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La rame de la parole

Lors d’un bref séjour à Paris, j’ai été l’objet de plusieurs attentions qui m’ont fait chaud au cœur. Bien souvent, nous nous plaignons de la montée de l’individualisme. Ce n’est pas toujours vrai, preuve en est ces quatre rencontres !

Le matin, à la sortie du métro, je cherche l’avenue qui doit me conduire à une église où va avoir lieu une ordination. Au cours de l’échange à propos de l’église que je cherche, elle est fière de m’apprendre que son mari est sacristain à la basilique voisine.

Reprenant le métro en fin d’après-midi, dès la montée dans la rame, une dame me propose sa place assise. A-t-elle deviné mon âge ? Se lit-il sur mon visage ? Je la remercie tout en disant que c’est plutôt aux dames d’occuper les places assises... Je remarque qu’elle égrène discrètement un chapelet du bout des doigts.

Toujours dans la même rame, quelques instants plus tard, c’est la grande affluence. Les voyageurs sont de plus en plus serrés, portés par la foule. À la mimique que je fais, signe de mon étonnement, répond celle d’un voyageur maghrébin. Une conversation s’engage. Il me précise que nous sommes sur la ligne la plus chargée. Il la connaît car il la prend quatre fois par jour pour rejoindre son lieu de travail. Venu de Kabylie, cet homme, aujourd’hui restaurateur, n’a pas le désir de retourner chez lui car les conditions d’emploi sont meilleures en France. « Ici, quand on dit quelque chose la parole est tenue. » Notre conversation prend fin après avoir évoqué ma présence en Algérie au temps des événements... Pour lui, je faisais jeune et cela ne lui paraissait pas possible. Le tout sous le regard et l’écoute plus ou moins discrète des autres passagers !

Quelques stations plus loin, on nous annonce que notre rame n’ira pas jusqu’à Montparnasse, à cause d’un colis suspect. Un père de famille accompagné de ses deux garçons voit ma perplexité. Il m’indique un autre itinéraire… Proposition rapide de prendre une autre ligne nécessitant un changement immédiat. Me voici sur le quai, sans avoir pu le remercier.

En l’espace de quelques heures, dans la même journée, que de signes de gentillesse qui vont à l’encontre de nos attitudes individualistes. Je m’interroge alors... Avons-nous le désir de communiquer ? Osons-nous prendre l’initiative de la rencontre ?

Dans le train du retour, j’écris ces quelques lignes. À côté de moi un jeune homme et en face, une jeune fille. Tous deux sortent leur ordinateur portable. Une fois leurs écouteurs ajustés, fascinés par l’écran, pas un regard ni une parole échangés... cela cinq heures durant. « La rame silencieuse » pourrait être le titre d’un prochain Coup de cœur !

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Michel AMALRIC

Prêtre du diocèse d’Albi, chargé de la communication.

(re)publié: 01/10/2017