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Partage de Syrie

Beyrouth le 10 décembre 2013

Chers amis,

Vous avez participé ces derniers temps à apporter une aide aux réfugiés syriens en adressant vos dons soit au « JRS » (un service des jésuites en Syrie), soit à « Life4Syria ». Nous voulons vous remercier pour votre geste de solidarité. Ces dons sont précieux en ce moment où la situation est si catastrophique et les demandes si pressantes. Aussi, nous tenons à vous informer de certaines activités et de l’esprit des associations avec lesquelles nous travaillons à Damas.

Au sud de Damas le JRS a fondé deux cuisines, l’une, à Sahnaya offre 3000 repas chauds chaque jour distribués dans trois centres, l’autre, à Jdaydé Artouz, offre 1500 repas distribués dans des écoles où les réfugiés sont logés.

La cuisine de Sahnaya est installé là où, autrefois une piscine était fréquentée par les familles qui venaient se rafraîchir et passer la journée, louaient un petit bungalow et mangeaient au restaurant. Maintenant 35 familles réfugiées (plus de 200 personnes) sont installées sur ce site. Certains travaillent à la cuisine, c’est l’équipe d’éplucheurs-trieurs-nettoyeurs, formée de 15-20 personnes (hommes et femmes). Le travail est impressionnant, on parle toujours en centaines de kilos, puisque chaque jour, il rentre largement plus d’une tonne d’ingrédients ! C’est un projet mis en place depuis quelques mois où musulmans et chrétiens coopèrent main dans la main. Cet aspect est sans doute ce qu’il y a de plus important pour contredire ceux qui cherchent à diviser le peuple.

Chaque semaine des jeunes volontaires se retrouvent dans un quartier de Damas pour confectionner des sacs de nourriture qui seront distribués au cours de la semaine : riz, boghrol, sucre, thé, lentilles, huile, graisse, conserves, halaweh, etc. Chaque sac pèse environ 15 kg.

Ce centre de distribution fournit aussi des médicaments et envoie gratuitement des malades dans un hôpital. 3000 familles sont inscrites dans ce centre. Il y a aussi des distributions de couverture et de vêtements. Heureusement d’autres associations (mosquée, église, ong) font un travail similaire.

Le soutien éducatif et psychosocial est une préoccupation majeure du JRS, il se fait dans des petits centres pour les jeunes enfants, un centre de travail pour les jeunes filles et un accompagnement par des visites aux familles. Prendre une tasse de thé dans une famille a une signification au-delà de l’assistance qui est apportée, retrouver les déplacés dans leur lieu de vie. A travers ces divers projets, l’objectif du JRS est la réconciliation, apprendre aux enfants à jouer ensemble alors qu’ils viennent de communautés différentes, apprendre aux jeunes à dépasser leur espace communautaire.

Beaucoup de déplacés habitent dans des bâtiments en construction, qu’ils ont petit à petit aménagée, mais la vie y reste rude en hiver… D’autres ont pu louer une pièce pour la famille, généralement dans des maisons à peine terminées et sans aucun confort, mais alors il faut les aider à payer le loyer. Souvent, il y a une aide ponctuelle à apporter : faire les formalités pour inscrire un enfant à l’école, orienter et conduire un enfant chez un médecin, apporter une aide pour acheter le strict nécessaire à la vie lorsqu’on a tout perdu, ou une petite mise de fond pour démarrer une activité permettant de vivre, contribuer à la libération d’une personne arrêtée…. etc.

Ces derniers temps, des quartiers entiers ont été « bouclés », blocus sévère qui rend très difficile voire impossible toute entrée et soute sortie du quartier. Devant la pluie d’obus et l’épuisement des réserves, des familles ont du quitter leur maison sans rien pouvoir emporter. C’est le cas de ce père de famille qui étant allé chercher un médicament au JRS pour sa fille épileptique s’est vu, au retour, interdire l’accès à son quartier. Trois jours plus tard, sa femme et ses enfants ont pu quitter leur maison et sortir du quartier, sans rien emporter. Le soir même ils apprenaient que leur maison avait été détruite par un missile… Une maman seule avec ses 4 enfants, lançait des sos sur son téléphone portable, car elle n’avait plus à manger, elle a réussi à fuir la zone « bouclées » où elle habitait. Elle a cherché refuge chez des amis, jusqu’au jour où un missile a atteint la maison qui se trouvait en lieu de combat, après avoir erré pendant deux mois dans les jardins publics, elle s’était réfugiée dans la cage d’escalier d’une école qui, comme beaucoup, accueille des « déplacés ». Heureusement un place se libérant sur le site de la cuisine, elle a pu trouver à se loger. Hélas des milliers sont comme elle…

Heureusement que la cohésion sociale dans nos pays est différente de ce qu’on trouve en Europe et que les gens ont des qualités d’accueil qui ne cessent de nous émerveiller ; C’est un signe d’espérance de voir leur sens de l’entraide, comme aussi de voir la maturité des enfants et des jeunes. Est-ce dû aux difficultés de leurs conditions d’existence et à la précarité à laquelle tout le monde doit faire face, en s’entraidant les uns les autres ?

Devant ces situations dramatiques, notre présence, celle du JRS, de l’église ne sont pas liée au « faire », au seul caritatif et devant certaines situations de détresse, nous nous sentons complètement dépassés et impuissants. Nous devons accepter notre impuissance le long de ces « lignes de fractures ». Notre faiblesse n’est-elle pas en elle-même comme un appel à Quelqu’un, source de compassion, d’entraide et de force ? Comment maintenir la dignité humaine dans des circonstances déshumanisantes ? Comment faire Église à partir de la faiblesse, du manque des ressources et de la proximité de la mort. Enfin si nous sommes ici, c’est aussi d’une certaine manière, au nom de chacun d’entre vous qui nous aidez.

Y a-t-il une place pour l’espérance dans tout ça ? Comme le dit le père Nawras, directeur du JRS : « On n’a pas le droit de baisser les bras et de rester sans rien faire. » « Mais justement, là où il n’y a rien à faire, tout, absolument tout, est à refaire. » (Ignacio Ellacuria). Et la question la plus retentissante que Dieu nous adresse aujourd’hui en Syrie est, me semble-t-il « où est donc ton frère ? ». On est donc bien à notre place. On essaie de réaliser notre vocation et notre mission d’Eglise quand on est présent aux ruptures qui crucifient l’humanité dans sa chair et dans son unité. « Nous y sommes bien à notre place car c’est en ce lieu seulement que peut s’entrevoir la lumière de la Résurrection et, avec elle, l’espérance d’un renouvellement de notre monde » (Pierre Claverie).

A l’approche de Noël, la fête du Prince de la Paix, nous vous remercions encore une fois de votre geste de solidarité et, avec vous, nous espérons que nos cris seront entendus et que la paix tant attendue finira par advenir.

Jacques

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(re)publié: 01/01/2014
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