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Les repas eschatologiques chez Luc

Dans notre communication nous prenons le terme « eschatologique » au sens très spécial que Jésus dans l’Évangile de Luc revêt comme le Christ ressuscité qui siège à la droite de Dieu. [1] Dans une première partie nous étudierons les repas au cours de la vie de Jésus, à l’exception du dernier repas pascal qui mérite une analyse approfondie dans notre seconde partie.

1. Les repas au cours de la vie de Jésus

En comparaison avec Marc et Matthieu, Luc est plus intéressé aux repas auxquels Jésus participe. Il les considère comme une anticipation du Royaume de Dieu. [2] Seul, il en mentionne trois chez des Pharisiens qui ont invité Jésus (Lc 7,36-50 ; 11,37 ; 14,1). En plus des repas communs aux trois évangiles synoptiques, celui chez la belle-mère de Simon (Lc 4,39 ; cf. Mc 1,31 ; Mt 8,15) et celui chez Lévi (Lc 5,29-32 ; cf. Mc 2,15-17 ; Mt 9,10-13), Luc présente le repas chez les deux soeurs Marthe et Marie (Lc 10,38-41) et celui chez Zachée (Lc 19,6). Après avoir rapporté, comme Marc et Matthieu, le dernier repas pascal (Lc 22,14-20 ; cf. Mc 14,22-25 ; Mt 26,26-29), il mentionne deux repas après la résurrection : l’un avec les disciples d’Emmaüs (Lc 24,29-32), l’autre avec les Onze (Lc 24,41-43).

Il convient aussi de considérer le repas où Jésus est pour ainsi dire l’hôte quand il rassasie la foule (Lc 9,10-17 ; cf. Mc 6,30-45 ; 8,1-10 ; Mt 14,13-21 ; 15,32-39 ; Jn 6,1-15). [3]

On sait que, à la différence de Marc et de Matthieu, Jésus est chez Luc déjà avant sa résurrection o kurios (le Seigneur, ndlr), le Seigneur paulinien que l’assemblée chrétienne vénère (voir 7,13.19 ; 10,1.39.41 ; 11,39 ; 12,42 ; 13,15 ; 17,5.6 ; 18,6 ; 19,8.34 ; 22,61). Dans cette perspective on peut se demander si les repas du Seigneur avant sa résurrection n’ont pas une fonction anticipatrice de son état eschatologique auprès de Dieu. En parcourant les récits que nous avons mentionnés, nous pouvons dès lors y souligner des aspects qui importent à Luc.

Dans les trois repas chez les Pharisiens, le Seigneur donne un enseignement important à la communauté post-pascale. Le fait que ces Pharisiens invitent Jésus suppose qu’ils ne le considéraient pas comme un pécheur mais comme un homme qui suivait les lois de pureté. Le paradoxe est que Jésus en profite pour leur donner un enseignement qui rompt les lois de réciprocité qui normalement commandaient ces invitations et donc excluaient les marginaux. [4]

Le Pharisien qui a invité Jésus chez lui (Lc 7,36-50) est scandalisé à la pensée que celui-ci se laisse toucher par une pécheresse (Lc 7,39). [5] Jésus devine sa pensée secrète et lui adresse la parabole du créancier qui remet la dette à deux débiteurs, l’une plus grande, l’autre moins importante. [6] Simon répond correctement en affirmant que le débiteur à qui le créancier a fait grâce d’une plus grande dette l’aimera davantage. Jésus compare ce que Simon a fait à son égard avec ce que la pécheresse a fait : « Depuis qu’elle est entrée, elle n’a pas cessé de me couvrir les pieds de baisers » et « elle a répandu du parfum sur mes pieds » (Lc 7,45 s.). Avec une autorité qui anticipe celle qu’il a comme le Ressuscité, Jésus déclare : « Ses péchés si nombreux ont été pardonnes, parce qu’elle a montré beaucoup d’amour. Mais celui à qui on pardonne peu montre peu d’amour » (Lc 7,47). [7]

Dans le deuxième déjeuner avec un Pharisien (Lc 11,37-52) celui-ci est étonné que Jésus n’ait pas fait auparavant une ablution. Ce rite auquel, selon Mc 7,3 s., les docteurs juifs d’alors attachaient une grande importance, est explicitement rejeté par Jésus en Mt 15,20. [8] Selon Mc 7,2-5 et Mt 15,2, les disciples de Jésus ne le pratiquaient pas non plus. En Lc 11,39-44 Jésus attaque violemment l’intérêt que les Pharisiens ont pour les purifications extérieures alors que leur intérieur est rempli de rapacité et de méchanceté. Il saisit aussi l’occasion de critiquer les légistes qui chargent les hommes de fardeaux accablants sans y toucher eux-mêmes d’un seul doigt (Lc 11,45-46). Finalement Jésus leur reproche d’avoir pris la clé de la connaissance qui donne accès au Royaume (Lc 11,52). Cette critique véhémente au cours d’un repas amical montre que Luc ne se préoccupe guère des convenances ordinaires. Pour lui il importe que la communauté chrétienne reçoive un enseignement central de son Seigneur.

A un dernier repas avec un Pharisien (Lc 14,1-24), Jésus relativise l’imporlance du sabbat en guérissant en ce jour un hydropique. Il continue son instruction en critiquant l’intérêt des invités pour la première place et souligne à l’adresse de son hôte l’importance d’inviter les pauvres à son repas (Lc 14,8 ss). La parabole des invités qui sont remplacés par les pauvres (Lc 14,15-24) complète cette instruction. [9] Ici encore nous voyons avec quelle souveraine liberté le Seigneur enseigne la future communauté chrétienne. Selon les lois sociales du temps, la fréquentation de pauvres ou de pécheurs au cours d’un repas risquait de contaminer les autres hôtes. Mais Jésus combat consciemment cette façon de penser selon un code d’honneur et de rang social. Il suppose que ce n’est pas le pécheur qui contamine mais lui-même qui communique sa propre justice au pécheur. Aussi déclare-t-il aux Douze qui se querellent au sujet de savoir qui d’entre eux est le plus grand : « Moi, je suis au milieu de vous à la place de celui qui sert » (Lc 22,27).

Le repas chez Marthe et Marie (Lc 10,38-41) est un récit exemplaire pourcla communauté chrétienne. Après la parabole du bon Samaritain (Lc 10,25-37) qui illustre le second commandement d’aimer son prochain, le récit est comme un commentaire du premier commandement d’aimer Dieu. [10] Marie qui s’est assise aux pieds du Seigneur représente le disciple fidèle qui écoute attentivement les paroles de son Seigneur et a choisi la meilleure part.

Le pécheur Zachée (Lc 19,1-10) change de vie en donnant la moitié de ses biens aux pauvres et en accueillant Jésus dans sa maison. [11] Comme la pécheresse, il reçoit le pardon et le salut à cause de sa générosité. [12] Malgré les murmures du peuple qui reprochent à Jésus d’aller loger chez un pécheur, qui peut-être n’observe pas les règles de pureté alimentaire [13] (voir aussi Lc 5,30 et 15,2), le Seigneur n’hésite pas à accepter l’invitation de Zachée, sachant que c’est lui qui contamine le pécheur de sa justice (voir plus haut). Le Fils de l’homme qui après sa mort siégera à la droite du Dieu puissant (Lc 22,69), est aussi celui qui est venu chercher et sauver ce qui était perdu (cf. Lc 19,10). Le salut actuel de l’action terrestre de Jésus (« Aujoud’hui, le salut est venu pour cette maison », Lc 19,9) fait partie de l’eschatologie anticipée de Luc.

L’apparition du Ressuscité aux disciples d’Emmaus (Lc 24,13-35) est chargée d’une symbolique eucharistique. Jésus prend le pain (cf. 9,16 ; 22,19), prononce la bénédiction (cf. 19,16), rompt le pain (cf. 22,19) et le leur donne (24,30). Luc utilise le vocabulaire eucharistique, avec lequel il a décrit la nouvelle Pâque en 22,19, ainsi que sa préfiguration en 9,16. Mais Luc ne montre pas l’acte de manger. [14] Tout comme en Ac 2,42.46 et 20,7.11, la fraction du pain permet de rencontrer le Ressuscité. La communauté primitive associait volontiers les apparitions du Ressuscité avec des repas (Lc 24,41-43 ; Ac 1,4 ; 10,41 ; cf. Mc 16,14 ; Jn 21,12 s.). [15] Cela a probablement influencé l’attente de l’Eglise de le voir apparaître au cours du repas eucharistique. [16]

L’effet de l’action de Jésus est noté par Luc en ces termes : « Alors leurs yeux furent ouverts et ils le reconnurent, puis il leur devint invisible » (Lc 24,31). Le repas où l’on ne voit pas Jésus manger est réduit à un signe d’identification du Ressuscité. De plus, la scène de reconnaissance fournit aux disciples une clé pour l’interprétation des paroles antérieures : « Notre coeur ne brûlait-il pas en nous tandis qu’il nous parlait en chemin et nous ouvrait les Ecritures ? » Le récit agit par sa riche symbolique sur le lecteur attentif. La brûlure provoquée par la parole de Jésus est aussi celle conférée par le don eucharistique auquel le texte fait allusion.

L’autre repas du Ressuscité, qui suit la mention de l’apparition à Simon (Lc 24,13) et fait partie de l’apparition aux Onze (24,36-49), est plus concret (24,41-43). La scène de reconnaissance est aussi plus appuyée. Jésus dit : « Regardez mes mains et mes pieds : c’est bien moi. Touchez-moi, regardez ; un esprit n’a ni chair, ni os, comme vous voyez que j’en ai. Aves mots, il leur montra ses mains et ses pieds » (vv. 39 s.). [17] Avec la même discrétion que dans le cas de Thomas en Jn 20,27-29, Luc ne nous montre pas que les disciples obéissent au Ressuscité en le touchant. Mais celui-ci continue à montrer la continuité avec le Jésus prépascal : « Avez-vous ici de quoi manger ? Ils lui offrirent un morceau de poisson grillé : Il le prit et mangea sous leurs yeux » (Lc 24,41-43). En contraste avec l’apparition aux disciples d’Emmaus, mais comme en Ac 10,41, Luc souligne ici la corporéité du Ressuscité, peut-être parce qu’elle posait des problèmes dans un milieu grec (cf. Ac 17,32 ; 1 Co 15,12). [18]

Considérons à présent les textes communs aux trois évangiles synoptiques, en réservant celui sur le dernier repas pascal à une étude séparée.

La section de Lc 4,31-44, basée sur Mc 1,21-39, forme une unité qui fonctionne comme un catéchisme christologique à l’adresse de l’église post-pascale. Le Royaume de Dieu rétablit l’intégralité chez les hommes et les femmes. [19] Jésus entre en Lc 4,38 dans la maison de Simon, qui apparaît ici pour la première fois dans l’évangile de Luc et suivra Jésus à partir de 5,1-11. La forte fièvre qui accable la belle-mère de Simon est chez Luc présentée dans un contexte où le Seigneur à plusieurs reprises interpelle les maladies comme des puissances démoniaques. Ainsi l’homme, qui en Mc 1,23 est possédé d’un esprit impur, a en Lc 4,33 un « esprit de démon impure qui s’écrie d’une voix forte : Ah ! que nous veux-tu, Jésus de Nazareth ? Tu es venu pour nous perdre. Je sais qui tu es : le Saint de Dieu » (4,34). Or Luc avait déjà en 1,35 noté que l’Esprit Saint viendrait sur Marie et la puissance du Très Haut la couvrirait de son ombre. Ainsi Jésus peut-il être apostrophe comme le « Saint de Dieu » avec encore plus de raison qu’en Mc 1,24. Avec
une souveraine autorité, le Seigneur commande au démon impur de sortir de l’homme.

De même en 4,41 Luc note que « des démons sortaient d’un grand nombre en criant : Tu es le Fils de Dieu ! Alors, leur donnant des ordres, il ne leur permettait pas de parler, parce qu’ils savaient qu’il était le Christ ». À la différence de Marc, Luc considère les possédés comme des malades (cf. Lc 11,14 ; 13,11 ; Ac 10,38 ; 19,12). C’est la raison pour laquelle Jésus interpelle la fièvre qui a frappé la belle-mère de Simon comme une puissance démoniaque et lui commande en Lc 4,39 de la quitter. La belle-mère, une fois délivrée de cette puissance démoniaque, se met à servir ses hôtes.

Dans une autre scène commune aux trois évangélistes, Lévi, nommé en Mt 9,9-13 « Matthieu », quitte tout et se met à suivre Jésus qui l’y a invitée. En Lc 5,27 s. Lévi devient un véritable disciple alors qu’en Mc 2,14 et Mt 9,12 Lévi, respectivement Matthieu, se contente de suivre Jésus. En Lc 5,29 Lévi invite Jésus à un grand festin dans sa maison, alors qu’en Mc 2,15 et Mt 9,10 « sa maison » pourrait à la rigueur s’entendre de la maison de Jésus, ce qui est improbable, puisque le Fils de l’homme n’a pas où poser sa tête (Lc 9,58 et Mt 8,20).

À ce festin, il y avait toute une foule de collecleurs d’impôts et d’autres gens que les Pharisiens en Lc 5,30 nomment « pécheurs », mais que Luc évite de considérer comme tels, à la différence de Mc 2,15 s. et Mt 9,10. Les Pharisiens et leurs scribes critiquent les disciples : « Pourquoi mangez-vous avec les collecteurs d’impôts et les pécheurs » (Lc 5,30) ? Cela fournit au Seigneur l’occasion de donner à la communauté post-pascale un enseignement important sur sa propre personne et sa vocation spéciale : « Ce ne sont pas les bien-portants qui ont besoin de médecin, mais les malades. Je suis
venu appeler non pas les justes, mais les pécheurs pour qu’ils se convertissent » (Lc 5,31 s.). En assimilant les pécheurs à des malades, Jésus souligne sa fonction de médecin en conformité avec les attentes messianiques en Is 25,8 ; 35,5s ; 65,19. Le Juste souffrant a pris sur luinos maladies (Is 53,4s.9). Mais n’oublions pas que la mission de Jésus vient de Dieu qui est le médecin par excellence de l’homme (Ex 15,26). C’est lui qui frappe et guérit (Dt 32,39).

Le repas chez Lévi suit deux guérisons, celle d’un lépreux (Lc 5,12-16) et celle d’un paralysé, qui est aussi le signe du pardon des péchés (Lc 5,17-26). Jésus y manifeste son autorité tout à fait spéciale. [20] C’est dans ce contexte qu’il appelle des pécheurs à le suivre et accepte le festin offert par Lévi, un collecteur d’impôts.

Luc seul souligne que les pécheurs sont appelés à se convertir, un thème qui lui est cher (Lc 13,1-5 ; 15 ; 24,47 ; cf. 7,36-50, 19,1-10 ; 23,40-43).

Reste le miracle de la multiplication, où Jésus devient l’hôte qui rassasie la foule (Lc 9,10-17, avec son parallèle chez Jean et deux parallèles en Marc et Matthieu). Nous avons vu comment les repas communs avec Jésus ont un effet positif sur les convives, pécheurs ou non. Jésus est le médecin de son peuple, mais aussi celui qui comme Ressuscité donne un enseignement important à la communauté post-pascale.

Le miracle de la multiplication illustre l’abondance qui régnera dans le Royaume de Dieu. Les convives n’ont qu’à s’asseoir pour recevoir un repas complet, pain et poisson. [21] L’allusion à Ex 16 est implicite dans les évangiles synoptiques, mais explicitée chez Jean. Tout comme Israël a été rassasié au désert par la manne quotidienne, tombée du ciel, ainsi le peuple de Dieu reçoit du Seigneur la nourriture nécessaire pour la journée d’enseignement au désert. Jésus surpasse cependant les deux modèles vétéro-testamentaires de nourriture pour le peuple, celui de Moïse en Ex 16 et Nb 10 et celui d’Elisée en 2 R 4,42-44. [22]

Les quatre évangélistes soulignent par le vocabulaire utilisé un vague lien avec le repas eucharistique. Chez Luc nous avons le texte suivant : « Jésus prit les cinq pains et les deux poissons et, levant son regard vers le ciel, il prononça sur eux la bénédiction, les rompit, et il les donnait aux disciples pour les offrir à la foule » (Lc 9,16). À la différence de Lc 22,19, où Jésus rend grâces, il bénit ici les pains.

Soulignons que ce repas n’est pas un repas festif comme nous le rencontrons chez les prophètes à la fin des temps, p. ex. en Is 25,6-8, ou en Lc 22,28-30. Cependant comme dans les autres repas lucaniens, la communauté formée par Jésus et les convives anticipe le repas festif dans le Royaume de Dieu.

Quel est l’enseignement que Luc donne au lecteur à l’occasion des repas auxquels Jésus participe ?

Le péché et son pardon en est le thème central. L’amour que la pécheresse manifeste envers Jésus lui vaut le pardon de ses péchés. Le pécheur Zachée illustre cette conversion en donnant la moitié de ses biens aux pauvres. Le collecteur d’impôts Lévi suit Jésus. Marie qui est assise aux pieds de Jésus est un exemple d’amour et d’attention envers le Seigneur, même si rien n’y est dit de ses péchés. Jésus est venu pour les pécheurs pour qu’ils se convertissent. La perspective du Royaume est toujours présente. La multiplication de la nourriture anticipe en ce sens la plénitude du repas céleste.

Aux repas auxquels Jésus participe lui-même, on peut ajouter la parabole du fils retrouvé qui finit par un festin qui marque la réconciliation du fils avec son père, mais le désaccord avec le fils aîné (Lc 15,11-32). Il importe aux chrétiens d’inviter les pauvres à leurs repas, manifestant par là que la Bonne nouvelle leur est vraiment annoncée. Ceci Luc ne l’oublie jamais, comme nous pouvons le constater dans le Magnificat de Marie en 1,47-55, les béatitudes et malédictions en 6,21-26 ; la parabole du riche et de Lazare en 16,19-31 ; la description idéalisée de la première communauté chrétienne en Ac 2,44 s. ; 3,42 ; 9,36. La pureté intérieure importe plus que les ablutions extérieures, la pratique du sabbat doit céder le pas aux guérisons. Le « Saint de Dieu » peut commander aux démons impurs. Le Ressuscité manifeste son identité corporelle en mangeant ou en reproduisant des gestes à résonance eucharistique.

On peut se demander pourquoi cet enseignement se fait au cours de repas ? Dans Luc comme déjà dans l’Ancien Testament, tout repas est un geste humain avec une profonde signification. Il peut marquer la politesse (Lc 24,29), être un signe de reconnaissance (Lc 5,30) ou de réconciliation (Lc 15,22-32), une action de grâces pour le salut (Ac 16,34). Mais les repas peuvent aussi dégénérer chez les riches (Lc 12,19-21 ; 16,19).

Les repas sacrés dans l’Ancien Testament confirmaient souvent l’alliance entre différents clans (Gn 31,53 s.) ou celle du peuple avec Dieu (Ex 24,11 ; Dt 27,7). Dans le Deutéronome le repas est cependant subordonné à la fête joyeuse en présence de Dieu (Dt 12.4-7.11s.18 ; 14,22s. ; 15,20 ; 16,10-17). L’essentiel est la joie que l’assemblée juive trouve en son Dieu, surtout au culte à Jérusalem (voir les « chants des montées », Ps 120-134). Cet aspect est moins marqué dans les textes que nous venons d’analyser mais est au centre du texte qui nous reste à étudier, le dernier repas pascal.

2. Le dernier repas pascal

Le texte de Lc 22,14-20 a fait l’objet de nombreuses études. [23] Nous voudrions ici centrer notre attention sur les particularités qui caractérisent la présentation lucanienne du dernier repas pascal de Jésus.

22.14 Et quand ce fut l’heure, il se mit à table, et les apôtres avec lui. 22.15 Et il leur dit : « J’ai tellement désiré manger cette Pâque avec vous avant de souffrir. 22.16 Car, je vous le déclare, jamais plus je ne la mangerai jusqu’à ce qu’elle soit accomplie dans le Royaume de Dieu. » 22.17 Il reçut alors une coupe et après avoir rendu grâce il dit : « Prenez-la et partagez entre vous. 22.18 Car, je vous le déclare : Je ne boirai plus désormais du fruit de la vigne jusqu’à ce que vienne le Règne de Dieu. » 22.19 Puis il prit du pain et après avoir rendu grâce, il le rompit et le leur donna en disant : « Ceci est mon corps donné pour vous. Faites ceci en mémoire de moi. » 22.20 Et pour la coupe, il fit de même après le repas, en disant : « Cette coupe est la nouvelle Alliance en mon sang versé pour vous. »
(Lc 22,14-20 traduction TOB, ndlr)

Soulignons quelques traits intéressants dans le texte lucanien. Alors que Mc 14,17 introduit le repas pascal par « le soir il arrive avec les Douze » et Mt 26,20 « le soir venu, il était à table avec les Douze », Le souligne l’instant prévu : « et quand ce fut l’heure, il s’étendit, et les apôtres avec lui ». Luc s’exprime ici comme s’il connaissait l’importance de l’« heure » johannique.

Celle introduction est suivie en Mc 14,18-21 et Mt 26,21-25 de l’annonce de la trahison que Luc préfère placer après l’institution eucharistique (Lc 22,21-23). Il est seul à introduire cette institution par les paroles de Jésus : « J’ai tellement désiré manger cette Pâque avec vous avant de souffrir ». Luc pense probablement plutôt à l’agneau pascal qu’au repas pascal. Le désir de Jésus est accompli par le repas auquel il participe. Jésus établit ainsi un lien explicite entre les paroles qu’il va prononcer sur le pain et le vin, et sa passion. Chez Luc le mot « souffrir », paskein a plusieurs fois le sens précis de mourir (voir Lc 24,26.46, Ac 1,3 ; 3,18 ; 17,3). Peut-être l’auteur pense-t-il aussi aux souffrances et à la mort du Serviteur en Is 53,4.8-12. En employant l’expression « manger cette Pâque avec vous », Luc souligne le cadre pascal de l’institution eucharistique.

L’intention de Jésus est éclairée par les mots qui suivent : « Car, je vous le dis, jamais plus je ne la mangerai jusqu’à ce qu’elle soit accomplie dans le Royaume de Dieu » (Lc 22,16). Le repas rituel de la Pâque, qui commémore la libération d’Israël de son esclavage en Egypte (voir Ex 12), est ici considéré comme une annonce préfigurative du repas eschatologique, quand le peuple de Dieu aura acquis le salut définit auprès de Dieu. Cela place l’institution eucharistique qui suivra dans une perspective de mémorial et d’attente messianique.

Luc continue à s’intéresser au repas pascal en mentionnant la première coupe que Jésus qui préside la réunion fait circuler : « Il reçut alors une coupe et, après avoir rendu grâce, il dit : Prenez-la et partagez entre vous. Car, je vous le déclare : Je ne boirai plus désormais du fruit de la vigne jusqu’à ce que vienne le Règne de Dieu » (Lc 22,17s.).

Nous reproduisons ici le texte de la TOB qui, en gardant aussi les versets 19b et 20, obtient l’ordre : coupe, pain, et de nouveau coupe. On sait que ce texte est représenté par pratiquement tous les manuscrits grecs à l’exception de D, et par la plupart des versions et les Pères. La variante courte du texte occidental qu’on trouve en D et les manuscrits a,d,ff2,i,l de la Vetus Itala omet la mention d’une seconde coupe aux versets 19b et 20 et obtient ainsi l’ordre : coupe, pain. Les autres variantes peuvent être considérées comme des essais plus ou moins réussis pour améliorer la variante longue ou la courte.

Même si en critique textuelle on préfère souvent une variante courte, les arguments en faveur de la variante longue nous paraissent plus solides que ceux que l’on peut invoquer en faveur de la courte. Celle-ci n’est ici représentée que par le texte occidental. Le scribe du codex Bezae a pu être intrigué par les deux mentions d’une coupe et simplement supprimer la seconde, sans se soucier de l’ordre inverse obtenu, coupe et ensuite pain. Le fait que les versets 19b-20 sont semblables à 1 Co 11,24b-25 et contiennent des aspects non-lucaniens ne nous semble pas une objection décisive contre la variante longue, puisque les textes de l’institution sont plus ou moins stéréotypés. [24] L’originalité de Luc consiste à avoir ajouté une première coupe pour souligner l’enracinement de l’institution eucharistique dans un repas pascal.

Nous acceptons au v. 18 la traduction de la TOB du mot e basileia tou theou par « le Règne de Dieu », alors qu’au v. 16 il est rendu par « le Royaume de Dieu ». [25] En effet, en ce verset il s’agit de manger la Pâque dans un lieu géographique bien défini, l’endroit où habite Dieu, alors qu’au v. 18 nous avons à faire à la Seigneurie de Dieu qui sera pleinement réalisée à la fin des temps. La Pâque eschatologique accomplie dans le Royaume de Dieu dont traite le v. 16 sera en même temps la manifestation définitive du Règne de
Dieu.

C’est la première coupe du repas pascal qui sert de point de départ pour désigner le Règne de Dieu par la métaphore du fruit de la vigne. En Mc 14,25 et Mt 26,29 le fruit de la vigne est évoqué après l’institution eucharistique. Le dernier jour y est caractérisé par un festin messianique qui symbolise le Royaume de Dieu, alors que chez Luc il s’agit plutôt du Règne de Dieu. Mt 26,29 précise que le Royaume eschatologique est celui « de mon Père » (en Mt 8,11 il s’agit du festin avec Abraham, Isaac et Jacob).

Nous pouvons constater que Luc 22,14-20 contient deux traditions, l’une, 22,14-18, centrée autour du repas pascal, l’autre, Lc 22,19-22, rapportant l’institution eucharistique. La première tradition concerne un repas d’adieu, qui n’inclut pas nécessairement l’institution eucharistique. Elle est conservée en Lc 22,14-18, 24-38, en Mc 14,25 et Jn 13-17. Certains exégètes considèrent cette tradition comme plus ancienne que la tradition eucharistique, alors que d’autres pensent le contraire. Jeremias estime que les deux traditions constituent deux étapes au cours d’un même repas. [26] Marshall de son côté souligne que même le récit de l’institution contient une perspective eschatologique en 1 Co 11,23-26. De plus, en 1 Co 5,7 nous avons la mention du caractère pascal de la mort de Jésus et en
1 Co 10,16s. l’idée d’une nouvelle Pâque. Paul a cependant remplacé l’original eucharistique par une formulation liturgique, mais cela n’empêche pas de considérer le récit de Luc, avec ses deux traditions juxtaposées, comme un reflet fidèle du caractère pascal de l’institution eucharistique. [27]

Il est bien connu que Lc 22,19 remonte à une tradition dont relève aussi 1 Co 11,23-26, [28] en contraste avec celle représentée par Mc 14,22-25 et Mt 26,26-29.

11.23 Moi, voici ce que j’ai reçu du Seigneur, et ce que je vous ai transmis : le Seigneur Jésus, dans la nuit où il fut livré, prit du pain, 11.24 et après avoir rendu grâce, il le rompit et dit : « Ceci est mon corps, qui est pour vous, faites cela en mémoire de moi. » 11.25 Il fit de même pour la coupe, après le repas, en disant : « Cette coupe est la nouvelle Alliance en mon sang ; faites cela toutes les fois que vous en boirez, en mémoire de moi. » 11.26 Car toutes les fois que vous mangez ce pain et que vous buvez cette coupe, vous annoncez la mort du Seigneur, jusqu’à ce qu’il vienne.
(1 Co 11,23-26 traduction TOB, ndlr)

Grâce à Paul nous savons que les assemblées pauliniennes ont tôt reçu un récit traditionnel sur le dernier repas de Jésus. Comme pour la Résurrection du Christ en 1 Co 15,2s., l’apôtre souligne le vocabulaire technique de la transmission d’une tradition par les verbes parelabon (aoriste d’un verbe signifiant « recevoir », ndlr) et paredoka (aoriste d’un verbe signifiant « livrer », ndlr). De plus il situe la scène par l’introduction : o kurios Jesus en te nukti e paredideto (le Seigneur Jésus, la nuit où il fut livré, ndlr). En comparaison avec Mc 14,22-25 et Mt 26,26-29, les textes de Paul et de Luc comportent des formules liturgiques : to uper umon (pour vous, ndlr) (1 Co 11,24) et to uper umon didomenon (livré pour vous, ndlr) (Lc 22,19), ainsi que touto poiete eis ten emen anamnesin (faites ceci en mémoire de moi, ndlr) (1 Co 11,24), et la même formule en Lc 22,19, que Paul cependant seul répète après la coupe. Tous deux soulignent que Jésus prit la coupe après le repas et qu’il s’agit d’une nouvelle alliance (1 Co 11,25 ; Lc 22,20). Paul seul commente la scène par une nouvelle formule liturgique : ossakis gar éane éstièté tone artone toutone caille to potèrione pinèté, tone tanatone tou Kuriou cataneguélété akriss ou éltè (chaque fois que vous mangez ce pain et que vous buvez de la coupe, vous annoncez la mort du Seigneur jusqu’à ce qu’il vienne, ndlr).
L’institution eucharistique est ainsi un mémorial de la mort du Christ jusqu’à son retour eschatologique, alors que chez Luc, comme nous l’avons vu, elle se situe entre le mémorial de la libération de l’esclavage en Égypte et le repas eschatologique auprès de Dieu. Ainsi la mort du Christ remplace chez Paul l’idée de libération.

En 1 Co 11,25 et Lc 22,20 la coupe est caractérisée comme « la nouvelle Alliance en mon sang versé pour vous ». La nouvelle alliance fait probablement allusion à Jr 31,31-33 : « Des jours viennent - oracle du Seigneur - où je conclurai avec la communauté d’Israël - et la communauté de Juda - une nouvelle alliance. Elle sera différente de l’alliance que j’ai conclue avec leurs pères quand je les ai pris par la main pour les faire sortir du pays d’Égypte. Eux ils ont rompu mon alliance : mais moi je reste le maître chez eux - oracle du Seigneur. Je déposerai mes directives au fond d’eux-mêmes, les inscrivant dans leur être ; je deviendrai Dieu pour eux, et eux, ils devientront un peuple pour moi ». Par contre « mon sang versé pour vous » fait penser, comme « le sang versé pour la multitude » en Mc 14,24 et Mt 26,28, au Serviteur souffrant qui donne sa vie selon Is 53,12. En Mc 14,24 et Mt 26,28 le sang de l’Alliance fait de plus allusion à Ex 24,8, où Moïse
asperge le peuple de sang en signe de l’alliance avec Dieu.

Avec un arrière-fond vétéro-testamentaire différent, 1 Corinthiens et Luc soulignent comme Marc et Matthieu le lien entre l’institution eucharistique et l’alliance entre Dieu et son peuple. Dans les quatre textes, nous avons un intérêt semblable pour la communion avec la mort de Jésus et pour le lien avec les frères qui mangent et boivent ensemble. La croix du Christ est anticipée et l’attente d’un repas eschatologique y est soulignée.

Conclusion

Nous avons constaté comment Luc dans les repas avec Jésus anticipe un enseignement diversifié du Seigneur adressé à la communauté post-pascale. En harmonie avec cette perspective nous avons constaté dans le texte lucanien de l’institution eucharistique une insistance sur le repas eschatologique qui renforce l’attente des disciples quand ils célèbrent la dernière Pâque de Jésus. Il s’agit d’un mémorial au sens concret qu’a le zikarone (souvenir, ndlr) juif qui n’est pas une mémorisation purement intellectuelle mais une activité qui engage toute la personne.

Bibliographie sélective

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  • CARMIGNAC, J. 1979 : Le Mirage de l’Eschatologie. Royauté, Règne et Royaume de Dieu... sans l’Eschatologie, Paris 1979.
  • CONZELMANN, H. 1954 : Die Mitte der Zeit. Studien zur Theologie des Lukas (BHTh 17), Tübingen 1954 (1993, 7e éd.).
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  • MARSHALL, I.H. 1978 : The Gospel of Luke. A Commentary on the Greek Text, Exeter 1978.
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  • VÖÖBUS, 1970 : Kritische Beobachtungen über die lukanische Darstellung des Herrenmahls, ZNW 61 (1970) 102-110.

[1Nous connaissons la critique que CARMIGNAC 1969, 1971 et 1979, adresse aux exégètes, qui selon lui abusent du mot « eschatologique ». Notre propre emploi ici part du simple fait que Luc dans son évangile et dans les Actes est conscient du fait que le Jésus historique est à présent assis à la droite du Père. On trouvera des considérations approfondies en rapport avec l’étude de Luc dans le chapitre « Eschatology as an Exegetical Approach » de NIELSEN 2000, 6-25. Avec raison Nielsen, 7, note 27, critique le remplacement que Carmignac propose d’« eschatologie » par « Royaume de Dieu », ce qui ne fait que déplacer le problème. Nielsen, 13 critique aussi la systématisation de CONZELMANN 1954, qui situe en contraste l’eschatologie apocalyptique et les communautés ecclésiales.

[2Voir FRANKLIN 2001, 944 : « Jesus in this central section of the gospel (11:37-12:12) is often at meals which for Luke, as probably for Jesus himself, are seen as anticipations of the Kingdom of God. By his teaching, Jesus shows how they reflect or fail to reflect the Kingdom. »

[3Pour être complet, mentionnons aussi la critique répétée que l’on fait à Jésus de manger et de boire avec toute sorte de pécheurs, Lc 5,30, 7,34 ; 15,2 ; 19,7. Luc souligne cet aspect de façon positive, parce qu’il révèle l’interêt de Jésus pour tous les marginaux. Voir PRANKLIN 2001, 925s.

[4Voir HOLMBERG 2001, 66s.

[5Il s’agit probablement d’une prostituée et non d’une femme adultère ; voir la discussion de cette question chez MARSHALL 1978, 308. Pour une prostituée, entrer dans la maison d’un Pharisien était scandaleux aux yeux de la plupart des gens, mais non pour Jésus, SCHÜRMANN 1969, 431.

[6Même si l’on suppose deux événements différents derrière la scène d’onction chez Mc 14,1-9 (Mt 26,6-13) et le récit de Lc 7,36-50, comme le veut BROWN 1966, pp. 449-452, l’on ne peut guère nier les rapports textuels entre les deux récits. Luc a probablement connu Mc 14,1-9, tout comme Jn 12,1-8 peut avoir connu la tradition lucanienne, voir DODD 1963, 162-173. Luc considère son récit comme une unité. Tout au plus les vv. 48-50 peuvent-ils être une ajoute partiellement postérieure, puisqu’ils ont des parallèles en Mc 2,6 ; 5,34 ; 10,52 ; voir MARSHALL 1978, 307 et 314.

[7Comme le note la TOB 1988, 2473, note k : « 0n a souvent traduit : ses péchés ... ont été pardonnes parce qu’elle a beaucoup aimé. Mais cette interprétation semble exclue par la fin du verset, comme par la parabole qui précède (vv. 41-43). L’amour est conséquence et signe du pardon (cf. 19,8-9) ». FRANKLIN 2001, 937 complète cette interprétation en écrivant : « What the contrast emphasizes is Simon’s lack of response to Jesus and his message of the gracious approach of God. »

[8Pour les questions historiques que posent ces textes, voir KIEFFER 1995, 675-688. Pour des aspects complémentaires, voir SVARTVIK 2000.

[9Soulignons encore une fois que Jésus ici contrarie la loi de réciprocité qui réglait les relations sociales en Palestine et donne aux pauvres une nouvelle chance. HOLMBERG 2001, 66-71.

[10Voir GRUNDMANN 1974, 225.

[11Comme le souligne MARSHALL 1978, 694, nous avons ici l’exemple suprême de l’universalité de l’évangile offert aux collecteurs d’impôts et aux pécheurs, avec Jésus qui prend l’initiative et se fait inviter à la maison de Zachée.

[12La TOB 1988, 2512, note 1, commente sa générosité : « Il va rendre le quadruple, ce qui dépasse les exigences de la loi juive (Ex 22,3.6 ; Lv 5,21-24 ; Nb 5,6-7 ; cf. toutefois Ex 21,37 ; 2 S 12,6 ; Pr 6,31) et correspond à la peine du droit romain pour le vol manifeste. C’est là une générosité exceptionnelle. »

[13Sur la halakhah de pureté au cours d’un repas, voir surtout KAZEN 2002, 67-88.

[1414 LAGRANGE 1941, 608 s.

[15BULTMANN 1958, 316.

[16MARSHALL 1978, 898.

[17Le v. 40, qui souligne la matérialité de la scène, est probablement original. Voir les arguments en sa faveur en METZGER 1994, 160 s.

[18Cf. la remarque de la TOB 1988, 2532, note w.

[19Voir KARRIS 1994, 690.

[20MARSHALL 1978, 206, 210 et 217.

[21Pour ces développements sur le miracle de la multiplication, voir HOLMBERG 2001,73s.

[22FRANKLIN 2001, 939.

[23Voir entre autres LIETZMANN 1926 ; JOHANSSON 1944 ; HIGGINS 1952 ; SCHÜRMANN 1953-55 ; LEENHARDT 1955 ; NEUENZEIT 1960 ; JEREMIAS 1967 ; VÖÖBUS 1970.

[24Voir aussi METZGER 1994, 148-50.

[25TOB 1988, 2523.

[26JEREMIAS 1967, 181.

[27MARSHALL 1978, 794.

[28Pour la connaissance que Luc a des lettres de Paul, voir AEJMELAEUS 1987.

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(re)publié: 01/01/2006