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Les tribulations d’un internaute dans le monde chrétien

Bien qu’ayant l’honneur de participer à l’aventure du site de Port Saint Nicolas, tout ce je peux dire ici n’engage que moi.

Je ne suis pas webmaster, je ne connais pas grand chose à la technique informatique, je ne suis pas journaliste, ni écrivain, ni spécialiste de la problématique de la communication, mais un simple utilisateur de l’Internet.

Je suis persuadé que ce média est parfaitement adapté à la circulation de la Bonne Nouvelle.

Mais je me suis aperçu que cette nouvelle pour le moment était annoncée un peu n’importe comment dans une joyeuse pagaille et me suis demandé s’il n’était pas possible d’aider un internaute de bonne foi au niveau de sa recherche.

Voici donc le résultat de la petite étude que j’ai faite pour essayer un jour de lui proposer un moyen de l’aider.

Je n’ai pas, volontairement, cherché dans les sites pour les jeunes, ce n’est pas mon rayon, et je crois qu’étant donné son impact, il est préférable qu’elle soit faite de façon beaucoup plus poussée, encore que je sois persuadé que la situation y est au moins aussi confuse...

Je parlerai donc de ma recherche, j’en tirerai de enseignements, je ferai des propositions.

Recherche

J’avais naïvement demandé aux adhérents d’Eklesia.net de me donner une structure de leur site afin de proposer quelque chose qui puisse montrer de l’Eglise un visage un peu plus cohérent.

Les quelques réponses, à part deux, ont été des réponses techniques du genre :

Je pense que tout le monde peut chercher dans son domaine à accroître sa visibilité. Il y a des techniques pour ça : je peux vous conseiller le site abondance.com.

Il me semble a priori qu’il y a besoin d’un moteur de recherche par mot clé (l’équivalent d’un index). Il y en a d’accessibles... le problème c’est de se taper les index... mais dans le cas d’Eklesia.net, il suffira de demander à chacun d’indexer ses propres œuvres.

Mais n’oublie pas qu’il existe déjà un moteur qui fonctionne comme ça : http://www.alltheweb.com. Tiens, bonne idée : je vais y faire un tour que trouve t’on sur la toile sur Vatican II et ses textes ? Simplement 61 838 articles dont je remarque, m’étant arrêté au 170e, que trois d’entre eux faisaient référence à une seule rubrique sur un site que par ailleurs je connaissais... et que j’espérais trouver au numéro 109, 110 et 114.

Tout ne viendra pas des moteurs de recherche, même s’ils sont fabriqués par nous, même s’ils essaient de couvrir un max de nos besoins, m’a-t-on aussi dit.

C’est exactement ce que je pense, on m’a en effet répondu par des solutions avant même d’avoir essayé d’analyser quelque chose de nouveau.

Etant donné l’enthousiasme que j’avais provoqué (j’ai même eu cette réponse admirable d’encouragement : Pourquoi doit-on envoyer le texte des pages publiées que ce soit en Word 6, en rtf (radio télévision française ?) ou en tout autre langage alors que par définition ces pages sont publiées dans le web et donc accessible à tous sans effort... ?), j’ai (sans effort donc) passé quelques heures à essayer de connaître la composition des sites des personnes de l’association.

Je ne vous décrirai pas mon état d’esprit à la vue de ce qui a été fait...

Tous en tout les cas sont très gentils...

Tous sont pleins de bonne volonté, tous ont besoin qu’on les soutienne, qu’on vote pour eux, qu’on leur dise ce qu’on pense d’eux, qu’on leur écrive, (mais si on le fait, peu répondent).

Et après un mois de pérégrination, je me suis fait un classement que je vous donne parce que je ne l’ai encore jamais vu.

D’abord et c’est le plus grand nombre, je dirais qu’il y a des sites géographiques...

A la limite du touristique, on me donne les horaires des messes, on me montre des photos de personnes très bien, elles sont sur Internet ou on me dit que la chapelle du Saint-Sacrement, située dans le transept gauche de l’église, c’est un lieu calme propice à une prière personnelle silencieuse. Quelques livres y sont à votre disposition, ainsi qu’un cahier d’intentions de prières. Celles-ci sont portées à l’autel lors de la procession de l’Offertoire, le dimanche à la messe de 10:15 heures.

Dans le même registre on trouve les sites diocésains qui s’adressent alors à un public plus élargi, sites qui par vocation sont essentiellement informatifs.

Ensuite il y a les sites informatifs du mois, universités, écoles, mouvements, ordres.

On décrit qui on est, ses origines, ses règles, on donne des adresses, on y parle des dernières réunions, des futures réunions.

On trouve enfin dans les sites d’information, les sites circonstanciels, liés à l’organisation d’événements importants comme le Jubilé de l’an 2000 ou le pèlerinage de Chartres.

On trouve des sites d’enseignement, plutôt de formation, ou réellement on cherche à faire de la formation, quelquefois libre, quelquefois avec inscriptions gratuites, et avec inscriptions payantes.

On trouve des sites que je dirais spécialisés dans des thèmes bien particuliers comme la préparation au mariage, ou, dans un autre genre, la revue de presse.

On trouve des sites qui appellent à la réflexion, donnent des articles, des dossiers, font appel à contribution soit par l’intermédiaire d’un forum à thèmes, soit par appel à témoignage soit qui donnent des témoignages de contemporains ou de personnages du passé.

Enfin il y a les sites moteurs, rassembleurs, ceux que l’on appelle portails...

Bien sûr je n’ai pas voulu mettre de nom derrière ces sites, chacun peut peut-être s’y reconnaître.

Certains que j’ai classés dans les sites géographiques, vont crier au scandale, mais même si par ci par là on voit apparaître un texte, une prière, une histoire drôle, pour moi internaute de base, je n’irai pas chercher là de quoi nourrir ma foi ou trouver réponse à une question.

Je me suis fais doucher plusieurs fois en trouvant par exemple Parta-Foi dans la catégorie Jeux-éducatifs, Port Saint Nicolas dans la catégorie Magazine à côté des éditions Nouvelle Cité... et le site de Don Bosco dans la catégorie Enseignement et dans la catégorie Magazine.

Ça y est ! J’ai cité des noms, il va y avoir polémique...

Enseignements

L’impression que je tire de cette visite, c’est que le monde Internet chrétien se cherche, tous le monde a des idées, la première c’est d’être sur le Net... Il faut être sur le Net.

Dans de nombreux sites on ne voit pas d’autre projet que d’être sur le Net. Alors comme le sujet est grand on brode sur un certain nombre de sujets, sans grand ordre, et hélas sans grande originalité.

Alors on fonce, droit devant soi, on demande des idées aux autres, avec la ferme intention de garder son pouvoir illusoire. J’ai l’impression d’un immense orgueil disons, la vanité d’être sur le podium, on a un besoin impérieux d’avoir le maximum de visiteurs de le faire savoir car de là vient sa crédibilité.

La course à l’audimat semble être la préoccupation numéro un.

J’ai l’impression que fort d’avoir la possibilité de parler sur le Net en dehors du pouvoir hiérarchique, on se construit son propre pouvoir, un peu indépendamment des autres, et vogue la galère... c’est le bon individualisme bien humain qui ressort. Bien que le jeu consiste malgré tout à se faire inscrire dans la base de donnée de Catholiens, de l’Annuaire de la Francophonie Religieuse, et maintenant du Top cinquante des religions, sans oublier le Webring des chrétiens francophones, ni le RCAB.

Tout cela ne me parait pas très sérieux, au niveau des sites, on ne sait vraiment plus ou donner de la tête.

Cette explosion anarchique me parait être un terrain très propice à l’éclosion de sectes en tous genre.

J’ai même vu un site qui disait : Beaucoup de gens se sentiront mal à l’aise de savoir qu’ils sont dans la zone ayant pour but l’évangélisation, ils sortiront vite de cette page.

Et cela se nomme Comment annoncer la Bonne Nouvelle sur Internet !

Le premier enseignement que j’en tire est que le réseau Eklesia.net doit devenir vite, très vite, crédible, fédérateur, puissant et montrer un visage uni et cohérent.

Au niveau des textes, je vois que chacun est parti de son côté, en se fichant pas mal de ce qui existe sur la toile, et surtout, ne cherchant pas à se rapprocher des autres... si encore il y avait de l’argent en cause : pas du tout, puisqu’il s’agit du même évangile, de la même Parole.

J’ai l’impression de me retrouver dans mon village de Pommard, tous ces vignerons qui s’associent pour créer un magasin associatif, qui ont créé des panneaux routiers de direction pour chacun de la même couleur, qui font partie du syndicat agricole, du comité interprofessionnel, de la confrérie du souverain bailliage, participent ensemble aux mêmes grandes fêtes de la Saint Vincent, etc. mais qui sont tous persuadés qu’ils font chacun le meilleur vin et vivent essentiellement pour leur territoire.

Autant si, je comprends cette mentalité, pour des personnes qui ont besoin de vendre pour vivre, autant j’ai la candeur de croire que le Royaume de Dieu est unique et que peu d’entre les webmasters dépendent au premier degré de son épanouissement. On sent venir assez vite le site commercial, comme un journal, dont la survie dépend du nombre de lecteurs.

Cependant, pour le moment il ne semble pas que ces sites soient la majorité dans le monde chrétien ou alors de façon tellement insidieuse que je m’y serais laissé prendre.

Le deuxième enseignement que j’en tire est que, pour une meilleure efficacité, et un meilleur service à l’internaute de bonne foi, il est temps d’organiser entre les bonnes volontés la diffusion des textes et des idées par un autre moyen que la technique du moteur de recherche et du lien aléatoire de site à site.

Le dernier enseignement que je tire de mon petit voyage est qu’il faut aller très vite, car le temps, la technique, le nombre d’internautes, le nombre de sites augmentent de façon plus qu’exponentielle et qu’il deviendra vite impossible de s’y retrouver ; et pourtant il n’est pas loin le temps où une certaine Catherine s’étonnait de ne trouver que la religion de Moon sur Internet [1].

A partir de ces simples constatations j’ai envie de faire des propositions, ou plutôt comme je n’ai pas de pouvoir et que cela semble à la mode, je vais les exposer sous forme de rêve.

Cela me permet de supposer le problème résolu et donnera la possibilité à mes détracteurs de dire que je suis un idéaliste sans pour autant se remettre en cause.

Mon rêve

Je rêve qu’aux yeux des internautes, le monde chrétien puisse être organisé sous forme, je dirais, de projets. J’en vois quatre principaux qui peuvent se diviser eux-mêmes de façons presque cohérentes.

 Un projet géographique, ou suivant la hiérarchie géographique. Paroisses associées en diocèses, associés avec la hiérarchie nationale, (CEF pour les catholiques), associés avec les sites circonstanciels comme le Jubilé de l’an 2000. Dont la vocation est essentiellement informative
 Un projet ’’mouvements, communautés, écoles’’, dont la vocation est aussi informative, mais qui ont leur vie propre.
 Un projet de la Parole : spiritualité, liturgie, réflexion, témoignage, sacrements, formation, partage.
 Un projet guides, moteurs, aide technique.

Je rêve que chaque webmaster conscient de son appartenance à un groupe, ait clairement défini dans quel projet il veut travailler. Qu’il s’associe clairement avec les personnes de son projet, qu’il se mette au courant de ce qui se fait, et puisse lorsqu’il traite un sujet renvoyer le chercheur vers ses associés. Qu’il ne soit pas forcément un publicitaire jaloux de l’audience de son propre site mais que l’on puisse voir qu’il appartient à une Eglise Que l’on puisse voir réellement que les webmasters se parlent entre eux, et qu’avant d’être des mots, des images, ils sont des hommes, chrétiens et libres.

Je rêve qu’une association de webmasters ait, dans chaque projet, un responsable, capable de fédérer les sites, les conseiller, les mettre en rapport les uns avec les autres, et puisse proposer à chacun une charte claire.

Je rêve que si un webmaster a quelque chose à dire qui dépasse son cadre, il cherche et puisse trouver quelqu’un avec qui parler de son idée et, soit intégrer celle-ci dans le site spécialiste, soit définir clairement une zone dans le sien réservée à cette idée en relation avec les autres sites, afin d’éviter les pertes de temps du chercheur.

Je rêve que les liens faits des sites les uns avec les autres soient faits non pas au niveau du site, sauf pour les sites purement informatifs, mais au niveau des documents ou des idées ou des rubriques.

Je rêve qu’une association puisse canaliser, aider les bonnes volontés, donner la possibilité à chacun de travailler dans un site diffèrent, suivant son talent.

Je rêve que, chaque fois que quelqu’un a une idée, on ne réponde pas d’abord : « Cela coûte trop cher, on n’a personne à mettre dessus, nous n’avons pas le temps, ce n’est pas le moment. »

Je rêve qu’au niveau de Chrétiens-Médias, on ait revu les priorités, pour en tout premier lieu investir dans la communication Internet, étant donné l’urgence, aux dépens d’autres médias dont l’impact ecclésial est moins important.

Je rêve que les journaux à caractère religieux, après avoir vendu leurs journaux, laissent les webmasters inclure les idées et les articles dans leur site, dans des conditions raisonnables pour le portefeuille des auteurs.

Je rêve qu’un site qui se dit à vocation chrétienne, tout en gardant sa liberté de parole, sa liberté, adhère fondamentalement à une charte claire et résolument chrétienne et suive cette charte dont les termes ne sont ni juridiques, ni financiers.

Je rêve qu’un congrès réunissant public et webmasters chrétiens ne soit pas une foire réunissant des sites disparates, concurrents, mais montre une équipe soudée au service du Royaume de Dieu.

Je rêve enfin que, puisque l’on doit toujours revenir à la hiérarchie qui, qu’on le veuille ou non, reste jalouse de pouvoir, les responsables religieux de la francophonie un jour définissent ensemble une stratégie qui pourrait ressembler à mes rêves et en fassent solennellement la proclamation afin que l’on sache clairement que les chrétiens sont partie d’une Eglise qui sait communiquer et dont les membres savent ce qu’ils font.

Mais ce ne sont que des rêves : certains se réalisent déjà, tous peuvent se réaliser, aucun ne demande d’argent supplémentaire. Tous demandent du courage, du temps, de l’enthousiasme, un peu d’humilité, une démarche communautaire d’Eglise [2].

C’est incomplet, peut-être mal exprimé, pas clair, à cela je suis prêt à répondre.

La polémique, par contre, gardez-la !

Je terminerai comme je l’avais fait à l’occasion d’un autre document que j’avais pondu il y a deux ans : Je ne sais pas où l’on va, mais on y va très vite. Et le vent souffle où il veut.

[1Printemps 1997 (La Croix).

[2Non, cela ne doit en rien diminuer ta liberté, ni de t’exprimer, ni de créer ton site perso si tu le veux, mais avoue que c’est plus simple pour ton interlocuteur, et plus efficace pour l’Eglise.

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Olivier JULLIEN DE POMMEROL
(re)publié: 06/12/1999