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Fidélité

Stéphanie a vécu une rencontre quelque peu extraordinaire. Dans l’élan de cette surprise, elle a voulu me partager sa joie grâce à la rapidité d’un email. Pendant presque cinquante ans, elle a envoyé une carte de vœux à un homme qu’elle ne connaissait pas. Ses parents lui en avaient parlé, mais elle ne gardait aucun souvenir de leur dernière rencontre, car elle n’avait alors que trois ans et demi. Cet homme est son parrain de baptême.

Depuis lors, le seul contact qu’elle avait encore avec lui était la carte annuelle de vœux, qu’elle lui envoyait régulièrement. Elle ajoute qu’il lui répondait parfois, avec aussi, « souvent de grands blancs entre les années ».

À sa grande surprise, voilà que, cette fois-ci, il est venu rencontrer, en toute simplicité, sa filleule. Elle ajoute « j’ai presque 57 ans, il en a 78 et nous venons de nous découvrir ; et je le regarde à mon grand étonnement, avec encore les yeux de la petite fille qui espérait tant le connaître. Il y a quelqu’un de plus dans ma vie : c’est comme une naissance après une très longue gestation. »

Si Stéphanie évoque les trente-six ans de son couple, vécus dans la fidélité, la rencontre du parrain et de sa filleule lui permet, selon ses propos, d’avoir « la pleine réalité de ce que ce mot “fidélité” signifie », titre donné tout au début de son récit. Pour elle, le rite de la carte annuelle des vœux a maintenu le lien. En regardant plus loin, on peut reconnaître que tout rite sert de ciment à une communauté. La carte postale, la lettre manuscrite, que l’on peut conserver et relire n’ont-elles pas, d’ailleurs, un impact plus grand que quelques lignes éphémères sur un écran d’ordinateur ou un sms perdu parmi beaucoup d’autres ?

Saint Exupéry, dans Le Petit Prince, parle du rite à propos de la rencontre du renard et du prince : Il faut des rites. « Qu’est-ce qu’un rite ? » dit le petit prince. « C’est aussi quelque chose de trop oublié », dit le renard. « C’est ce qui fait qu’un jour est différent des autres jours, une heure, des autres heures. »

La carte qui arrivait au temps des vœux, autant pour le rédacteur que pour le lecteur, venait casser la banalité du quotidien, alimentant des sentiments qui ne se sont pas amenuisés avec le temps.

Quand Stéphanie raconte ces retrouvailles, son émotion se lit dans les lignes. Elles sont une ode à la fidélité et à l’importance du rite. « Il n’est jamais trop tard ! » C’est ainsi que conclut Stéphanie.

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Michel AMALRIC

Prêtre du diocèse d’Albi, chargé de la communication.

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(re)publié: 01/01/2021