le catholicisme, ou pour l’Église catholique, en un lieu donné.

Ce sentiment de danger va déterminer des attitudes, des positions, voire des remises en question concernant ce que peut être une approche spécifique à l’Église. C’est ce que nous allons considérer maintenant.

II. Positions actuelles de l’Église catholique par rapport aux « sectes »

Les positions de l’Église catholique ont évolué [33]. Du rejet d’un religieux différent, perçu comme dangereux, la « secte », l’Église a progressivement découvert dans « le problème des sectes » un défi pastoral, puis in fine a engagé un dialogue avec les mouvements les plus intégrés dans le tissu social. Ces trois temps traduisent l’évolution de l’Église catholique par rapport aux « sectes », mais cette évolution n’est pas uniforme comme en témoignent les positions du magistère, les initiatives pastorales ou le débat sur l’opportunité du dialogue avec les nouveaux mouvements religieux.

II.1. Le magistère et la doctrine

Nous présenterons dans ce paragraphe le discours du pape, la position du cardinal F. Arinze, telle qu’elle s’est notamment exprimée lors du consistoire extraordinaire de 1991, et les attitudes préconisées par les deux théologiens catholiques nord-américain et canadien J. Saliba et R. Bergeron.

II.1.1. Des « actes » et allocutions du pape Jean-Paul II

Les nombreux messages du pape qui abordent la question des « sectes » se situent sur le plan pastoral [34]. Pour lui, la multiplication, l’expansion, la prolifération, voire l’offensive des sectes constitue un problème préoccupant sinon angoissant. Ces expressions sont rémanentes à partir de 1990. Du fait de leur prosélytisme, de leur fanatisme, et parce que leur action et influence [...] peut devenir catastrophique, il faut réagir contre ce phénomène, endiguer le prosélytisme des sectes dont l’enseignement s’oppose à la doctrine de l’Église catholique. En définitive, les sectes et les nouveaux mouvements religieux posent aujourd’hui un sérieux défi pastoral à l’Église, d’où l’invitation faite aux évêques d’apporter des réponses adéquates aux plans de la formation, de l’évangélisation, de l’accueil, etc.

L’instrumentum laboris de la deuxième Assemblée spéciale pour l’Europe du synode des évêques (5 août 1999) [35], soumis à l’approbation de Jean-Paul II, évoque encore le pullulement des « sectes et des groupes qui n’ont en commun qu’une référence sauvage au sacré » (§14). Dans la troisième partie du document, deux paragraphes (65, 66) sont consacrés au « problème des sectes » : « phénomène complexe et varié ». Caractéristiques des sectes, distinctions entre elles, interprétations du phénomène sont proposées. Mais ces quelques éléments d’analyse et de clarification sont battus en brèche par plusieurs appréciations péjoratives englobantes, disséminées dans le texte : elles emploient des méthodes très agressives de propagande, elles promeuvent une forte identité chez les adeptes, jusqu’à les rendre totalement dépendants, elles donnent des réponses partielles et souvent déshumanisantes, elles se placent en nette opposition avec le contexte religieux et social, elles prêchent des messages apocalyptiques. Dans tous les cas, poursuit le texte, il s’agit d’un phénomène qui interpelle les Églises et les responsabilise, il faut donc affronter le phénomène, prévenir su diffusion, réagir contre ce phénomène préoccupant. Pour cela, il est demandé à l’Église d’effectuer un sérieux examen de conscience et un renouvellement profond, sa réponse doit être une réponse « globale ». Et cette exhortation à l’adresse des évêques européens se termine par une citation du pape extraite d’un discours à la IV Conférence de l’épiscopat latino-américain, le 12 octobre 1992. Il est à noter que l’expression « nouveau mouvement religieux » est totalement absente de ce texte, alors que le mot secte est cité près de dix fois. Par contre dans l’Exhortation apostolique post synodale Ecclesia in Asia, parue trois mois plus tard (novembre 1999) [36], le mot secte a laissé la place à « nouveau mouvement religieux ».

II.1.2. Les positions du document romain et du cardinal Arinze

Le document romain (voir I.1.1.) relevait que le phénomène des sectes est à voir non pas tellement comme une menace pour l’Église [...], mais plus comme un défi pastoral (1.6). Il rappelait également que chaque groupe religieux a le droit de professer sa propre foi et de vivre en accord avec sa propre conscience (1.6). En conclusion (4.), après avoir clairement dit qu’il n’était pas possible de donner une réponse simple à la question « quelle doit être notre attitude ? » et après avoir écarté l’option d’une acceptation naïve, l’auteur du document écrit : « si nous voulons être fidèles à ce que nous croyons et à nos principes [...], nous ne pouvons pas être simplement satisfaits en condamnant ou en combattant les sectes, en les voyant mises hors la loi ou expulsées, et les individus ’déprogrammés’ contre leur gré. Le ’défi’ des sectes ou des nouveaux mouvements religieux doit stimuler notre propre renouveau en faveur d’une plus grande efficacité pastorale. Ce ’défi’ doit aussi développer en nous et dans nos communautés l’esprit du Christ à leur égard ».

L’exposé du cardinal Arinze poursuit dans cette même ligne (voir I.1.2.). Les évêques sont invités au discernement, et certaines de leurs réactions sur le terrain sont jugées excessives (voir Introduction). Condamnation, discrimination, généralisation qui consistent à appliquer à tous les NMR les aspects les plus négatifs de quelques uns, sont écartées. « Les NMR, ajoute le président du Conseil Pontifical pour le Dialogue Interreligieux, ne devraient pas non plus être déclarés à priori incapables d’évoluer de manière positive » (chapitre II). Dans le même sens, la position pastorale que l’Église doit adopter à l’égard des NMR (...) ne devrait pas être une attaque. Elle ne devrait pas être négative a l’égard de leurs membres (chapitre V). Suivent ensuite neuf propositions en vue d’une réponse pastorale spécifique. Et Francis Arinze conclut : le phénomène des NMR est un défi et une chance, dans la mesure où certaines options pastorales, décidées par les évêques, vont au-delà d’une simple réponse au défi présent et veulent être aussi des voies pour la nouvelle évangélisation.

II.1.3. Les attitudes préconisées par les deux théologiens catholiques nord-américain et canadien J. Saliba et R. Bergeron

John Saliba, jésuite, professeur de sciences religieuses à l’Université de Detroit, est l’auteur d’une étude qui a pour titre Au carrefour des vérités : une approche chrétienne des nouvelles religions [37]. à travers cet ouvrage qui fait une large place au document romain et à l’exposé du cardinal Arinze, il entend apporter une réponse chrétienne adéquate aux. nouvelles religions, considérant que si beaucoup d’études ont été réalisées sur les nouveaux mouvements religieux (ou nouvelles religions), peu, par contre, permettent d’évaluer les enseignements religieux qu’ils transmettent, et les expériences religieuses qu’ils favorisent. Selon lui, la plupart des nouvelles religions sont des options religieuses authentiques, aussi étrangères que soient leurs croyances et aussi bizarres que semblent leurs pratiques. Le troisième chapitre de son ouvrage vise une approche théologique des nouvelles religions. Il passe en revue l’approche par l’ignorance et l’indifférence, puis la réponse apologétique (positive et négative), et enfin, finit avec l’approche dialogale. L’auteur prononce un véritable plaidoyer en sa faveur. « à longue échéance, écrit-il, les avantages du dialogue l’emportent sur ses limites et il est fort possible qu’il conduise à une résolution définitive des difficultés provoquées par la présence des NMR » (p. 102).

Richard Bergeron, professeur émérite de la faculté de théologie de l’Université de Montréal, s’inscrit dans la même perspective. Il est le rédacteur d’un guide pastoral consacré aux nouvelles religions [38], commandé par le Comité épiscopal de théologie de l’Assemblée des évêques du Québec et préfacé par le président de ce comité. Le théologien s’appuie largement lui aussi sur le document romain et sur le consistoire de 1991 [39] pour prendre ses distances par rapport aux mouvements anti-cultiste et contre-cultiste et substituer à ces approches négatives une approche d’évangélisation. Cette approche, explique-t-il, comprend trois dimensions complémentaires : l’interpellation, le dialogue et la critique. Au terme du chapitre trois, consacré à ’approche pastorale du phénomène des nouvelles religions dans son ensemble, il suggère sept initiatives pastorales, parmi lesquelles :
- défendre les droits et la réputation des nouveaux groupes religieux s’ils sont attaqués injustement ;
- prendre contact avec les responsables des groupes religieux qui sont sur le territoire de la paroisse afin de dissiper les peurs et les soupçons et de favoriser la bonne entente ;
- exhorter les fidèles à éviter toute discrimination envers les membres des nouvelles religions.

Enfin, sa conclusion intitulée un défi pastoral pour la communauté paroissiale met en exergue trois priorités : réévangelisation, renouveau spirituel et renouveau communautaire.

II.2. Diversité des pratiques pastorales

II.2.1. Diverses initiatives nationales, diocésaines

Les prises de position d’évêques, de conférences épiscopales, concernant les « sectes » et les nouveaux mouvements religieux, à partir des situations pastorales rencontrées sur le territoire dont ils ont la responsabilité, sont très nombreuses. Elles n’offrent toutefois pas de grandes différences. « Sectes » et NMR sont généralement perçus comme des menaces ou des dangers qui vont conduire à des attitudes offensives ou défensives [40].

Distinguons les trois cas de figure les plus fréquents. La menace peut concerner une Église locale dans son ensemble, les communautés et les catholiques qui la constituent (voire un pays à dominante catholique). On parle alors d’invasion, d’agressivité, de prosélytisme, à partir du sentiment dominant de perte de terrain. Face à ceux qui sont désignés comme des adversaires, on engage des processus de reconquête, des campagnes de lutte [41]. Deuxième cas de figure, la menace porte sur des individus, dont certains catholiques. On ne parle plus d’adversaires directs, mais de groupes nocifs. Dès lors, il faut informer, mettre en garde, mener des actions préventives. Troisième cas de figure, « sectes » et NMR sont perçus comme des groupes révélateurs de déficits pastoraux. Ils conduisent à des questionnements d’ordre pastoral, à des remises en question qui devront être traduits par des actions ou des priorités pastorales.

La perception de ces groupes comme des menaces, réelles ou potentielles, ajoutée à la méconnaissance fréquente (déjà soulignée) que les responsables ecclésiaux ont de ces groupes, font que les initiatives d’informations objectives, de rencontres, d’échanges sont très rares [42].

II.2.2. Initiatives du Centre d’information sur les nouvelles religions [43]

Fondé en 1984 par Richard Bergeron, le Centre d’information sur les nouvelles religions (C.I.N.R.) se définit comme « un lieu d’analyse critique, de rencontre et de dialogue ». Il justifie son attitude d’ouverture et de respect de la différence religieuse par son enracinement « dans les évangiles ainsi que dans les déclarations sur la liberté religieuse, l’oecuménisme et les religions non chrétiennes du deuxième concile oecuménique du Vatican ». Certes, « la rencontre avec les nouveaux mouvements religieux est difficile et parfois problématique » [44], reconnaît B. Ouellet, directeur général du C.I.N.R., toutefois, « si un dialogue officiel (entre les grandes traditions et les nouvelles religions) n’est pas possible, il faut miser sur la rencontre interpersonnelle » [45]. Organisme autonome, le C.I.N.R. offre des services d’information, de consultation et d’accompagnement, ainsi que des conférences, des sessions et des colloques. Au cours de ces derniers, de nouvelles religions (telles l’Association internationale pour la conscience de Krishna, Eckankar, etc.) sont invitées à donner leur point de vue, en fonction des thèmes retenus (la souffrance, la famille, etc.). De plus, parmi les services de consultation, deux types de groupe traduisent les attitudes d’ouverture prônées. Le Groupe-Alliance, qui réunit des personnes dont un proche est devenu membre d’une nouvelle religion, vise à favoriser une attitude positive face à cet événement et, à partir de là, une croissance personnelle ; le Groupe-Intégration, qui entend aider des ex-membres de nouvelles religions à intégrer de façon positive l’expérience qu’ils ont vécue.

II.2.3. En France

"A la différence de l’approche des sciences humaines, des instances civiles et judiciaires, des associations de défense [...], la perspective de l’Église est bien spécifique : elle est pastorale. Elle est marquée par :
- le souci d’évangélisation des personnes et des groupes ;
- un discernement entre le sain et le pathologique, le chrétien et le païen ;
- un décryptage d’ordre théologique sur ces « signes des temps » ;
- une recherche de dialogue interreligieux dans la mesure où il n’est pas récupéré ;
- une réflexion doctrinale [...]" [46].

C’est ainsi que s’exprime le délégué Pastorale et sectes et nouvelles croyances de l’épiscopat français. C’est au nom de cette approche spécifique que dès le 26 janvier 1996, il prenait certaines distances vis-à-vis du rapport de la Commission d’enquête sur les « sectes », mandatée par l’Assemblée Nationale, paru en date du 10 janvier 1996 [47], et corrélativement vis-à-vis des associations de défense contre les « sectes ». Il profitait alors de l’occasion pour rappeler l’attitude de l’Église par rapport aux « sectes » et aux nouveaux mouvements religieux : « une autre approche, dans l’esprit du dialogue interreligieux, veut aider les personnes à se rencontrer et à échanger sur leurs croyances. Dans une approche de compréhension critique et d’évangélisation, spécifiquement pastorale, sans ignorer aucunement les abus venant des groupes et de leurs leaders, on vise à rejoindre le fidèle dans son cheminement spirituel, et le mouvement dans les principes qui soutiennent sa doctrine [...] ». Et Jean Vernette ajoutait : « divers groupes chrétiens, au sein du service national Pastorale et sectes, font un excellent travail en ce sens ».

Dans l’article du journal La Croix du 8 octobre 1998, déjà cité, il renchérit : « L’approche spécifique de l’Église est pastorale. à la différence de celles des sciences humaines, des instances politiques et judiciaires ou celles des deux principales associations de défense, qui ont chacune leur compétence propre et indispensable ». Cela dit, comme l’ont manifesté certaines réactions à la proposition de loi About-Picard [48], cette position ne fait pas l’unanimité. Ces réactions ne font en réalité que mettre en valeur des lignes de partage déjà existantes au sein de l’Église catholique, entre ceux qui sont plus engagés dans une action anti-sectes auprès des victimes, et ceux qui ne souhaitent pas entrer dans ce « combat », percevant que ce n’est pas (ou plus) celui de l’Église catholique, et qu’elle pourrait avoir plus à y perdre qu’à y gagner.

II.3. Le dialogue avec les « sectes » fait-il partie intégrante du dialogue interreligieux ?

À lire la position du délégué de l’épiscopat français, les initiatives du C.I.N.R., les discours de théologiens avertis, il semble que le dialogue avec les « sectes » - que l’on appellera désormais nouveaux mouvements religieux -prend sa place au sein du dialogue interreligieux. En France, le service Pastorale et sectes et nouvelles croyances a été rattaché, en 1995, au Comité épiscopal des Relations inter-religieuses et des nouveaux courants religieux, lui-même intégré à la Commission épiscopale de la Mission Universelle de l’Église. Au plan de « l’Église universelle », c’est le Cardinal Arinze, président du Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux qui prend la coresponsabilité du consistoire extraordinaire consacré à la question des « sectes ». L’évolution même de la curie romaine manifestée en 1986, puis en 1991, paraît aller dans ce sens. Dans le document romain, il est rappelé « qu’en traitant individuellement avec les groupes, nous avons le devoir de procéder selon les principes du dialogue religieux [...] » (1.6) ; certes, au terme de ce même document (4.), on lit « nous pouvons savoir [...] par expérience qu’il n’existe généralement pas ou peu de possibilité de dialogue avec les sectes », mais c’est à elles que cela tient. F. Arinze, dans son exposé proposé aux cardinaux en 1991, revient sur cette question : le dialogue avec les NMR est-il possible ? Il répond : le dialogue fait partie de l’apostolat de l’Église mais, poursuit-il, « comment mener le dialogue avec les NMR avec la prudence et le discernement nécessaires ? La nature de beaucoup de NMR et leur manière d’agir (il s’agit dans ce cas d’associations qui sont soit dans l’erreur soit dangereuses) rendent le dialogue avec eux particulièrement problématique pour l’Église ». Dès lors, « sans se refuser à discuter avec ces groupes, l’Église doit réfléchir sur la manière de se défendre par des moyens légitimes ». Et il préconise que les catholiques soient « toujours prêts à étudier et à identifier les éléments ou les tendances (au sein des NMR) qui soient par elles mêmes bonnes ou nobles, et à se demander s’il est possible de collaborer ».

Cette disposition au dialogue étant constatée, il est nécessaire de dire, d’une part, qu’aucun dialogue officiel n’a été établi, jusqu’à ce jour, entre l’Église catholique et un nouveau mouvement religieux et d’autre part, que le Conseil pontifical pour l’unité des chrétiens dans son Directoire pour l’application des principes et des normes sur l’oecuménisme déclare que ni les sectes ni les nouveaux mouvements religieux ne sont concernés par les principes du partage spirituel ou de la coopération pratique qu’il donne [49]. Ces nouveaux éléments mettent une fois de plus le doigt sur la diversité des définitions des mot et expression « secte » et « nouveau mouvement religieux » et sur la diversité des attitudes perceptibles au sein de l’Église catholique [50].

Le dialogue avec les nouveaux mouvements religieux est possible selon certains, souhaitable pour d’autres, incontournable, urgent et nécessaire pour d’autres encore ; pour autant, ce dialogue n’est, au sens strict, ni un dialogue oecuménique, ni un dialogue interreligieux. Soit parce que le nouveau mouvement religieux et ses intentions sont méconnus (ou trop connus), soit parce qu’il est agressif à l’égard du catholicisme, soit parce qu’il est considéré comme dangereux au regard de la loi. Ce qui rend une fois encore toutes généralisations impossibles. Quant à ceux qui préconisent le dialogue, ils le font généralement avec beaucoup de précautions, invitant à la prudence, à la vigilance, au discernement, à la lucidité [51]. Confrontations, controverses, mise en valeur des distinctions et des différences sont conseillés pour éviter confusion, syncrétisme et relativisme. De plus « on ne dialogue pas avec des institutions, mais avec des personnes », et « ce dialogue se veut évangélisateur »(J. Vernette).

Ainsi, les positions et attitudes de l’Église catholique face aux « sectes » et aux NMR oscillent entre l’opposition farouche due à des sentiments de menace et de danger et l’ouverture prudente. C’est évidemment sur les lieux d’affrontement entre des communautés catholiques et des groupements autres que les tensions sont les plus vives, et le discours le plus combatif ; cela est vérifiable à grande échelle au Brésil comme au Mexique, mais aussi plus simplement dans certains secteurs paroissiaux confrontés à la venue d’un nouveau groupement. Pour autant, on ne peut pas assimiler ces lieux d’affrontement aux lieux de « décatholicisation », pas plus qu’on ne peut opposer de manière simpliste l’attitude vécue par le pasteur (sur le terrain) aux attitudes préconisées par le théologien, les références pour lesquelles nous avons opté en témoignent.

Malgré ces oscillations encore manifestes, une ligne directrice se dégage nettement, que l’on pourrait dire inspirée par la dynamique conciliaire (Vatican II) et sa volonté d’aller aux sources scripturaires : au nom de sa nature et de sa mission, l’Église est contrainte à certaines attitudes, si elle ne veut pas manifester des incohérences entre ce qu’elle est, ce qu’elle dit et ce qu’elle fait. C’est donc à partir d’une cohérence interne que l’Église catholique s’engage sur le chemin de l’ouverture, de la rencontre et du dialogue, ou en tout cas qu’elle le devrait comme le rappellent les conditionnels dont use Arinze en présentant la position pastorale de l’Église (cf. II.1.2.). Il ne s’agit pas formellement de dialogue interreligieux, mais on doit se comporter selon les principes, dans l’esprit du dialogue interreligieux. C’est pourquoi, on doit pouvoir avancer que les ouvertures du service national français, les initiatives de l’épiscopat québécois et du C.I.N.R. ne sont pas des initiatives marginales, mais des expériences d’avant-garde.

Certes, les évolutions socio-religieuses et le nouveau pluralisme religieux favorisent les évolutions de l’Église catholique en ce sens, à condition toutefois qu’ils soient connus dans un premier temps ; acceptés dans un second. Il y a là une ligne de partage fondamentale qui engage un discours et des attitudes différentes tant au plan pastoral qu’au plan théologique.

Restent les partenaires du dialogue possible : les « sectes » et les nouveaux mouvements religieux. S’ils font figure d’escrocs du religieux, de groupes abusifs et dangereux pour l’individu et pour la société, à partir de décisions de justice, ils sont rangés parmi les « sectes » (dans l’acception du langage courant) et ne seront pas d’emblée perçus comme ces partenaires potentiels, mais ils ne seront « pas non plus déclarés à priori incapables d’évoluer de manière positive » (cf. II.1.2.). Quant aux autres, en fonction de la clarté de l’image qu’ils présentent (F. Arinze), ils peuvent devenir ces vis-à-vis.

Conclusion

Le souhait de cohérence manifesté par l’Église catholique nous semble être à l’origine de l’évolution de son discours et de ses attitudes par rapport aux « sectes » et aux nouveaux mouvements religieux. Cette évolution est importante sur une durée de trente ans. Ce panorama a toutefois mis en lumière des tensions et des contradictions au sein même de l’Église catholique. Aussi, en guise de conclusion, nous voulons souligner ce qui nous paraît être des incohérences dans la dynamique et la volonté de cohérence, précisément, de l’Église catholique, et ceci à la fois au plan de la terminologie, des attitudes et enfin au plan interne.

Un effort d’analyse inachevé

A lire les documents romains et les déclarations de conférences épiscopales, on se demande toujours quels groupes désignent les termes « sectes » et nouveaux mouvements religieux, l’effort d’analyse commencé ne semble pas avoir été mené à son terme. En effet, quoique le mot « secte » s’applique surtout aux groupes abusifs ou dangereux (cf. I.1.1 et I.1.2.), il vise cependant un ensemble plus large. Les auteurs des documents cités affirment en effet qu’il est synonyme de nouveau mouvement religieux ou encore que tel groupement est une « secte » (ou NMR), parce qu’il est dans l’erreur ou en raison de son agressivité vis-à-vis du catholicisme. Quoiqu’elles aient relevé l’imprécision de la terminologie, les déclarations de la curie - notamment - n’ont pas tenté de donner des définitions claires et univoques. Le mot secte désigne les assemblées évangéliques (parmi lesquelles les pentecôtistes), particulièrement en Amérique Latine, en Afrique et en Asie. Or elles ne sont pas mises en cause parce que leurs activités sont illicites, mais parce qu’elles mettent à mal des communautés, des territoires ou des pastorales catholiques [52]. L’emploi du mot « secte » est, dans ce cas précis, une réaction contre le pluralisme et la perte de l’hégémonie catholique (cf. la vision missionnaire de l’Occident chrétien du début de ce siècle ou encore la stratégie vaticane de la seconde moitié du 20e siècle). L’indécision et l’imprécision dont témoignent la terminologie et les définirions nous semblent ainsi significatives d’une conception intégrale du catholicisme, en contradiction avec la volonté affichée de compréhension, d’ouverture et de respect.

Des principes mis à mal

On retrouve les mêmes contradictions quant au respect des principes défendus par l’Église catholique et plus précisément la liberté religieuse. Il est, ainsi, très surprenant de constater que des dialogues interconfessionnels ont été engagés au plus haut niveau entre catholiques et évangéliques, entre catholiques et pentecôtistes [53], et que les mêmes catholiques s’en prennent avec virulence au fondamentalisme et au prosélytisme (quand ce n’est pas au dynamisme et à l’engagement) de ces mêmes évangéliques. Comment peut-on appeler « sectes » - avec la connotation péjorative qui prédomine aujourd’hui - des personnes et des « familles » chrétiennes avec lesquelles on dialogue par ailleurs ? Et si un changement d’attitudes est difficile vis-à-vis de « la secte chrétienne », il l’est davantage encore par rapport aux non-conformismes et aux groupes qui n’ont plus aucune référence chrétienne. Nous sommes ici dans la même logique intégraliste ou absolutiste soulignée plus haut. Les perspectives engagées par le pluralisme ne sont pas assimilées. On comprend dès lors pourquoi certains insistent sur la prise en compte de ce pluralisme (et de ses conséquences) pour inviter au changement d’attitudes et éviter d’éventuelles retombées néfastes pour l’Église catholique [54].

Un traitement inégal

La cohérence recherchée a aussi des implications sur la vie interne de l’Église catholique. En effet, si la « secte » définit un groupe aux comportements abusifs, voire dangereux, pourquoi exclure de facto l’existence de tels groupes au sein des religions traditionnelles, et en particulier au sein de l’Église catholique, en dépit des régulations existantes en son sein ? Si, en effet, le prosélytisme, le fondamentalisme, l’agressivité à l’égard d’une tradition religieuse autre que la sienne, les méthodes qui violent le droit d’autres croyants ou groupes religieux à la liberté religieuse, les dommages psychologiques causés aux individus, les tensions avec la société, les réponses claires et concrètes ou celles d’ordre émotionnel, etc. font la « secte », conformément aux critères de « sectarité » avancés par les évêques et par la curie romaine, alors un bon nombre de groupes catholiques qui ont aujourd’hui le vent en poupe, sont concernés. On le voit bien : les critères de « sectarité » visent des groupes qui remettent en cause le catholicisme, mais ils ne s’appliquent pas aux groupes catholiques. Autrement dit, on ne peut être catholique et sectaire [55] pas plus qu’un groupement catholique ne peut être « secte », puisque participant de l’Église qui a gardé intact le dépôt de la foi. Un article de Mgr Christoph Schönborn, datant de 1997, est très clair à ce propos. Il écrit : « Dans la théologie catholique, une secte se caractérise surtout par l’abandon de la vérité biblique et apostolique commune, par l’abandon de ce qui est au centre de la foi. Aussi, au jugement de l’Église, la secte est-elle toujours liée également à l’hérésie et au schisme. Il n’est pas nécessaire d’avoir étudié la théologie pour reconnaître la contradiction fondamentale du slogan ’sectes intra-ecclésiales’. L’existence présumée de ’sectes’ à l’intérieur de l’Église comporte indirectement un reproche adressé également au Pape et aux évêques. La non-reconnaissance de la part de l’Autorité ecclésiastique compétente est une partie essentielle de la qualification théologique d’une association comme ’secte’ » [56]. La qualification de « secte » est donc synonyme d’hétérodoxie et de non-reconnaissance romaine (c’est dire qu’elle plane au-dessus de tout groupe religieux non-catholique). L’étude de M. Introvigne consacrée à la stigmatisation de certains mouvements et groupes comme « sectes » au sein du catholicisme [57] montre effectivement que parmi les trois types de groupes qui sont visés par ce qualificatif, deux le sont parce qu’ils ont été « désavoués par les autorités de Rome » : les groupes schismatiques et les groupesen situation de marginalisation. Quant aux derniers, ils « sont attaqués comme ’sectes’ [...] tandis que la hiérarchie les reconnaît comme organisations parfaitement légitimes et en assume même la défense ». Autrement dit, ce qualificatif n’est pas adapté à ces derniers groupes ! Et pourtant, ils sont remis en question à l’intérieur de l’Église - et parfois à l’extérieur - au nom de leur autosuffisance, de leur visée expansionniste ou prosélytisme, de leur fondamentalisme, de la division de la communauté chrétienne qu’ils favorisent, de leur non-respect de la personne et de son for interne, autant de comportements qui valent à des groupes non-catholiques l’attribut de « sectes » donné par des évêques. Les critères qui sont utilisés pour les uns doivent-ils être revus et corrigés au nom de ce que vivent les autres ou doivent-ils être étendus à tous ? [58]

Les contradictions relevées dans le discours et dans les attitudes de l’Église catholique par rapport aux « sectes » traduisent l’importance du chemin parcouru en quelques décennies ; elles laissent également entendre le chemin qui reste à parcourir. Cette tension manifeste à sa façon l’étape cruciale que vit l’Église catholique à l’heure d’un pluralisme culturel et religieux devenu son destin historique.

Ces tensions sont souvent vives sur un même territoire national : c’est le cas dans plusieurs pays européens, tels la France, l’Allemagne, la Suisse (voir à ce propos : J.-F. Mayer, Les nouvelles voies spirituelles, Lausanne, L’Age d’Homme, 1993, p. 332-337). On peut déceler trois grandes attitudes devant l’opportunité ou non du dialogue avec les NMR : les « oui inconditionnels », les « oui-conditionnels » et les « non ». Les « oui inconditionnels » se réclament de l’Evangile et de l’Église, mais aussi du nouveau pluralisme religieux. Les « oui conditionnels » se fondent sur l’identité de l’interlocuteur : oui, s’il s’agit d’anciens catholiques, ou encore oui, s’il s’agit de chrétiens. Non autrement. Oui, s’il s’agit de groupes chrétiens, non en d’autres cas. Oui, s’il s’agit de groupes ouverts, qui ne cherchent pas de caution, non s’il s’agit de groupes abusifs ou dont les intentions ne sont pas claires. Enfin, les « non » prennent appui sur cinq arguments majeurs. On ne dialogue pas avec ces groupes à cause de leurs pratiques, à cause de leurs croyances (« ils ne croient pas en Jésus-Christ », « ils sont païens », « ils sont sataniques »), parce que nous avons La vérité, parce que ce ne sont pas des groupes religieux. Enfin, dernier argument : « au nom de quoi dialoguer avec eux ? »


Philippe LE VALLOIS
 

[1Les Églises locales ou Églises particulières sont en premier lieu les diocèses, portions du peuple de Dieu confiés à un évêque (Code de droit canonique, can. 368-369).

[2La diversité des situations locales, nationales et continentales est très importante ; il s’ensuit des problèmes spécifiques. Si les Églises évangéliques (et particulièrement celles issues du pentecôtisme) et les non-conformismes chrétiens, à commencer par les Témoins de Jéhovah et l’Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours, sont évoqués sur tous les continents, ils le sont plus particulièrement en Amérique Latine, aux Philippines et en Afrique. Aux Etats-Unis et en Europe, ce sont les « nouvelles sectes » qui sont plus généralement pointées (groupes d’origine orientale, groupes syncrétistes, groupes qui combinent éléments religieux et psychologiques, groupes d’inspiration gnostique). En Asie, là tout au moins où le christianisme est minoritaire, ce sont également les « nouvelles sectes » qui semblent poser le plus question aux responsables ecclésiaux (groupes syncrétistes et ésotériques). En Afrique, ce sont davantage les Églises indépendantes de type messianique ou charismatique dont un bon nombre s’approprie des éléments de culture traditionnelle.

[3Lors de son pontificat (984-985), le pape Boniface VIII affirme : « Se soumettre au Pape de Rome est pour tous les hommes de nécessité absolue pour le salut. Cela nous le déclarons, l’affirmons, le définissons et le proclamons. » (Denzinger, 468 s.)

[4On pourra se reporter à ce propos à Marc Liénhard, Les Condamnations prononcées par la Confession d’Augsbourg contre les anabaptistes, Bibliotheca Dissidentum scripta et studia no. 3, Baden-Baden et Bouxwiller, éditions Valentin Koerner, 1987, p. 467-479.

[5Comme en fait foi l’ouvrage de Jean Seguy, Les Sectes protestantes dans la France contemporaine, Paris, Beauchesne, 1956.

[6Voir F. Messner, Les Nouvelles Religions, cours reprographie, Strasbourg, USHS, 1988, p. 33 et Id., « Détruire les racines du mal. La réaction des théologiens contre les sectes à la fin du 20e siècle », in La Formation du Clergé dans les diocèses de Strasbourg et de Metz de 1871 a 1918, Strasbourg, ERCAL Publications, 1987, p. 100 s.

[7F. Messner, Les Nouvelles Religions, op. cit., p. 33. Le Code de droit canonique de 1917 fait état de sectes non catholiques (canons 542 et 2314) ; de sectes athées (canon 542), de secte condamnée (canon 693), de sectes hérétiques ou schismatiques (canons 765 §2, 795 §2, 1060, 1240), de secte acatholique (canon 1065 §1) et enfin de sectes maçonniques (can. 1240 et 2335). Le Code de droit canonique de 1983 a abandonné ces terminologies.

[8Cette argumentation du dominicain qui prend place dans son chapitre premier (p. 17, 22-23) intitulé Église, Églises et Sectes, s’adresse particulièrement au pasteur réformé E.-V. Hoff, qui affirmait le sectarisme de l’Église catholique.

[9Le 19 mai 1964, le pape Paul VI crée le Secrétariat pour les non chrétiens ; le 6 août 1964 il publie sa première encyclique où apparaît la notion de dialogue. L’ouverture aux autres religions commence à se manifester dans divers documents conciliaires (Concile Vatican II). Le premier document explicite du Concile concernant les « non chrétiens » apparaît dans la Constitution dogmatique sur l’Église (no. 17), le 21 novembre 1964. Et lors de la dernière session du Concile seront publiés plusieurs documents qui ont trait aux relations de l’Église avec les autres religions ; c’est le cas de la Déclaration Nostra Aetate, Relations de l’Église arec les religions non chrétiennes, le 28 octobre 1965, de la Constitution pastorale sur l’Église dans le monde de ce temps (7 décembre 1965), le Décret sur l’Activité missionnaire de l’Église (7 décembre 1965) et le Décret sur la Liberté religieuse (7 décembre 1965). De nombreux documents suivront et des événements, telles les rencontres d’Assise du 27 octobre 1986 et du Vatican du 25 au 28 octobre 1999 ou la transformation du « Secrétariat pour les non chrétiens » en « Conseil pontifical pour le dialogue inter-religieux », en juin 1988.

[10Il s’agit d’un document de la curie romaine « qui accomplit sa fonction » au nom et sous l’autorité du pape (Code de droit canonique, canon 360).

[11Nous nous référons à l’édition parue au Cerf, Paris, 1986 : Les Sectes et l’Église catholique. Le document romain.

[12Il est tout à fait intéressant de noter que parmi les « sectes » ont dû être cités par les correspondants aussi bien des communautés ecclésiales et des mouvements catholiques, des communautés « qui ne sont pas en pleine communion avec l’Église catholique », des « sectes » d’origine chrétienne, des mouvements issus d’autres religions historiques, des mouvements « qui proviennent d’un certain humanisme », des nouveaux mouvements religieux à proprement parler et des groupements membres des religions historiques (mais peu répandus et donc peu connus dans les pays concernés).

[13Ce terme est une traduction du mot américain « cult » qui est l’équivalent du mot français « secte », dans l’acception qui en est faite dans le langage courant.

[14« Les cardinaux constituent un collège particulier [...] ils assistent le Pontife Romain en agissant collégialement quand ils sont convoqués en corps pour traiter de questions de grande importance » (Can. 349).

[15Ces rapports ont une fois encore l’intérêt de présenter la diversité des situations (cf. note 2). Sous le terme générique de « sectes » ou de « nouveaux mouvements religieux », on trouve indistinctement groupements d’origines chrétienne, protestante, orientale, groupes psychoreligieux, groupes syncrétistes, ésotériques, etc. Contrairement à l’exposé du cardinal Arinze, le ton, le vocabulaire, l’emploi du mot « secte » dans ces rapports sont, le plus souvent, déprédateurs.

[16La Documentation catholique, 19 mai 1991, no. 2028, p. 483-499. Nous passons sous silence l’exposé du cardinal Josef Tomko, intitulé Le défi des sectes et l’annonce du Christ seul Sauveur qui fait également partie du rapport général du 5 avril 1991. Celui-ci porte essentiellement sur la confusion doctrinale qui, selon le préfet de la Congrégation pour l’Evangélisation des Peuples, « ouvre la voie au pullulement des sectes ».

[17Cette définition nous semble trop inclusive. Si comme le dit F. Arinze, ces groupes sont appelés « nouveaux » parce qu’apparus sous leur forme actuelle après la Deuxième Guerre mondiale, on doit toutefois les distinguer des assemblées chrétiennes (évangéliques, pentecôtistes et évangéliques charismatiques) d’une part, des non-conformismes chrétiens ensuite, et enfin des groupes nés au sein des Églises et des religions historiques. L’expression NMR, pour garder une certaine pertinence, doit être réservée aux groupes religieux contemporains dont les références sont éclectiques et extra-chrétiennes (pour tout ou partie).

[18Depuis 1988, outre le document romain et le consistoire extraordinaire de 1991, un projet de recherche sur les « sectes » a été confié au centre de coordination des recherches de la Fédération internationale des universités catholiques (F.I.U.C.). Ces trois initiatives constituent, selon F. Arinze, « la réponse pastorale générale » au défi des sectes et des nouveaux mouvements religieux.

[19Conférences épiscopales et synodes continentaux sont des regroupements d’Églises particulières à caractère permanent pour les premières, ponctuel pour les secondes.

[20Nous renvoyons ici à L’Anthologie des textes de l’Église catholique 1986-1994, Sectes et nouveaux, mouvements religieux, Paris, Pierre Téqui éditeur, 1994.

[21Trois documents nous semblent à signaler à ce propos ; il s’agit :
- du document d’étude de la rencontre interrégionale des évoques d’Afrique du Sud (IMBISA), consacré à l’inculturation,
- des conclusions de la IVe conférence générale des évêques de l’Amérique Latine (Saint-Domingue, 1992) ; on trouvera des extraits de l’un et des autres dans l’anthologie citée note 20 respectivement p. 141-142 et p. 42, 54, 69-70.
- le dernier document fait référence à une consultation oecuménique qui s’est tenue du 5 au 10 novembre 1986 à Cuenca (Equateur) et qui rassemblait la Conférence épiscopale de l’Equateur, la Conférence des Églises des Caraïbes et le Conseil des Églises d’Amérique Latine sur le thème « Mouvements religieux contemporains : défi aux Églises » (in BSS no. 581, 18 mars 1987, p. 5-8).

[22Il serait intéressant d’étudier l’évolution de Jean Vernette et du groupe national au cours de ces vingt années, à travers leurs ouvrages, réflexions et prises de position. Cette évolution apparaît manifestement dans l’ouvrage Sectes Que dire ? Que faire ? (Mulhouse, Salvator, 1994). à propos de J. Vernette : F. Messner, Les Nouvelles religions, op. cit., p. 43-48. A propos de l’ouvrage mentionné : notre recension dans Église en Alsace, avril 1994, p. 25-29.

[23Dans Libre Opinion du 29.10.1996, p. 15.

[24L’Église catholique, les Sectes et Nouveaux Mouvements Religieux en France, Documents-Episcopat no. 15, novembre 1991, p. 3, col. 2. Cela dit, Jean Vernette insiste également sur le fait que « les tensions sociales engendrées par le développement des N.M.R. ne peuvent être réduites par la seule voie judiciaire ou réglementaire ».

[25Regard et interrogations sur le « problème des sectes » dans l’actualité, S.N.O.P. 19 avril 1996, p. 9.

[26Constituée au mois de novembre de cette même année en remplacement de l’Observatoire interministériel sur les sectes mis en place par le gouvernement Juppé en 1996, après la parution du rapport Gest-Guyard.

[27Cette proposition de loi a été adoptée en première lecture par l’Assemblée nationale, le 22 juin 2000. Elle devait être débattue au mois de novembre de cette même année, puis le 25 janvier 2001 au Sénat. Voir à ce propos le journal Le Monde du 12.01.2001 et l’excellente analyse de Vincente Portier in Mouvements Religieux, no. 250, février 2001, p. 2-10 [voir également ci-dessus p. 259-280, ndlr].

[28Deux faits méritent l’attention à ce propos. Premièrement, la MILS s’est démarquée de la proposition de loi About-Picard jugeant que le terme de « manipulation mentale n’est pas des plus heureux ». Ensuite, des voix discordantes se sont élevées dans l’Église catholique, et pas des moindres (Mgr Marcel Herriot, le père Gaston Pietri [...]) jugeant que l’Église catholique n’avait rien à craindre de cette loi.

[29Voir le quotidien Le Monde des 23 et 30 juin 2000.

[30Voir notamment les Dernières Nouvelles d’Alsace, 27.7.2000, Région 3.

[31Le 16 octobre 2000 à Matignon, le 8 novembre au Sénat (avec les membres de la Commission des lois) et le 10 janvier 2001 à l’Assemblée nationale (colloque concernant « les sectes »).

[32On comprend dès lors que l’Église veuille aussi distinguer les termes « sectes » et NMR.

[33Voir à ce propos la « réflexion qui portait sur la visée et l’esprit du service Pastorale et sectes dans l’Église » conduite par Jean Vernette les 28 septembre 1992 et 5 mars 1993, in S.N.O.P. no. 907 du 9 avril 1993, p. 10-11.

[34On pourra se reporter à l’anthologie déjà mentionnée (p. 29-33), mais aussi au discours au Conseil pontifical pour la pastorale des Migrants et des personnes en déplacement et au message pour la Journée mondiale des migrations (tous deux prononcés en 1990), qui ont respectivement pour titres Endiguer le prosélytisme des sectes et Les migrants, une proie facile pour les sectes (in La Documentation catholique no. 1998 - 21 janvier 1990, p. 52-53 et no. 2013 - 7 octobre 1990, p. 851-853). Par ailleurs, la plupart des allocutions et messages de Jean-Paul II en, ou à destination de l’Amérique Latine évoquent la question des « sectes ». Cf. encore le message au CELAM de septembre 1997 et le dernier voyage du pape au Mexique (janvier 1999) où « les sectes sont particulièrement actives ». Il est également question des « succès du prosélytisme des sectes et des nouveaux groupes religieux » qui nécessite « une révision des méthodes pastorales adoptées » dans l’Exhortation apostolique post-synodale Ecclesia in America rendue publique le 22 janvier 1999 (DC 2197, p. 106-141, § 73 p. 136).

[35La Documentation catholique no. 2210, 5 et 19 septembre 1999, p. 761-805, notamment 769, 792-793.

[36La Documentation catholique no. 2214, 21 novembre 1999, p. 978-1009, en particulier page 981.

[37Collection Rencontres d’aujourd’hui 22, Québec, Fides, 1994.

[38Bergeron, Richard, Les Nouvelles Religions. Guide pastoral, Québec, Fides, 1995. Voir aussi du même auteur : Vivre au. risques des nouvelles religions, Montréal, Médiaspaul, 1997, et, sous sa direction et celle de B. Ouellet, Croyances et sociétés, Québec, Fides, 1998. Cet ouvrage réunit les communications présentées au dixième colloque international sur les nouveaux mouvements religieux, qui s’est tenu à l’Université de Montréal du 13 au 16 août 1996.

[39Ainsi que des documents conciliaires, sur la Déclaration et les Recommandûtions de la Commission conjointe du Conseil Mondial des Églises et de la Fédération luthérienne mondiale sur les nouveaux mouvements religieux (1986), sur l’article 18 de la Déclaration universelle des humains, et enfin sur la Déclaration des Nations-Unies concernant l’élimination de toute forme d’intolérance religieuse et de discrimination basée sur la religion et la croyance (1981).

[40Ce qui explique les liens souvent entretenus avec les associations anti-cultistes ou anti-sectes.

[41Cette situation est manifeste et fréquente en Amérique Latine, en Afrique, aux Philippines.

[42En France, il n’y a eu - à notre connaissance - qu’une seule initiative de rencontre entre un NMR (I.V.I. - Invitation à la Vie Intense) et un évêque, qui a d’ailleurs préféré garder l’anonymat. Et encore, cela s’explique par le fait que ce groupement faisait référence au christianisme.

[43Une présentation de ce Centre est faite dans Chemins de Dialogue no. 3 (janvier 1994), p. 199-213.

[44Ouvertures no. 3, automne 1994, p. 1.

[45Ouvertures no. 5, automne 1995, p. 1.

[46Documents Episcopat no. 15, novembre 1991, p. 4.

[47SNOP no. 979, p. 11-12.

[48Cf. notes 27 et 28.

[49In La Documentation catholique no. 2075, 4 juillet 1993, p. 614. Cette position suscite évidemment plusieurs questions : en quel sens le directoire mentionne-t-il « sectes » et NMR ? S’agit-il pour lui aussi des assemblées évangéliques, des dissidences chrétiennes, voire des non conformismes chrétiens ? Ce qui expliquerait qu’il puisse en être question dans des dispositions sur l’oecuménisme. Si non, à quel titre sont-ils cités dans ce cadre ?

[50Ces tensions sont souvent vives sur un même territoire national : c’est le cas dans plusieurs pays européens, tels la France, l’Allemagne, la Suisse (voir à ce propos : J.-F. Mayer, Les nouvelles voies spirituelles, Lausanne, L’Age d’Homme, 1993, p. 332-337). On peut déceler trois grandes attitudes devant l’opportunité ou non du dialogue avec les NMR : les « oui inconditionnels », les « oui-conditionnels » et les « non ». Les « oui inconditionnels » se réclament de l’Evangile et de l’Église, mais aussi du nouveau pluralisme religieux. Les « oui conditionnels » se fondent sur l’identité de l’interlocuteur : oui, s’il s’agit d’anciens catholiques, ou encore oui, s’il s’agit de chrétiens. Non autrement. Oui, s’il s’agit de groupes chrétiens, non en d’autres cas. Oui, s’il s’agit de groupes ouverts, qui ne cherchent pas de caution, non s’il s’agit de groupes abusifs ou dont les intentions ne sont pas claires. Enfin, les « non » prennent appui sur cinq arguments majeurs. On ne dialogue pas avec ces groupes à cause de leurs pratiques, à cause de leurs croyances (« ils ne croient pas en Jésus-Christ », « ils sont païens », « ils sont sataniques »), parce que nous avons La vérité, parce que ce ne sont pas des groupes religieux. Enfin, dernier argument : « au nom de quoi dialoguer avec eux ? »

[51Voir les articles Quelques approdies aujourd’hui des sectes et nouveaux mouvements religieux (in Documents Episcopat no. 16, novembre 1992), dans lequel J. Vernette énumère un certain nombre de principes qui doivent prévaloir au dialogue (p. 1, 2, 4, 5) et La nécessaire lucidité, Pour un dialogue réaliste, et L’approche dialogale critique, ça marche (in Ouvertures automne 94 p. 1, automne 95 p. 1 et printemps 1997 p. 4-6).

[52Dans le cadre de l’Assemblée spéciale pour l’Amérique du Synode des Evêques qui s’est tenue à Rome du 16 novembre au 12 décembre 1997, Mgr Francis George, archevêque de Chicago, avançait : « Il faut éviter l’usage du mot secte pour les évangéliques. Il est très péjoratif. On ne l’utilise que pour désigner un adversaire... Même s’il y a des groupes évangéliques qui nous sont très hostiles, il faut essayer d’engager un dialogue. Aux Etats-Unis, nous avons amorcé avec certains d’entre eux des discussions qui ont porté des fruits ».

[53Citons pour exemple : « Le dialogue catholiques-méthodistes », DC no. 1959, 1988, p. 357-365 et DC no. 2144, 1996, p. 754-781 ; « La relation entre baptistes et catholiques romains » 1984-1988, DC no. 2013, 1990, p. 857-870 ; « Evangelical and Roman catholics dialogue on Mission (ERCDOM) », International Bulletin of Missionary Research, Vol. 2, no. 1, janvier 1986 ; « Le dialogue international Catholique-Pentecôtiste », DC 1924, 1986, p. 827-828 ; « Catholicisme et Pentecôtisme », DC no. 1905, 1985, p. 1037-1045.

[54« Il en va de la crédibilité de l’Église », écrit J. Vernette, in Documents-Episcopat no. 16, novembre 1992, p. 6. « Crédibilité d’autant plus nécessaire que nous ne sommes plus le seul groupe habilité, dans l’opinion publique, à représenter ’la religion’, mais seulement un groupe parmi d’autres [...]. Certains de ceux qui appellent l’Église à mettre sa force de frappe au service de la lutte sans merci contre les ’sectes’ ne se priveraient d’ailleurs pas de lui reprocher aussitôt après de pratiquer l’Inquisition ou d’utiliser sa situation de groupe en place pour éliminer les intrus rivaux ». Le délégué épiscopal poursuit cette réflexion dans l’article cité « Qui va définir... », en avançant que le sentiment démocratique en France qui distingue vie monastique et « conditionnement psychologique » pourrait évoluer ! Il est clair que l’adoption d’une loi restrictive sur les religions à Taiwan (1996) comme en Russie (1997) - due aux comportements délictueux de certaines « sectes » - invite à la prudence.

[55C’est ce que l’on peut déduire du canon 849 du Code de droit canonique de 1983.

[56« Y a-t-il des sectes dans l’Église ? » in La Documentation catholique no. 2166,1997, p. 791-796. On aurait pu s’attendre à ce que l’archevêque de Vienne s’intéresse aux autres définitions du terme « secte », sociologique notamment ; c’est au nom de ces dernières acceptions que des groupes catholiques sont qualifiés de « sectes ». Ce ne sont ni leur orthodoxie ni l’approbation ecclésiastique qu’elles ont reçues qui sont d’abord en cause, même si celles-ci étonnent du fait précisément des caractéristiques sectaires que manifestent ces groupes. Que l’acception donnée par la hiérarchie catholique au terme « secte » demeure valide est une chose, qu’elle occulte les autres ou ne veuille pas les entendre, en est une autre.

[57Communiquée lors du colloque de l’AFSR, février 1996.

[58J. Vernette (in « Qui va définir... », art. cit.) regrette que les Églises ou religions dont se réclament les groupes incriminés ne soient pas consultées au nom de leur expérience millénaire des dérives possibles et du fait qu’elles sont les premières habilitées à faire le ménage chez elles. Mais c’est peut être précisément parce que ce ménage n’est pas fait, attendu l’orthodoxie et la reconnaissance ecclésiastique de ces groupes, que des plaintes sont exprimées.

(re)publié: 31/05/2002