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La liturgie : pour comprendre et participer

Elle est vivante, très ancienne, en perpétuel devenir, riche et complexe. Elle véhicule l’inaccessible, elle crée de l’intangible, par des gestes et des paroles obscurs pour les uns, lumineux pour les autres. Dans la liturgie chrétienne, des livres - missels et rituels - offrent les mots et codifient les gestes. D’autres livres les expliquent, invitent et aident à leur donner vie. L’ensemble compose une galaxie en expansion chez les catholiques romains depuis Vatican II.

Génération Vatican II

« J’avais été envoyé à Paris par mon supérieur provincial pour étudier la composition musicale quand je suis monté, la première fois, au huitième étage de Latour-Maubourg [1] voir ce qui se passait au Centre de pastorale liturgique, chez les dominicains. Le Centre avait été créé à leur initiative par les Pères Pie Duployé, A.M.Roguet et A.-G. Martimort. Là on m’a dit : Vous tombez bien, nous cherchons quelqu’un pour s’occuper de la musique. » Le jeune jésuite, Joseph Gélineau, vouera sa vie au chant sacré, jusqu’à aujourd’hui où il livre la somme de son expérience en publiant Les chants de la messe dans leur environnement rituel (Le Cerf). Son premier article sur la musique liturgique en France avait paru en 1947 dans La Maison-Dieu, toujours publiée au Cerf et dont la collection est un véritable trésor où se retrouvent tous les éléments d’une histoire contemporaine de la liturgie.

Avec ses Psaumes chantés en français, qui se sont répandus comme une traînée de poudre, le P. Gélineau a remporté le prix de l’Académie Charles Cros 1953. « On les chantait, rappelle-t-il, avant et après les messes basses (lues), car on ne pouvait pas chanter en français aux messes chantées où seul le latin était autorisé. Il y avait un énorme besoin de participation ; les maîtres mots de l’époque étaient : comprendre et participer. » C’est ce qui faisait aussi à ce moment-là le succès de quelques paroisses innovantes. à seize ans, Pierre Talec, qui devint prêtre et écrivain, allait à Saint-Séverin à Paris. « La table de communion avait été supprimée, et le seul fait de communier debout paraissait stupéfiant. Nous étions comblés de joie par les trois mots de français qui remplaçaient la formule d’envoi en latin. » « à la messe du dimanche, 72 % des fidèles venaient de l’extérieur, se souvient Alain Ponsar, curé de Saint-Séverin pendant les dix années qui ont précédé le concile. Nous avons ranimé la vigile pascale, l’offertoire, la concélébration, les prières des Heures à l’église trois fois par jour, mais surtout nous formions une communauté fraternelle, et les gens qui avaient soif d’authenticité le ressentaient. L’un des principaux initiateurs du changement, le P. Connan, puisait son inspiration dans la liturgie allemande. Il était imprégné des idées du P. Parsch. » Pius Parsch, un chanoine régulier autrichien, avait rendu populaires dans les pays germaniques les aspirations du mouvement liturgique, avec, en particulier, ses Textes de la messe dominicale diffusés à 25 millions d’exemplaires en 1930.

Des monastères-sources

Un renouveau de ferveur pour la liturgie se diffusait en Europe depuis le début du siècle. Pour certains il s’enracinerait même dans la création, en 1837, de l’abbaye de Solesmes où dom Guéranger opéra un retour aux sources par une vie spirituelle basée sur la prière de l’église. Sa rénovation s’étendit à d’autres fondations bénédictines, en Allemagne à l’Abbaye de Beuron, en Belgique à Maredsous et au Mont-César. Quand Solesmes restaura le chant grégorien, elle retint l’attention du patriarche de Venise qui, devenu Pie X, publia en 1903 un texte réclamant « la participation active aux mystères et à la prière officielle et solennelle de l’église ». Et dom Lambert Beauduin, moine du Mont-César, « un prophète extraordinaire », souligne Joseph Gélineau, jeta les bases du mouvement liturgique proprement dit, lors d’un congrès catholique à Malines en 1909. Il présentait la liturgie comme la véritable prière de l’église. Ses propositions - multiplier les traductions des textes de la messe et des vêpres, axer la piété sur la liturgie, et organiser la formation des choristes - furent retenues à l’unanimité. Il souhaitait démocratiser la liturgie pour atteindre les masses, en se tournant vers l’avenir, sans négliger la richesse des institutions du passé. Il lança un missel populaire en fascicules et inaugura les premières Semaines liturgiques où venait se former le clergé. Après la guerre de 1914, en Allemagne, en France, en Belgique se multiplièrent les publications de textes liturgiques anciens et de recherches scientifiques remontant aux sources de l’Antiquité et du Moyen âge. Des textes et des rites, disparus par abandons, amalgames, aberrations ou abus, redevenaient accessibles. Le théologien allemand Romano Guardini, qui était aussi un expérimentateur, reste sans doute le plus connu des liturgistes du début du mouvement, grâce à son Esprit de la liturgie, publié en 1918. La « participation active » entra dans les moeurs. à l’abbaye allemande de Maria Laach, dont le rayonnement attirait les universitaires, dès 1921, on disait la « messe récitée », les fidèles entourant l’autel et dialoguant en latin avec l’officiant. Suivirent les « messes communautaires » où certaines prières et lectures étaient dites en langue vivante. Décisives pour contribuer à familiariser les fidèles avec la liturgie de la messe, les traductions du Missel Romain succédèrent à celle réalisée dès 1883 à Maredsous. Le missel de dom Gaspar Lefèbvre de l’abbaye Saint-André de Bruges en 1920, et celui de dom Gérard de Clairvaux en 1937 se répandirent par millions. Impressionné par les célébrations communautaires de Romano Guardini avec les étudiants allemands, le Père Doncoeur, s.j., les reproduisit entre les deux guerres avec les Scouts de France dont il était l’aumônier.

Hitler, Pie XII, le Concile...

Les années de national-socialisme renforcèrent l’attachement des catholiques allemands à la liturgie. « La réforme liturgique est née à cause d’Hitler, résume Philippe Béguerie. à Trêves, il a voulu briser les aumôniers d’étudiants en interdisant toute réunion. Seule restait possible l’activité liturgique. On s’est dit que si elle devenait plus transparente elle pourrait suffire à former la foi. » Ensuite, l’idée germa qu’il ne suffisait plus de faire participer l’assemblée à la liturgie, mais qu’il fallait réformer la liturgie elle-même. C’est pour canaliser les énergies, et avec l’appui de dom Lambert Beauduin, que fut fondé à Paris, en 1943, le Centre de pastorale liturgique.

En 1947, Pie XII institua une commission chargée de préparer une réforme générale de la liturgie. Il autorisa en 1951 la célébration de la veillée pascale au début de la nuit de Pâques, rendit obligatoire la célébration de la Semaine sainte eh 1956... « On sentit soudain que le blindage de l’unité d’airain de la liturgie héritée de Trente avait sauté », écrit le théologien Adolf Adam dans La Liturgie aujourd’hui (Brepols). En 1959, Jean XXIII allait imposer un nouveau rythme en annonçant Vatican II. « Le concile a été un coup de tonnerre, s’exclame Joseph Gélineau. Les liturgistes étaient seuls en mesure de soumettre un document aux évêques, grâce à Annibale BUGNINI (cheville ouvrière à Rome de la réforme jusqu’en 1975). Il a fait préparer, par Martimort et quelques Allemands, un projet qui reprenait tout ce que nous avions fait depuis vingt ans. » Exactement quatre cents ans après la session finale du concile de Trente, la constitution sur la liturgie, premier document conciliaire, fût adoptée le 3 décembre 1963. Ses objectifs étaient de redonner une haute estime de la liturgie, promouvoir une participation active des fidèles, valoriser l’étude scientifique de la liturgie et la formation, rénover la liturgie dans ses parties sujettes au changement. Elle insiste sur l’importance des lectures bibliques au cours des célébrations, le caractère communautaire, la simplicité, l’intelligibilité, l’adaptation des célébrations aux traditions de chaque peuple, « ce qui implique une certaine décentralisation et une prise en compte plus marquée des langues locales. »

En 1961, Pierre Talec, vicaire à Saint-Séverin devenue paroisse pilote dans l’expérimentation du concile, se lance dans la créativité heureuse du moment. Il écrit, pour toute l’année liturgique, des prières qui seront ensuite éditées au Cerf, et traduites en plusieurs langues. Et, comme « la liturgie, c’est aussi du visuel », il se souvient d’avoir transformé l’église en jardin, le temps d’une Semaine sainte, avec des arbres en pots, et des fleurs renouvelées selon les couleurs de chaque jour. Ensuite, chargé par MARTY de stimuler l’adoption des nouvelles liturgies sacramentelles, il rejoint le Philippe BÉGUERIE au Centre régional de pastorale liturgique, « une famille de gens convaincus, mais qui ne se prenaient surtout pas au sérieux. »

Les chantiers d’un nouveau langage

Les experts romains s’étaient mis à réviser les textes liturgiques. Impliqué à Rome dans les commissions préparant les nouveaux livres, le P. Gélineau travaillait au missel. En France, il fût secrétaire de la commission oecuménique chargée de la nouvelle version des psautiers, « avec de grands hébraïsants, avec Patrice de La Tour du Pin, qui n’a jamais manqué une séance... » Il a collaboré aussi à la traduction des prières de la messe, sans jamais abandonner la musique ni la revue église qui chante, créée chez Fleurus dès 1957 par l’abbé David Julien, Fils de la Charité, pour renouveler le répertoire. « Avec Didier Rimaud, nous avons compris qu’il fallait en finir avec les cantiques et restaurer des chants liturgiques. Nous avons commencé à faire des hymnes. Les moines ont pris le relais. En abandonnant le latin, en 1960, les cisterciens ont fait un travail énorme, ils ont créé des dizaines de très belles hymnes. Puis, je me suis mis à écrire des tropaires, selon un modèle grec et syriaque. Proches du grégorien, avec un petit texte ni trop long ni trop court, des images empruntées à la Bible et qui nous impliquent, ils sont faciles à mémoriser. Ils commencent tout juste à être connus dans les paroisses. Parce que les évolutions demandent beaucoup de temps. »

Remis par les dominicains aux évêques de France, le Centre de pastorale liturgique devint en 1966 Centre national (CNPL). Jacques Cellier, prêtre du diocèse de Lyon, en fut le premier patron. Secrétaire de la Commission internationale francophone de traduction (CIFT), il lança les premières traductions et adaptations des rituels romains. Philippe Béguerie, qui lui a succédé, donne un aperçu des difficultés avec lesquelles s’est colletée « la génération qui a sorti les bouquins ». Elle avait à créer un langage. « J’aime m’exprimer avec des mots compréhensibles dans une paroisse normale. Gélineau, qui était curé de campagne, savait le faire, De Clerck aussi. (Prêtre du diocèse de Malines, Paul De Clerck vient de quitter la direction de l’Institut supérieur de liturgie à l’Institut catholique de Paris pour diriger La Maison-Dieu. Son livre, L’Intelligence de la liturgie aux Editions du Cerf, est à lire absolument.) Mais la plupart de nos collaborateurs étaient des bénédictins, éloignés des réalités pastorales. Dans la belle conception de la liturgie de Vatican II, Dieu plante sa tente au milieu de nous. Si je fais une liturgie intemporelle, Dieu ne vient pas au milieu des gens. Il faut tenir compte de ceux qui sont là. Annibale Bugnini, qui a dirigé l’élaboration du Missel Romain, le missel d’autel auquel on se réfère sans cesse, était allé chercher dans le trésor de l’église des oraisons dont le style et le vocabulaire remontaient au XIIe siècle. Elles sont parfois imbuvables. Nous n’étions pas capables de refaire rapidement les milliers d’oraisons que les prêtres réclamaient. Nous avons décidé d’en publier par petits morceaux, en fascicules, ad experimentum. Elles sont restées un peu confidentielles. Après mon départ du CNPL, en 1975, des groupes de travail ont fait des oraisons alternatives qui ont été approuvées par le Saint-Siège. »

Le vaste chantier des premières traductions-adaptations restait toujours ouvert.

Une galaxie en expansion

Maintenant, les nouveaux livres officiels occupent environ un mètre de rayonnage dans le bureau du directeur du CNPL, le P. Philippe Gueudet. Tout a été traduit, mais tous les textes ne sont pas définitifs.

Le Vatican continue de produire : une nouvelle édition latine du Missel Romain est sortie en 2001. La liste des textes en vigueur ne peut rester à jour très longtemps. On peut la consulter sur le site du CNPL (http://cnpl.cef.fr) (à la rubrique "Les sacrements”).

Le rituel francophone du mariage est en attente de parution, celui de l’exorcisme en cours d’adaptation. Conçue pour la proclamation, « afin que l’écrit redevienne parole », précise Philippe Gueudet, une nouvelle traduction liturgique de la Bible est en voie d’achèvement. Sous la direction d’un moine de l’abbaye luxembourgeoise de Clairvaux, elle est l’oeuvre d’une douzaine d’équipes de religieux linguistes ou littéraires, qui se concertent régulièrement depuis cinq ans devant des ordinateurs pour retenir les meilleures formulations. Ses textes se retrouveront dans tous les lectionnaires, et elle sera aussi publiée à part, « sans doute en large coédition, pour n’appartenir à personne ». Les droits sont détenus par l’AELF (Association épiscopale de liturgie francophone) (http://www.aelf.org) qui représente la Commission internationale de traduction et de liturgie. à noter que chaque livre officiel est désormais publié en double présentation, l’une comme instrument de travail, l’autre en livre de cérémonial.

Missels au choix

Pour leur part, les éditeurs produisent des missels pour les fidèles, abondants et divers. Au jugement d’un libraire spécialisé, les missels Jounel (Desclée), pour les dimanches et pour la semaine, sont les plus complets. Assez austères, très bien faits, avec très peu de commentaires, leurs oraisons à part demandent une certaine habitude. Ephata et Kephas (Le Sarment) couvrent aussi, en trois volumes, tous les jours de l’année, donnent les prières du matin et du soir, proposent des homélies. Le Missel de l’assemblée dominicale (Brepols), avec ses introductions, s’adresse à ceux qui aiment lire. Le Missel communautaire (Bayard) comprend des textes de chants en français. Le Missel des dimanches, publié chaque année, (édition collective des éditeurs de liturgie) donne des indications pour les animateurs. Hosannah, qui fait suite chez Tardy à Alléluia destiné aux enfants, propose en additif une histoire de la Bible et de l’église.Emmaüs (DDB), simple à manipuler, très accessible, est le missel que conseille ce libraire en cas d’hésitation, « mais, à 99 %, les clients savent ce qu’ils veulent ». Et il vend aux paroisses des centaines de manuels Prières et Chants (Tardy). Les missels de poche, Prions en église (Bayard) et son concurrent plus récent Magnificat (Fleurus-Marne), sont ici empilés dans l’espace « grand public » : signe de leur destinée particulière. En arrivant du Canada, importé par Bayard en 1987, Prions en église a été fraîchement accueilli par les milieux autorisés. Considéré d’abord comme du « prêt à célébrer » imposant son choix de prières, soupçonné de désacralisation pour raison de papier ordinaire, ce fascicule mensuel a trouvé son public. « C’est un service rendu à ceux qui se préparent à aller célébrer ou qui apprécient d’avoir à portée de main les textes de la liturgie pour prier tous les jours », précise son rédacteur en chef Benoît Gschwind, assomptionniste. Il s’en vend, surtout par abonnements, environ 500 000 exemplaires chaque mois. L’abondant courrier des lecteurs montre qu’ils ont aussi adopté un interlocuteur, B. Gschwind, qui répond à tous. Magnificat se différencie par son papier bible, et donne en plus les prières des Heures. Il se vend à 100 000 exemplaires en France et 150 000 aux états-Unis, où il a essaimé, il y a quatre ans grâce à des dominicains new-yorkais.

La famille des « outils »

Un autre petit format, Aujourd’hui dimanche, trimestriel, - jumelé à Dimanche en paroisse, la revue spécialisée des prédicateurs - est produit par les éditions Soceval. Son rédacteur en chef, Philippe de Beauvillé, entend « travailler pour le fond de l’église », aider à progresser ceux qui n’osent pas s’avancer. Missel de poche destiné aux fidèles empêchés de venir à l’église, il comporte aussi des indications pour les animateurs d’assemblées dominicales en l’absence de prêtres, dites ADAP, ou ADAL (assemblées dominicales aménagées par des laïcs) ou célébration dominicale de la Parole. C’est le plus simple de la famille des « outils », conçus pour encourager la participation des fidèles souhaitée par le concile comme « consciente, active et fructueuse ». Mais attention : les outils ne doivent pas se substituer aux ouvriers. « S’il s’agit d’aider les gens, d’accord, mais si c’est pour prendre leur place, non », insiste Philippe Béguerie. Lui, il a tendance à recommander les Fiches dominicales du diocèse de Saint-Brieuc et Tréguier, « les plus pratiques » (18 000 abonnés). Leur créateur enthousiaste, Bernard Le Gall, a contracté la passion de la liturgie avant le concile auprès d’experts tels que les Pères Jounel, Gélineau, Gy et Martimort. Il a lancé ses Fiches après 1968, « quand les prêtres qui quittaient l’église saluaient les laies qui prenaient conscience de leurs responsabilités ». Elles ont vite épaissi parce que leur longtemps unique rédacteur s’appliquait à ne pas enfermer ses lecteurs dans une seule proposition, pour qu’ils trouvent eux-mêmes une mise en oeuvre adaptée. « Le chantier, le voilà, souligne Pierre Faure du CNPL. Les revues ne rappellent pas assez que leurs suggestions ne peuvent pas convenir partout. Elles pourraient aussi faire place aux différences. Se soucie-t-on, par exemple, des assemblées d’immigrés ? »

Considéré par B. Le Gall comme son principal concurrent, Signes d’aujourd’hui a été créé en 1975 par Michel Wackenheim, curé de campagne en Alsace. Repris par Bayard, il se vend à 35 000 exemplaires, et son jeune frère, Signes musique (né en 1990), à 33 000. Ils s’appliquent à répondre concrètement à l’ensemble des questions d’animation liturgique que peuvent se poser des communautés urbaines ou rurales, célébrant avec ou sans prêtres. Y compris en recommandant des sessions de formation.

Les précurseurs du genre, Feu nouveau, bimestriel d’initiation biblique et liturgique originaire de Tournai en Belgique, et Célébrer, organe mensuel du CNPL, datent de 1957. Riche et bien présenté, Feu nouveau fournit pour chaque dimanche et fête une « solide présentation exégétique » (Paul De Clerck), des pistes pour les célébrations et des propositions de prières.

Célébrer, le magazine de la liturgie et des sacrements, est publié en synergie avec le Cerf. C’est un instrument de formation continue, dont on consultera avec profit les tables récapitulant deux cents numéros dans la livraison de novembre 2000. Le cahier central, qui donne les textes des dimanches avec commentaires et suggestions de chants et de prières - et propositions pour les ADAP - est assorti de notes et d’un dossier de pastorale liturgique, de témoignages, et d’une partie magazine où se trouve l’agenda des innombrables stages de formation à la liturgie. « Nous sommes au service de l’église et nous devons en même temps rester accessibles aux laïcs, ce n’est pas toujours une position très facile. Ce que le CNPL demande est assez pointu, mais il faut en rendre l’approche agréable, explique Guillaume Charron, secrétaire de rédaction et chargé de la communication de Célébrer. Des dominicains participent au comité de rédaction, ils ont aussi leur mot à dire. »

Cette coopération a donné naissance au CD-Rom destiné aux abonnés de Célébrer, le CélébROM, un outil informatique avec lequel préparer une célébration eucharistique, une ADAP ou une célébration pénitentielle devient un plaisir. D’autant plus qu’il est illustré des dessins repris d’un ancien missel de Frère Yves, moine de la Pierre-qui-Vire. Pour toute l’année liturgique le CélébROM offre des conseils, des références au Missel Romain, les textes du jour, un choix de prières (et de la place pour rédiger les siennes propres), le texte et la partition de cent cinquante chants et antiennes avec mélodie décodée pour faciliter l’apprentissage. Avec une grande souplesse, se remplit par choix successifs un conducteur qui pourra être imprimé et distribué, ou modifié. Miracle de l’informatique ? La liturgie semble soudain un espace de libertés.

Contraintes et libertés

Les contraintes ont un sens, explique Pierre Faure : « II n’y a pas de rituel qui ne soit un programme contraignant. Si on s’y soumet bien, on trouve une vraie liberté. Le fond du fond, c’est la liberté de l’esprit. » Et tout le champ des libertés offertes par la liturgie n’est pas exploité : « II y a déjà dix prières eucharistiques, mais on prend la seconde, la plus courte. On se fait un rituel définitif, pour se simplifier la vie ». Pourtant, « la liturgie évolue vers plus de libertés : pour préparer un baptême, un mariage, des funérailles, on donne à choisir ». En fait, les notes doctrinales et pastorales, textes préliminaires au Missel Romain et à chaque rituel, les présentations, sont encore mal connues. Ce sont elles qui indiquent les marges d‘adaptations. Les efforts des liturgistes tendent toujours, depuis Vatican II, à faire découvrir la flexibilité des rites.

« Vous ne pouvez être libre que si vous êtes formé », rappelle Philippe Béguerie. Cela semble être le cas de Laurent Grzybowski qui anime à la demande assemblées dominicales ou rassemblements de jeunes tous les week-ends depuis plus de dix ans. Il s’appuie sur son expérience pour concourir, en s’imprégnant des textes du jour, à des célébrations « habitées », « pour que ce soit incarné ». Il se passe des « Béquilles », dont il admet qu’elles puissent rendre service à certains. « Je vois beaucoup de jeunes : ils n’utilisent rien, ils construisent à partir de leur histoire. »

Cependant, le cardinal Ratzinger, préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, vient de reprendre le titre phare de Romano Guardini (L’Esprit de la liturgie) pour dire dans un livre publié chez Ad Solem son souhait d’une réforme de la réforme de la liturgie, afin d’en « corriger les insuffisances ». Dans La Croix du 28 décembre dernier, il déplore qu’il n’y ait plus deux messes semblables, la trop grande diversité des célébrations « résultant d’une mentalité selon laquelle il suffit de créer une liturgie correspondant à nos propres idées et dans laquelle c’est la communauté elle-même qui se présente ». Dans son livre, qui vise à « aider à retrouver une manière digne de célébrer », il propose en particulier de réorienter l’autel et le prêtre vers le soleil levant, « le concile ne mentionnant pas de se tourner vers le peuple ».

L’offre et la demande

Pour informer son jugement et sa conduite, on peut se référer à la Présentation générale du Missel Romain qui est disponible chez CLD sous le titre Pour célébrer la messe, et, dans sa version nouvelle pas encore officielle, sur le site web du CNPL. Autres ouvrages de référence : Exultet, une encyclopédie liturgique, chez Bayard, et le Dictionnaire encyclopédique de liturgie chez Brépols.

Pour la réflexion, le Cerf décline toute une gamme de collections, de la plus approfondie à la plus simple jusqu’aux hors-séries de Fêtes et Saisons (celui sur le mariage est un best-seller), en passant par les carnets du même label, attrayants et divers. Pour aider à la mise en oeuvre, il y a des manuels : Dans vos assemblées de Joseph Gélineau à l’Atelier, Pour vivre l’Eucharistie de Philippe Béguerie au Cerf, les préparations aux sacrements de Siloë, les guides Célébrer. Pour inspirer la liturgie de la Parole il existe des recueils d’homélies : par exemple de Karl Rahner et Bernard Klasen chez Salvator, et des commentaires bibliques de Marcel Domergue (Salvator), ou de Marie-Noëlle Thabut (Soceval). Pour initier les enfants, il y a les petits livres paraliturgiques publiés par Fleurus, Marne, Bayard ou la CRER. Au total, l’offre est importante et variée. Le rayon liturgie représente 10 % du chiffre d’affaires chez Fleurus-Marne, au Cerf, à l’Atelier.

Pourtant, les ventes sont en régression tous les ans, même si la diffusion des missels se maintient au niveau de l’immédiat après-concile. Les pratiques sont mouvantes, les demandes de sacrement très éclatées, et « l’édition a du mal à suivre, dit Jean-Pierre Rosa, éditeur chez Bayard. Il y a peu de bons auteurs, peu d’investissement intellectuel. Il va falloir renouveler les approches, trouver des manières de formuler qui permettent de ne pas augmenter le décalage entre les gens et le rituel ». Pour Yves Briend, directeur de Salvator, « il faudrait que l’Eglise redéfinisse les enjeux pastoraux, et que le CNPL provoque les éditeurs en engageant avec eux un vrai dialogue, pour encourager, comme meilleur gage de créativi-té, un pluralisme éditorial en liturgie ».

Enjeux missionnaires

L’église connaît les enjeux missionnaires : « On ne peut plus nier qu’un premier accès au mystère chrétien est susceptible de se réaliser à travers les signes de la liturgie » a écrit DAGENS dans La Maison-Dieu, (no. 216). Et aussi le fossé culturel : « Pour que les sacrements jouent pleinement leur rôle, demeure tout un travail d’inculturation, qui ne vaut pas seulement pour l’Asie et l’Afrique, mais pour la société actuelle, en France » complétait Francis DENIAU dans la même livraison.

Alors, aux éditions de l’Atelier, on jette des ponts. Michel Scouarnec, chargé de formation dans le diocèse de Quimper et directeur de la collection Vivre Croire Célébrer, choisit pour celle-ci sujets et auteurs avec un groupe de recherche et des contacts dans dix diocèses différents : « on est sorti d’un univers où tout baignait dans le christianisme. En même temps que se raréfient les pratiquants réguliers, une demande monte de toute une population pour les grands évènements de la vie ». Outre ses guides pratiques et des ouvrages de recherche théologique, la collection Vivre Croire Célébrer comprend des recueils de textes profanes pour préparer les célébrations : « Ce sont des textes poétiques ou des essais, qui aident à une recherche du sens. Ils servent de support au dialogue, et pourquoi ne pas les lire en cours de célébration ? C’est un sas pour ne pas plonger brutalement les gens dans le jargon catho ».

Paroles et musiques

Formé au chant liturgique par le P. Gélineau à église qui chante (devenue Voix Nouvelles en fusionnant avec Choristes), Michel Wackenheim est compositeur. à la demande réitérée des lecteurs des deux Signes, il vient de publier chez Bayard un CD de Chants simples pour le dimanche. Pour les paroles, « un exercice très difficile, car les mots ne doivent pas être trop abstraits, ni mièvres, ni indigents », il a ses auteurs : Claude Bernard, Pierre-Michel Gambarelli, Mannick. « L’important, c’est la foi qui est dite ». Le musicien, lui, doit tenir compte du texte et de la fonction des chants, qui peuvent soit accompagner un rite, soit être un rite en eux-mêmes.

Il faut aussi distinguer les chants liturgiques - chantés à l’église - des chansons religieuses réservées aux veillées et rassemblements. Mais il arrive qu’une chanson franchisse les porches et s’impose aux célébrations, comme Trouver dans ma vie ta présence de Jean-Claude Gianadda, ou le Psaume de la création de Patrick Richard. Laurent Grzybowski, auteur-compositeur-interpréte, se situe à l’intersection des deux genres. Les assemblées à tonalité charismatique ont leur répertoire, écrit par les membres des communautés ou adopté des chants du P. Gouzes. Des croisements s’opèrent à l’occasion des grands rassemblements de jeunes. Les paroisses se constituent leur propre recueil. Par exemple, la paroisse Saint-Vincent-de-Paul (Paris Xe) se sert à la fois du carnet de chants du l’Emmanuel et des documents du diocèse de Nantes. « Ce qui touche au coeur circule », précise Pierre-Michel Gambarelli, directeur des Presses d’lle-de-France, qui ont vendu en un an huit mille exemplaires de Vive Dieu, 555 Chants liturgiques. Ce CD-Rom est une banque de données réunies par Gaétan de Courrèges « pour que tout un chacun puisse repérer un chant et le proposer à sa paroisse, afin que les décisions ne dépendent plus de quelques-uns ».
Mémoire francophone

Dans le but d’unifier le répertoire franco-phone, et de constituer une mémoire commune, Serge Kerrien, responsable du service musical du CNPL, a examiné douze mille chants avec une équipe internationale de musiciens et poètes délégués par leur évêque pour opérer une sélection. Ce travail de trois ans, après allers et retours des propositions entre la commission et les épiscopats concernés, a abouti fin 2001 à la publication par Bayard du recueil Chants notés pour l’assemblée. L’accueil est mitigé. « Cela reflète tout, sauf la réalité des paroisses, dit Pierre-Michel Gambarelli. On espérait un souffle nouveau qui tienne compte des jeunes. Où en sommes-nous par rapport à ce qui se passe aux états-Unis, en Italie, en Amérique latine ? » Michel Wackenheim s’étonne du petit nombre de chants récents retenus. « On remonte à cinquante ans en arrière. Mais les choix sont subjectifs, c’est pourquoi il y a toujours des tensions dans le milieu du chant. » Comme il s’étonne parfois des décisions de la commission de sélection du SECLI (Secrétariat des éditeurs de chants pour la liturgie). « Ce nouveau recueil arrive trop tard, les répertoires sont déjà constitués, dit M. Scouarnec, lui-même auteur de paroles de chants. Le Missel noté de l’assemblée deGélineau, Robert et Thunus (1990), était beaucoup plus riche et il devenait une référence. Le travail à faire, c’est former les assemblées à choisir intelligemment. Je ne comprends pas l’intérêt d’encadrer par le haut ni les critères qui ont présidé à la sélection. »

« On ne peut pas écrire toujours sur le modèle de Patrice de La Tour du Pin, même si sa poétique est admirable. D’autres sensibilités ont le droit de s’exprimer, et doivent être reconnues. Les options devraient être plus larges » dit Claude Bernard. Il renvoie au Missel communautaire édité par Bayard, il y a une dizaine d’années, dont les chants, ajoutés à ceux du nouveau recueil, donneraient une idée exacte du répertoire réel des paroisses. Il tient à préserver les liens entre le CNPL et l’association des auteurs compositeurs de chants liturgiques. Mais il a le sentiment qu’une seule tendance domine dans les choix effectués, ainsi que pour la liste d’une quinzaine de chants promus, publiée annuellement dans Célébrer - « liste établie par une équipe de douze exégètes, théologiens, professeurs de chant, chefs de choeur, à qui les plus de trois cents oeuvres produites dans l’année sont soumises anonymement », précise S. Kerrien. Néanmoins, pour renouveler la création, ce dernier vient de mettre au travail une équipe de moines et moniales des abbayes de Tamié et Chambarand, et une autre composée de laïcs et de religieux de vie apostolique.

“La création est devenue difficile”

« La création est devenue plus difficile, parce qu’il n’y a plus une musique unique, explique Soeur Marie-Pierre Faure de la Trappe de Chambarand, elle-même auteur de plus de deux cents hymnes pour la CFC (Commission francophone cistercienne). On est pris entre des liturgies d’ambiance, rassurantes, comme celles de Saint-Gervais à Paris ou de Taizé dont les textes ne sont pas toujours très structurants pour la foi, et des compositions très brillantes, mais qu’une assemblée ne peut pas s’approprier. La liturgie poétique est au service de la foi, elle doit être l’expression personnelle d’un auteur, mais pouvoir devenir celle de tous. » Pour Fabrice Bravard, producteur à Bayard Musique, « il y a toujours de la création, mais les paroisses, encore en train de digérer la surabondance d’après Vatican II, n’attendent pas vraiment de nouveautés. Le problème, c’est la qualité. En chant liturgique, on peut faire n’importe quoi, un blâme du CNPL n’y changera rien. » Et dans ce domaine où les nouveautés se vendent entre deux mille et cinq mille exemplaires, F. Bravard se réjouit du succès des CDSignes : il tire tous les deux mois à quinze mille exemplaires un CD de chants du temps liturgique, qui est envoyé aux abonnés de Signes Musiques pour un supplément annuel de 14, 94 euros.

Studio SM, le plus ancien et le plus important des éditeurs de musique liturgique, qui a commencé en 1971 par enregistrer les choeurs des monastères, détient un fonds de plus de cinq mille disques. Il produit toute la gamme, du liturgique au religieux, des chants d’abbayes, de la musique d’église ancienne, de la « musique de cathédrale », des chants pour célébrer, aussi bien que Jo Akepsimas, Gianadda (les plus grosses ventes du catalogue) ou Pierre Eliane, des valeurs sûres. L‘expérience rend prudent. « Il faut une dizaine d’années pour qu’un chant se répande », explique Philip Hanmer, producteur.

Pierre Lebrun a fondé les Ateliers Du Fresne avec le projet de rester attentif à ce qui est chanté et vécu sur le terrain. Il répond donc à la demande des jeunes en produisant des chants d’animation pour les aumôneries et les rassemblements. Il répercute la créativité monastique en publiant des tropaires et, aux paroisses prêtes à accueillir « une esthétique plus rythmée, plus moderne », il propose une trilogie de Claude Bernard, Messe pour un siècle nouveau, Seize chants pour l’ensemble de l’année liturgique et Seize chants pour l’ensemble des rites sacramentels.

Tout cela pour que, parfois, le miracle se produise : « Ce que l’oeil ne peut voir, ce que l’oreille ne peut entendre, ce que nos mains ne peuvent faire, arrive grâce à la foi des fidèles assemblés et par le souffle de l’Esprit » (Joseph Gélineau).

Bibliographie

Pour animer et approfondir le sens des célébrations liturgiques : sous ce titre, le CNPL a établi et tient à disposition une bibliographie développée, en quatre sections :

  1. Les livres de la réforme liturgique
  2. Bibliothèque de base
  3. Collections ou série (fiches du CNPL : animation, célébration, doctrine, environnement, musique, - revues Célébrer, La Maison Dieu, Chroniques d’Art sacré, Fêtes et Saisons.
  4. Thématiques, par ordre alphabétique : de Année liturgique à Traditionnalistes, en passant par l’Art de célébrer, l’Audiovisuel, Culte et culture, les Fleurs, la Formation, les Ministères, chacun des Sacrements...

Cette bibliographie peut être consultée sur le site cnpl.cef.fr, ou demandée au CNPL : 4 avenue Vavin, 75006 Paris, tél : +33 1 43254040.

[1Siège d’an couvent dominicain, 29, bd. Latour-Maubourg, Paris VIIe

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(re)publié: 31/05/2002