LogoAppli mobile

Dieu ne veut que ton bonheur (dernière partie)

Sexualité, Amour, Famille, Église

Lettre de François Garnier aux jeunes de son diocèse, écrite en 1995 et réactualisée en fin 2005 à l’initiative de la pastorale de jeunes du diocèse de Cambrai

III « Huit repères pour avancer »

Nous avons fait deux détours importants : l’un pour « dessiner notre Dieu » et l’autre pour « dessiner notre Église ». Maintenant, sans oublier le début de cette lettre, nous pouvons aller plus loin et nous donner quelques repères, afin qu’avec notre vie de tous les jours, nous disions quelque chose de la Vérité et de la Beauté de l’Amour que Dieu nous confie.

Premier repère : AIMER SA VIE

Ce n’est pas si facile. Beaucoup de jeunes n’aiment pas assez leur vie. Ils peuvent même ne plus l’aimer du tout. « Je n’ai pas la beauté que j’aimerais avoir... je ne suis pas comme j’aimerais être... je ne réussis pas comme j’aimerais réussir... pourquoi m’a t-il (elle) laissé tomber ?... on ne m’aime pas... » La forme tragique du désamour de sa propre vie est le suicide. S’aimer humblement soi-même est peut-être la plus grande grâce !

Car, dans la foi, j’apprends que ma vie vient de Dieu et qu’elle va vers Dieu. Elle vient de plus loin que la rencontre amoureuse de mes parents. Elle va plus loin que la mort. Elle peut être dramatiquement brève (un accident, une maladie grave...), elle peut me sembler trop longue (un handicap ou un mal qui n’en finit pas) : ce que je crois, c’est que Dieu me la confie pour le temps où, avec Lui, j’ai du ciel à faire sur la terre ; Il me donne ma vie avant de me partager à jamais la sienne dans ce mystérieux ciel de bonheur qu’Il veut pour chacun, chacune. Alors je prie pour que tu aimes ta vie, quoi qu’il arrive, car c’est en aimant humblement sa vie qu’on peut être aimé et aimer !

Deuxième repère : S’ÉMERVEILLER D’ÊTRE HOMMES ET FEMMES

Notre Dieu ne crée pas le monde n’importe comment. Là encore, si nous relisons le premier poème de la création dans la Bible (Gn 1), nous voyons qu’Il aime la différence et la complémentarité ! Il y a le ciel ET la terre, le jour ET la nuit, la mer ET les continents, le soleil ET la lune, le monde végétal ET le monde animal ! Et d’une façon toute particulière, il s’applique à faire l’homme ET la femme... A eux deux, ils sont « à son image et ressemblance ». Merveilleux ajout qui dit combien c’est le bel amour de l’homme et de la femme qui dit le mieux à quoi ressemble son amour à Lui.

A l’heure où l’homosexualité devient un fait de société, une façon comme une autre d’aimer, notre Église garde le courage de dire deux non pour un oui :

  • non à la condamnation moqueuse et méprisante des personnes homosexuelles : elles peuvent d’ailleurs souffrir de leur état de vie. Elles demeurent toutes aimées de Dieu et appelées à aimer mieux ;
  • mais non aussi à la banalisation de l’homosexualité : cette voie ne peut pas être celle que nous propose le Christ ;
  • oui à l’amour responsable et fidèle avec la personne différente de moi ; oui à l’altérité qui peut donner la vie !

Troisième repère : AIMER SON CORPS AVEC JUSTESSE

On ne peut aimer qu’avec tout soi-même : et soi-même, c’est un corps, un esprit et un cœur !
Tel qu’il est, notre corps est un don de Dieu. A aimer avec juste mesure. En évitant deux excès contraires, mais très courants aujourd’hui.

Le premier, c’est le culte du corps et de sa beauté extérieure : le corps devient comme une idole à laquelle il faut tout sacrifier. C’est le ressort d’une quantité de publicités plus ou moins mensongères qui font rêver de devenir l’Apollon ou la Vénus que nous rêvons d’être ! Or, dure dure est la réalité !

Le second est l’excès contraire : le mépris de son corps. On le néglige, on l’instrumentalise sans pudeur, on le soigne mal ou pas du tout, on l’abîme dans l’excès du tabac, des drogues ou de l’alcool, ou encore dans la vitesse folle pour soi et pour les autres.

Il n’y a qu’une seule raison pour laquelle on puisse risquer sa vie et même la perdre : c’est l’Amour du prochain, du prochain tel qu’il est. Du prochain qu’on n’a pas choisi.
« Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime » (et même s’ils ne nous aiment pas) (Jn 15, 13). C’est le choix du Christ et, grâce à Lui, de nombreux saints et saintes, à tous les âges de l’Église !

Quatrième repère : « TU NE FERAS PAS DE L’AUTRE TON OBJET »

Il y a des « interdits » qui font vivre. Dont il vaut la peine de les garder à jamais dans sa mémoire. Je vous en confie un seul que j’aime entre tous, même s’il n’est pas toujours facile à vivre : il résume à lui seul tous les commandements de Dieu : « Tu ne feras pas de l’autre ton objet », ni de Dieu, ni d’un homme ou d’une femme, ni d’un enfant bien sûr. L’autre n’est pas un objet qu’on manipule à loisir. Le corps d’un autre, ça ne s’essaie pas.

J’ai mieux appris cela d’un philosophe juif du XXe siècle, Martin Buber : il a écrit sur la relation un tout petit livre superbe : « JE et TU ». Lisez-le et je suis sûr que vous aimerez la philosophie ! L’autre n’est pas un « CELA », une « CHOSE », un « OBJET » que l’on pourrait manipuler à loisir, pour son seul plaisir, avant de le laisser tomber après usage !

Cinquième repère : APPRIVOISER, CELA DEMANDE DU TEMPS ET DES ÉTAPES

Rappelez-vous l’inoubliable dialogue entre le petit prince et le renard [1].

  • « Qu’est-ce que signifie « apprivoiser » ? »
  • C’est une chose trop oubliée, dit le renard. Ça signifie « créer des liens »... On ne connaît que les choses que l’on apprivoise. Les hommes n’ont plus le temps de rien connaître... Il faut être patient... Mais chaque jour, tu pourras t’asseoir un peu plus près... »

Apprivoiser demande du temps et des précautions : ce n’est pas capturer violemment, brutalement. Apprivoiser demande des étapes : « Chaque jour, tu pourras t’asseoir un peu plus près ».

Dans une relation affective, c’est à l’évidence bousculer les étapes que de la réduire d’abord à la relation sexuelle et à son plus ou moins bon fonctionnement. Je suis même sûr que c’est le chemin le plus sûr de son échec. Les statistiques sont là :
« Les divorcés sont plus nombreux dans les mariages qui ont été précédés de cohabitation. On aurait dû assister en France à une chute spectaculaire des divorces, puisque la plupart des couples mariés ont fait les essais de la cohabitation, c’est le contraire qui s’est passé : la cohabitation s’accompagne d’une montée des divorces [2] »
Il faut le temps de l’apprivoisement respectueux, celui de ce qu’il serait toujours bon d’appeler les fiançailles ; il y a tant d’autres langages à partager, de projets à se confier avant le dialogue des corps. Il y a tant de questions majeures à se poser : « Quel sens donnerons-nous à notre vie ? C’est quoi, réussir sa vie ? Quelle terre ferons-nous pour nos enfants ? Quels engagements prendrons-nous ? Quelle est notre foi ? Où puiserons-nous l’amour et la force d’aimer ? »
Il faut du temps à chacun pour dire à l’autre ce qui lui tient vraiment à cœur. Même avec les mots les plus simples. Chacun sait alors qu’il est écouté et respecté ! S’il est aimé plus pour ce qu’il est que pour son seul corps !

La sagesse populaire, décidément, n’est pas bête quand elle nous conseille de toujours mettre les bœufs avant la charrue ! Et l’Église n’est pas en retard lorsqu’elle propose un temps de vraies « fiançailles » avant le mariage !

Sixième repère : DÉCOUVRIR LE SENS DU SACREMENT DE MARIAGE

Comme tous les sacrements, il est un don que Dieu nous fait pour une mission à réussir avec Lui. Dans le mariage, Dieu nous donne son Alliance. Il nous la confie pour que nous en vivions et que nous la fassions réussir autour de nous et en nous.

Il y a de quoi faire !

Quand on lit l’Ancien et le Nouveau Testaments, il est question de l’Alliance presque à toutes les pages. Dieu nous en révèle la beauté petit à petit ; Il nous dit son bonheur de l’offrir à son peuple. Et du coup, ses déceptions, ses colères, son envie de tout casser quand son peuple l’abandonne. Mais aussi son choix de lui pardonner « s’il revient ». Mieux, son courage pour faire vers lui « le premier pas » quand il ne revient pas. Et encore mieux, son bonheur de l’aimer jusqu’à mourir pour lui s’il le faut, même s’il ne le mérite pas du tout. C’est à cette qualité d’amour que l’on reconnaît celui du Christ. Ça n’est pas pour rien que nous portons sur nous des croix : elles sont le signe de son Amour, de l’Amour le plus gratuit, le plus définitif et le plus fou ! Il n’exige pas la réciprocité pour continuer d’aimer ! Son amour est vraiment libre, fidèle, indissoluble et fécond.
Le mariage-sacrement confie cette mission d’Alliance aux époux qui se le donnent. Après l’avoir célébré, ils le nourriront par leur prière, leur vie en Église et leur vie sacramentelle. En communiant au corps du Christ livré pour eux dans l’Eucharistie, ils renouvelleront leur capacité à se donner et à s’accueillir. En buvant à la coupe du sang versé pour la nouvelle alliance en rémission des péchés, ils recevront la force de se pardonner l’un l’autre. Ils y trouveront l’Amour à sa source. Ils pourront le puiser sans risque de le voir s’épuiser.

Septième repère : DEVENIR PLUS RESPONSABLE DE SA FÉCONDITÉ

Cette question est difficile. Je devine votre désaccord ! Et pourtant, ça vaut la peine de réfléchir !
Toutes les méthodes contraceptives ne sont pas identiques. Les unes (c’est le risque du stérilet et de la pilule du lendemain par exemple) détruisent une vraie vie qui commence. Les autres (la pilule ou le préservatif) empêchent le commencement de la vie. Cela n’est pas la même chose et c’est l’honneur de l’Église de le faire remarquer.

De nombreux couples choisissent les méthodes jugées les plus pratiques et les plus sûres : on fait confiance à la technique ou à la chimie, sans trop se préoccuper d’ailleurs de l’écologie interne de la femme.

Le choix que nous propose l’Église est infiniment plus respectueux de la femme. Il demande plus de responsabilité ; l’Église vous invite à découvrir ce qu’on appelle les méthodes naturelles de régulation des naissances. L’homme doit s’adapter au rythme de sa femme qui n’est pas le même que le sien ; il apprend à choisir avec elle, quand il le faut, ce que nous appelons la continence ; ce n’est pas facile, mais c’est à coup sûr le plus grand signe de respect de l’autre. Demandez-le à des couples mariés : ils vous le diront mieux que moi ! Et là encore, quoi que vous choisissiez, que vous le fassiez en couple ! Et puis, gardez le goût d’avancer vers plus de vérité et de responsabilité dans vos choix de conscience.

Enfin, huitième repère : RECEVOIR TOUTE VIE COMME UN DON DE DIEU

Redisons-le : pour celui qui croit, la vie vient de plus loin que l’union charnelle de ses parents. Pour celui qui croit, la vie va plus loin que la mort. La vie vient plus de Dieu que de nos amours. Elle va plus vers Dieu que vers la tombe. Voilà pourquoi toute vie est à protéger, qu’elle soit embryonnaire, handicapée, gravement malade ou vieillie. Bien sûr, il faut renoncer à tout acharnement thérapeutique, mais dans le même temps, respecter toute vie qui vit encore et peut vivre, sans se donner jamais le droit de la supprimer. C’est à cette lumière qu’il faut comprendre ce que l’Église nous dit sur l’avortement, l’eugénisme et l’euthanasie.

Et sur le suicide aussi, pour les mêmes raisons, contrairement à ce que nous entendons. Nous n’avons pas le droit de mettre un terme à notre vie. Je suis effrayé par le nombre des suicides de jeunes en France. J’ai reçu récemment la lettre d’une confirmée de quatorze ans qui me confie ceci : « Ma meilleure amie a tenté de se suicider trois fois. Parce qu’un garçon a « bien profité d’elle » et l’a « laissé tomber ». Je suis allée rencontrer ce garçon et il m’a dit : « Je n’en ai rien à faire ! » ». Il y a des paroles qui tuent plus sûrement que les balles...

IV Trois convictions qui s’appellent

Il est temps de terminer cette lettre.

Nous nous sommes donnés huit repères pour aimer mieux, aimer plus vrai, nous préparer à aimer longtemps :

  • aimer sa vie,
  • s’émerveiller d’être homme et femme,
  • aimer son corps avec justesse,
  • ne jamais faire de l’autre son objet,
  • respecter le temps et les étapes de l’apprivoisement,
  • découvrir dès maintenant le sacrement du mariage comme un don pour une mission,
  • devenir plus responsables de sa fécondité,
  • recevoir et servir toute vie comme un don de Dieu.

Ce sont des « repères pour vivre » parmi d’autres possibles !

Si nous les choisissons, notre vie dira quelque chose de la beauté de l’amour de Dieu ! Non pas avec des mots, mais avec nos gestes, nos actes, nos attitudes, nos choix d’hommes et de femmes. Assez libérés par le Christ pour ne pas craindre d’être différents, voire non conformes par rapport aux modes majoritaires d’aujourd’hui. Notre foi trouve sa joie en Lui par des choix de vie conformes à l’Évangile !
Oh ! Nous le faisons humblement : « Pour l’immense témoignage, nous avons si peu de dons » [3]. Mais fermement : « Notre existence même a charge de Te montrer » [4].

Il me reste à vous confier trois convictions qui, vous allez le voir, s’appellent l’une l’autre [5] :

1 Pas de relations sexuelles sans amour

C’est pour cela que l’Église dit non à l’utilisation systématique du préservatif : elle manifeste une limite de la confiance en l’autre. Pourquoi ? Parce qu’elle permet de séparer l’exercice de la sexualité de la réalité d’un véritable amour partagé.
Mais il y a le drame du sida. Et toutes les maladies sexuellement transmissibles.

Nous savons comment le virus du sida se transmet : surtout par l’usage de la drogue et des pratiques sexuelles à risques. L’Église nous provoquera toujours à respecter sans limite ceux et celles qui vivent ces situations, mais elle ne renoncera jamais à nous appeler à vivre notre sexualité autrement, c’est-à-dire sans risquer la moindre transmission du virus et sans avoir besoin d’utiliser quelque préservatif que ce soit. Personne n’oubliera que l’Abbé Pierre s’est fait siffler pour avoir osé dire à la télévision que la fidélité conjugale et la continence étaient les meilleures parades contre le sida. Il a été courageux et vrai.
Cependant, si quelqu’un se sait séropositif, il n’a pas le droit de donner la mort. Autrement dit, s’il ne peut pas se passer d’avoir des relations sexuelles, il se doit de préserver l’autre d’un risque de mort, c’est évident.

2 Pas d’amour vrai sans mariage

C’est pour cela que l’Église questionne la cohabitation. Même si nous savons bien qu’elle peut être vécue de bien des manières, y compris de manière respectueuse et responsable. Il reste que, sans mariage civil, de nombreuses jeunes mères se retrouvent du jour au lendemain absolument seules et souvent sans droits. Et puis, nous savons bien qu’une cohabitation plus ou moins prolongée peut priver de nombreux jeunes d’une authentique liberté quand vient l’heure du mariage civil ou religieux : ils ont vécu ensemble, ils ont acheté ensemble, ils ont emprunté ensemble, et ils se retrouvent mariés sans l’avoir vraiment choisi. Or, à l’heure de votre mariage, votre Église veut s’assurer que vous êtes vraiment libres : « Je te choisis comme époux - je te choisis comme épouse ». Il y va de la validité du sacrement !

3 Enfin, pas de mariage sans famille

Je n’y reviens pas longuement puisque nous en avons déjà parlé. Mais il est évident qu’une des missions des époux est d’accueillir la vie, toute vie, quand elle vient et comme elle vient. Et si elle ne venait pas, pourquoi ne pas accueillir alors un ou plusieurs enfants venus d’ailleurs et qui ont besoin de parents et de bonheur ?

Je voudrais enfin vous dire un mot sur le célibat. De plus en plus de jeunes souffrent d’un célibat qu’ils n’ont pas choisi : il est alors subi comme une contrainte et une épreuve douloureuse.
Mais il arrive aujourd’hui encore qu’il soit bel et bien choisi, pour le Christ ! Parce que le Christ l’a choisi pour lui-même. Parce que le Christ peut suffire largement pour combler un cœur d’homme ou de femme. Il devient le premier pôle organisateur d’une vie qui veut se donner tout entière à l’annonce de l’Évangile, que ce soit dans la vie consacrée ou dans le ministère ordonné. Ce choix, comme tout choix, comme celui du mariage, ne se vit pas sans épreuves, sans batailles parfois. Mais il est une très belle manière d’aimer et de servir. C’est en tout cas la manière d’aimer qu’a choisie le Christ. Dieu sait qu’elle est féconde ! Puissent quelques-uns (unes) d’entre vous la choisir. Elle n’est pas plus difficile à vivre que la fidélité dans le mariage !

Alors, bonne route à chacun !

Dans l’espérance de vous voir grandir dans la vérité qui rend libre et la passion d’aimer mieux.

Dans l’Amour pour notre Dieu « qui ne veut que notre bonheur ».

[1Saint-Exupéry - Le Petit Prince - NRF Gallimard 1946, p. 68-69

[2Père Denis Sonet, dans son livre : « Découvrons l’amour ».

[3Guy Coq « Que m’est-il donc arrivé ? Un trajet vers la foi ». Seuil 1993, p. 20.

[4Guy Coq « Que m’est-il donc arrivé ? Un trajet vers la foi ». Seuil 1993, p. 20.

[5Cf. Jacques Jullien « Demain la famille ». Mame 1992, p. 170-178.

Une faute d'orthographe, une erreur, un problème ? Dites-nous tout !
 
(re)publié: 01/01/2019
1ère public.: 01/03/2006
Les escales d'Olivier