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Lettre de Guayaquil, Équateur

Point-Cœur San-Jeromimo-Emiliani,
Guayaquil, Équateur

Très chers parents, parrains et amis,

Tout d’abord, j’aimerais vous remercier, chacun, pour les marques d’amitié que vous m’avez offertes avant mon départ pour l’Equateur.
Aussi bien aux nombreux amis qui sont venus partager ma messe d’envoi à Saint-Géry le 23 mai, qu’à tous ceux et toutes celles qui depuis de si longues années me soutiennent dans ma mission à Points-Coeur. J’aimerais saluer tout particulièrement sœur Marie-Gabrielle et toute sa communauté du carmel de Saint-Saulve à Valenciennes, avec qui j’ai eu la chance de passer trois jours avant mon départ. Merci pour votre fidélité et votre constance.
J’aimerais que ce merci arrive personnellement à chacun d’entre vous.
Ma cousine S. B. vous fera parvenir mes lettres aux parrains que je vais essayer de rédiger le plus régulièrement possible.

Je suis arrivée à Guayaquil le 14 juillet. M’attendait à l’aéroport ma nouvelle communauté : Mauricio Mugno, argentin, laïc consacré dans l’œuvre Points-Cœur, Solange, dix-huit ans, volontaire française, toute fraîche sortie de l’école après un baccalauréat littéraire, qui est là pour quatorze mois ; et Milagros, volontaire argentine de vingt-quatre ans, qui est là aussi pour quatorze mois et qui fait des études de journalisme à Santa Fe en Argentine.
Mauricio travaille pour l’archevêque de Guayaquil, cinq jours par semaine et partage le reste du temps avec nous.
Nous attendons un jeune Péruvien : Rudy, jeune avocat diplômé, pour le mois d’octobre.
Nous vivons dans une toute petite maison que nous louons dans le cœur du quartier Isla Trinitaria. Nous sommes arrivés dans ce quartier voilà neuf ans. Nous avons eu quelques déboires avec les maisons que nous avons occupées auparavant et que nous avons dû laisser, un terrain, une salle au-dessus de l’école paroissiale... pour arriver à cette petite maison où nous sommes aujourd’hui et dont les dimensions ne nous semblent pas adaptées.
Nous avons au rez-de-chaussée une grande salle pour accueillir les enfants avec la salle de bains des garçons et une cuisine. À l’étage nous avons la salle de bains des filles avec deux petites chambres, une pour les filles une pour les garçons. Une petite salle communautaire et une petite chapelle où nous avons le Saint-Sacrement.

Nous avons la chance d’avoir un petit jardin avec des cocotiers et un manguier : grande tentation pour nos voleurs en culottes courtes !

Notre vie est toute simple. Nous nous levons à 6 h 30. À 7 h 00 nous prions les laudes. À 7 h 30, nous avons une demi-heure de lectio divina avant le petit-déjeuner à 8 h 00, heure à laquelle Mauricio part au travail en centre ville dans les bureaux du diocèse. Quant à nous, la matinée est ponctuée par une heure d’adoration, les services de la maison dont la lessive à la main, les courses, la cuisine, les comptes et toutes les choses administratives pour la maison ou nos amis. Pourtant il y a deux matinées par semaine où nous partons en apostolat. Le lundi, au foyer des personnes âgées des sœurs de Mère Teresa « El Hogar de La Paz » qui compte vingt-neuf grands-mères et un peu plus de cinquante grands-pères avec deux jeunes filles très handicapées. Toutes les personnes accueillies dans ce foyer n’ont plus de famille ou ont été abandonnées par celles-ci. Beaucoup sont atteints de démence.
C’est un lieu qui porte admirablement son nom. En entrant dans cette maison comme lorsque j’y rentrais à Bangalore, je trouve la même odeur de désinfectant et de bouillie sur le feu, mais il y a surtout les mêmes sourires aussi larges que les visages de ces grands-pères et grands-mères. « Merci Mère, de tout ce que tu nous as donné à travers ton oui. Chère Mère Teresa, daigne te pencher sur chacun d’eux à travers nous, comme tu aimais le faire à Calcutta dans ta maison. » Le samedi, le programme du matin est aussi différent : nous profitons de ce temps de repos de beaucoup de gens de notre quartier pour visiter leurs familles.

Nous mangeons à 12 h 30. Puis vient le temps de sieste, très importante dans ce pays où en hiver (c’est-à-dire maintenant) et dès le matin, il fait 28,5 °C, Je vous laisse imaginer la température à 12 h 00. À 15 h 00, nous prions le chapelet avec les enfants. Puis nous partons par deux en apostolat, alors qu’une d’entre nous reste à la maison à jouer avec les enfants du quartier. Celle-ci ferme la porte comme elle peut vers 18 h 00. A dire vrai, les enfants ont beaucoup de mal à nous quitter et il faut beaucoup d’imagination et user de stratagèmes pour les faire sortir de la maison sans que la moitié parte avec les jouets de tous ! À 19 h 00, nous nous retrouvons tous pour la messe dans notre paroisse : Natividad del Señor qui est à quelques centaines de mètres du Point-Cœur. Cette paroisse était tenue par les pères Somascos mais depuis quelques années, faute de vocations, ils ont laissé la paroisse aux prêtres diocésains.
Je confie tout particulièrement le prêtre de notre paroisse à votre prière. Il ne vit pas dans le quartier et ne vient que pour y célébrer la messe quand il ne coupe pas les prières qui lui paraissent trop longues après s’être épanché dans une longue homélie où il refait l’histoire du salut depuis les origines et en la recomposant à son gré.
Nous rentrons à la maison pour y chanter les vêpres et Mauricio nous rejoint pour le repas du soir. Après les complies, nous nous couchons aux environs de 22 h 30, 23 h 00 sans broncher et avec joie.

Si la journée s’ordonne par rapport au temps de prières, la semaine s’articule autour de différents lieux d’apostolat. Notre quartier, qui est une île entre les bras des fleuves Salado et Guayas, est très vaste et compte plus de 100 000 personnes. C’est un des quartiers les plus pauvres de Guayaquil. Notre première maison était à quelque vingt minutes à pied de là où nous sommes actuellement, par fidélité aux familles et aux enfants rencontrés là-bas. Nous y allons deux fois par semaine : le lundi après-midi dans une zone que l’on appelle « Santa Teresita » et le mercredi dans une autre zone de ce quartier que l’on appelle « San Carlos-Juanga ». Le mardi après-midi et le jeudi, nous restons dans notre quartier que l’on appelle « Sagrada Familia ». Le vendredi est notre jour de repos. Le samedi après-midi, nous allons au centre-ville pour partager ce qu’on appelle une école de communauté (compréhension et partage sur un écrit particulier) avec la communauté de Communion et Libération (d’origine italienne). Le dimanche est réservé aux visites ponctuelles dans notre quartier ou ailleurs. Nous nous retrouvons en communauté autour d’un texte le dimanche matin après la messe et notre réunion pour organiser chaque semaine est le lundi soir.

Voilà des semaines et des jours bien chargés. À vous dire la vérité, je n’ai pas vu le temps passer et ici une journée est comme une heure. Les enfants sont très nombreux et charmants. Cela est très reposant pour moi par rapport à Buenos Aires où il fallait se battre et se faire respecter.
Les problèmes sont ici un peu différents. Il s’agit surtout de nourrir toute la famille et contrôler des budgets très très serrés en accueillant chaque nouveau-né comme un cadeau. Les bébés fleurissent de partout, je ne suis pas en mal de tendresse parce que les mamans ne demandent qu’à être un peu tranquilles et nous laissent volontiers leur nouveau-né.

J’aimerais vous parler de cette première après-midi que j’ai passée ici avec Milagros (Mili). Nous sommes allées visiter la famille de Dona Jésus. C’était l’anniversaire de son deuxième fils, Junior (trois ans). Quelle joie quand « la tribu » nous a vues arriver ? Nous n’avions pas assez de nos deux bras, l’un d’un côté, l’autre de l’autre, le troisième accroché à un pied et la maman qui nous tendait des mains le nouveau-né. Nous sommes arrivées avec un cadeau tout simple pour Junior. Un tube pour faire des bulles de savon. Jamais, je n’ai vu tant de joie dans les regards émerveillés de ces tout-petits à la première bulle lancée par Mili. La maman, un peu confuse devant la joie de ses enfants, n’avait apparemment rien préparé pour l’anniversaire de son fils. Une heure après, elle nous confie qu’elle n’avait pas pu laisser ses enfants pour aller acheter un gâteau. Elle proposa à Mili de rester avec les cinq, prit son bébé et me proposa de l’accompagner pour aller acheter un gros gâteau à la crème, comme on les aime ici. Après les cris des plus petits qui voulaient nous accompagner, quelle ne fut pas leur joie de nous voir revenir avec un gros gâteau plein de crème et des fraises sur le dessus !

Il y a deux autres visages que je voudrais vous présenter et que je confie à votre prière.
Celui de Antonito et Damien, deux petits garçons de cinq et deux ans, enfants d’une de nos amies : Anita. Anita est handicapée mentale. Antonito est né d’un viol, Damien aurait par contre un papa hypothétique.
Anita était seule d’abord, puis sa maman Dona Cielo est venue l’aider. Solange me racontait combien l’amitié avec le Point-Cœur avait permis à cette grand-mère d’accepter la situation et de venir en aide à sa fille. Antonito a bien compris que sa maman n’était pas tout à fait comme les autres. Quelle fut ma surprise quand, au moment de donner l’intention de prière pendant le chapelet, nous lui avons demandé : « Pour qui veux-tu prier ? » Il a répondu : « Je veux prier pour ma maman Anita. » J’en avais les larmes aux yeux. Ce petit bout de cinq ans, ne va pas encore à l’école mais il est débrouillard et si doux. Lui et son frère nous accompagnent presque chaque jour à la messe. Ce dimanche, nous recevrons Anita et ses deux garçons à la maison pour fêter ensemble l’anniversaire de leur maman.

Je finirai ma lettre sur le visage de deux autres petites filles : Ambar et Cathy nos voisines. Elles passent leur journée au Point-Cœur. Quand nous revenions d’apostolat avant-hier soir avec Mili, j’ai pris la liberté de saluer leur maman et leur grande sœur, et de m’asseoir à côté de celle-ci sur le parterre de leur maison. Apparemment, la maman - une dame assez imposante qui s’appelle, elle aussi, Dona Jésus - a été un peu surprise par mon geste. Elle n’est restée que très peu de temps avec nous. J’avais été attirée par la beauté du bébé que portait cette jeune fille et je m’étais arrêtée. Nous avons causé de tout et de rien. Après un petit moment, alors que déjà motards et cyclistes étaient passés devant nous et nous avaient regardées avec insistance, nous avons pris congé.
Mili m’expliqua alors que voilà très peu de temps que la dame répond à nos : « Hola, buenos dias, como estan ? » En effet, elle restait et reste distante à cause du trafic qu’elle fait chez elle. Elle vend et revend de la drogue. Je comprends mieux maintenant pourquoi Ambar et Cathy (sept et huit ans) passent leur temps chez nous. De l’autre côté de la rue, nous avons par-là la discothèque du quartier. Elle s’habille de lumière rouge et bleuâtre quand le soleil se couche, c’est-à-dire à peu près à 18 h 30 et là, une valse de belles voitures et des belles femmes, dansent et se dandinent au rythme de la musique qui depuis le matin crient dans les haut-parleurs pour noyer le quartier sous les décibels et au rythme des salsas et rumbas équatoriennes.

Chers parrains, je vous souhaite de bonnes vacances. Je vous remercie de votre générosité. Les dons des uns et des autres nous permettent aujourd’hui d’envisager l’achat d’un terrain tout près de notre maison actuelle, où nous pourrons par la suite construire une maison qui sera plus adaptée à nos besoins (budget prévu : 22 000 $ pour une maison de 80 m² sur deux étages). Merci de notre part, et de la part de tous les enfants qui viennent chaque jour égayer notre maison.

En me confiant à votre prière,
Edith

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Edith, de Point-Coeur
(re)publié: 01/03/2010
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