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La Parole de Dieu dans les célébrations liturgiques

Le concile Vatican II, dans son effort d’aggiornamento et de retour aux sources de la Foi, revient sur la place centrale de la Parole de Dieu dans la vie de l’Église (Dei verbum n° 21-25). Il invite le peuple de Dieu à se nourrir dans la liturgie, « sommet et source de la vie de l’Église » (Sacrosanctum concilium n° 10), de deux tables, dont la dignité est semblable : « L’Église a toujours vénéré les divines écritures, comme elle le fait aussi pour le corps même du Seigneur, elle qui ne cesse pas, surtout dans la sainte liturgie, de prendre le pain de vie sur la table de la Parole de Dieu et sur celle du corps du Christ, pour l’offrir aux fidèles » (Dei verbum n° 21). La place liturgique des écritures est mise en exergue (Sacrosanctum concilium n° 24), allant jusqu’aux célébrations de la Parole sans prêtre ou diacre (Sacrosanctum concilium n° 35). La liturgie est ainsi le lieu privilégié de la Parole de Dieu.

1. La table de la Parole, la proclamation liturgique de la Parole

Cette réforme liturgique voulue par le concile Vatican II a favorisé un accès plus large à l’écriture sainte, entre autres, par un choix plus riche de lectures liturgiques (Verbum Domini n° 57). Bien souvent la liturgie est aujourd’hui le seul endroit où les gens entrent en contact avec la Parole de Dieu. Vue l’importance de la proclamation liturgique de la parole, on veillera bien à la soigner.

D’où la Parole est-t-elle proclamée ?

La proclamation de la Parole se fait depuis l’ambon. Celui-ci « devrait être conçu dans une belle harmonie avec l’autel, en sorte que, même visuellement, le sens théologique des deux tables, celle de la Parole et celle de l’eucharistie soit perçu » (Verbum Domini n° 68). Lors des célébrations liturgiques « les lectures tirées de la sainte écriture ne peuvent jamais être remplacées par d’autres textes » (Verbum Domini n° 69).

Qui doit proclamer la Parole ?

Dans les célébrations liturgiques, l’annonce de la Parole de Dieu ne relève pas seulement de la mission du prêtre et du diacre, mais aussi du service de lecteur, homme ou femme. Ils sont « serviteurs de la Parole » et ils sont en même temps au service de la communauté. Dans l’exercice du service de lecteur, ce n’est pas la personne qui est première, mais bien la Parole de Dieu. Le lecteur est la « bouche de Dieu ».

Comment se préparer à la proclamation de la Parole ?

Le lecteur se préparera comme il convient à son service d’annonce et sera conscient de sa mission. Cette préparation commence par la compréhension du texte. Ce n’est que lorsque le texte biblique est compris qu’il peut être proclamé de façon compréhensible.

Dans ce but, il faut qu’à la maison, le lecteur se confronte au texte et à ce que le texte veut dire. Ensuite, il lira le texte à haute voix, en s’exerçant à l’intonation et à la prononciation.

Il faut que le lecteur s’exerce aussi à parler dans un micro. Il se familiarisera à l’avance avec l’acoustique du lieu, en sorte que, durant la liturgie, la lecture puisse être faite de façon audible pour tous les participants.

Conscient d’exercer un service liturgique avec la communauté rassemblée, le lecteur veillera aussi à être habillé de façon convenable pour sa fonction liturgique.

2. L’homélie : l’accueil de la Parole par la communauté

L’histoire de l’homélie est longue, elle remonte à la vie des premières communautés quand l’assemblée partageait autour de la mémoire de Jésus dans un contexte liturgique ; puis, l’homélie a été supplantée par le « sermon », pour être finalement rétablie par le concile Vatican II.

D’où vient le mot homélie ?

Dans le récit des pèlerins d’Emmaüs, Luc raconte qu’au long du chemin deux disciples sont approchés par le ressuscité qui se met à « converser » (hômileô) avec eux. Le verbe utilisé est bien celui qui est à l’origine du mot homélie. En fait, le substrat liturgique du récit rappelle la pratique des premières communautés qui, avant de partager le pain et le vin, faisaient mémoire de Jésus en rappelant les écritures relues à la lumière des évènements de la Pâque de Jésus. Cette pratique est une constante chez les pères de l’Église dont nous conservons les « homélies » qu’ils tenaient avec leurs communautés.

Quand cette pratique a-t-elle changé ?

C’est autour du concile de Trente (16e siècle) que l’homélie est remplacée définitivement par un sermon réservé aux curés. En effet, à l’époque, les autorités catholiques ont estimé qu’une des causes principales de la réforme protestante était l’ignorance doctrinale des fidèles. Trente demande alors aux curés de tenir un « sermon » hebdomadaire où l’on rappelle les rudiments de la foi. À cet effet, Trente s’engage à publier par la suite un Catechismus ad parocos afin de faciliter la tâche de curés. Cette pratique se voit renforcée par l’interdiction de la lecture de la Bible en langue vernaculaire, ce qui fait, dans la pratique, que le peuple catholique se voit privé de l’accès à la Parole de Dieu pendant plusieurs siècles.

Que dit le concile Vatican II ?

Le concile Vatican II revient sur l’importance de l’homélie biblique, qui est recommandée « fortement » ; pour le Concile elle fait partie intégrante de « la liturgie » (Sacrosanctum concilium n° 52) et, comme telle, elle est un devoir pour les pasteurs et un droit pour les fidèles, invités à vivre la liturgie de « façon pleine, consciente et active » (Sacrosanctum concilium n° 14). Sans aucun doute, une homélie bien soignée contribue aussi à ce que cette participation demandée à tous les fidèles devienne « fructueuse » (Sacrosanctum concilium n° 12), au milieu des aléas de la vie quotidienne et dans leur mission apostolique.

En 2010, l’exhortation apostolique Verbum Domini, fruit du synode sur la Parole de Dieu dans la vie et dans la mission de l’Église, souligne l’importance de l’homélie. Aux numéros 59 et 60, plusieurs recommandations sont données pour « améliorer la qualité de l’homélie » en vue de « favoriser une compréhension plus large et plus efficace de la Parole de Dieu dans la vie des fidèles » (Verbum Domini n° 59).

L’exhortation continue : « On doit éviter les homélies vagues et abstraites, qui occultent la simplicité de la Parole de Dieu, comme aussi les divagations inutiles qui risquent d’attirer l’attention plus sur le prédicateur que sur la substance du message évangélique ». Et en faisant référence aux paroles de saint Jérôme : « Que tes actions ne trahissent pas tes paroles, pour qu’il n’advienne pas que, quand tu prêches dans l’église, quelqu’un commente intérieurement : “Pourquoi donc n’agis-tu pas toi-même ainsi ?” », l’exhortation rappelle que la prédication doit être accompagnée par le témoignage de la vie du prédicateur (Verbum Domini n° 60).

3. Pour préparer l’homélie

Dans son exhortation Evangelii gaudium qui dédie plusieurs numéros à l’homélie (n° 135 à 159), le pape François présente l’homélie comme « la pierre de touche pour évaluer la proximité et la capacité de rencontre d’un pasteur avec son peuple » (n° 135). Le pasteur « doit discerner le cœur de sa communauté pour chercher où est vivant et ardent le désir de Dieu » (n° 137), et pour cela « il doit se mettre à l’écoute du peuple, pour découvrir ce que les fidèles ont besoin de s’entendre dire ». Le prédicateur est invité à être « un contemplatif de la Parole et aussi un contemplatif du peuple » (n° 154) et, comme une mère qui parle à ses enfants, il doit être attentif au peuple de Dieu, à sa culture, à sa foi (n° 139). Il tire quelques conséquences pour la pratique :

Brève et inculturée. « L’homélie […] doit être brève et éviter de ressembler à une conférence ou à un cours » (n° 138) ; elle ne peut pas être « purement moraliste ou endoctrinante » ni « un cours d’exégèse » (n° 142). C’est « le défi d’une prédication inculturée [qui] consiste à transmettre la synthèse du message évangélique, et non des idées ou des valeurs décousues » (n° 143).

Préparation communautaire. La préparation de l’homélie est mise en exergue par « il convient d’y consacrer un temps prolongé d’étude, de prière, de réflexion et de créativité pastorale ». Cette préparation, qui est un véritable « discernement évangélique », doit chercher à « relier le message du texte biblique à une situation humaine, à quelque chose qu’ils vivent, à une expérience qui a besoin de la lumière de la Parole » (n° 154). Sans oublier « qu’on n’a jamais besoin de répondre à des questions que personne ne se pose » (n° 155). La préparation n’est pas non plus une activité en solitaire, elle peut aussi bien être un moment de partage communautaire hebdomadaire permettant au pasteur de bien entendre les besoins de la communauté et de se laisser enrichir par la foi du peuple (n° 145).

Le respect du texte biblique. L’Evangelii gaudium attire l’attention sur la méthode, elle recommande de lire les textes bibliques en suivant les pas de la Lectio divina qui fait attention d’abord à ce que le texte dit (n° 146-147) et puis à ce que le texte dit pour nous aujourd’hui (n° 152-153). Cette façon d’aborder le texte, permet de bien structurer un échange communautaire de préparation de l’homélie dominicale.

Une image parlante. Pour l’exhortation, l’utilisation des images est un bon instrument pédagogique car « une image adéquate peut porter à goûter le message que l’on désire transmettre, réveille un désir et motive la volonté dans la direction de l’évangile », pour cela, l’image doit être « familière, proche, possible, en lien avec sa propre vie » (n° 157). Au même numéro, le pape dit encore « une bonne homélie doit contenir une idée, un sentiment, une image ».

Dans un langage ouvert et positif. À l’usage des images s’ajoute la simplicité du langage qui contribue à la bonne communication du message ; un langage abstrait ou d’initiés empêche la communication avec le peuple et accentue « le risque de parler dans le vide » (n° 158). Ce langage doit être un « langage positif » qui « offre toujours l’espérance, oriente vers l’avenir, [et] ne laisse pas prisonniers de la négativité » (n° 159).

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Luis MARTINEZ

Référent de pastorale biblique, diocèse de Luxembourg

(re)publié: 05/04/2021