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Tous consomma(c)teurs

Il y a quelques années, de passage dans le Tarn, la présidente du mouvement de la Jeunesse agricole et rurale catholique du Pérou avait parlé des incidences de la mondialisation sur l’économie de son pays. Elle en donnait plusieurs exemples : le Pérou est un grand exportateur de farines de poissons... pour l’élevage des porcs en Allemagne. Cette production d’exportation est un obstacle au marché du poisson pour le commerce local, les prix fixés par les acheteurs européens déréglant le marché local ; de même que la vente du thon à “prix cassé” pénalise les Asiatiques dont c’est la nourriture de base.

De nombreuses voix continuent de s’élever pour nous rappeler que notre manière de consommer ici, en Europe, a une incidence évidente sur les productions des pays d’Afrique et d’Amérique Latine. Un mot nouveau alors a fait son apparition : “le consommacteur” (avec un “c” au milieu), terme qui met en évidence l’action possible du “consommateur”. Au moment des courses, il fait des choix, se souvenant que des produits recherchés en Europe ne peuvent jamais être sur la table des petits producteurs. Il veille aussi aux risques du gaspillage alimentaire en n’achetant pas plus que ses besoins !

Le pape François, dans son encyclique Laudato si’, veut contribuer à la sensibilisation de tous à une qualité de vie respectueuse de l’environnement et de l’homme qui n’est pas que “l’homo economicus”. Par ses propos il s’inscrit dans ce que l’on peut désigner aujourd’hui sous le terme de “sobriété heureuse” ou “simplicité volontaire”. Il s’agit d’un mode de vie consistant à réduire volontairement sa consommation, en vue de mener une vie davantage centrée sur des valeurs définies comme « essentielles ». Le pape écrit : L’accumulation constante de possibilités de consommer distrait le cœur et empêche d’évaluer chaque chose et chaque moment… La spiritualité chrétienne propose une croissance par la sobriété et une capacité de jouir avec peu. C’est un retour à la simplicité qui nous permet de nous arrêter pour apprécier ce qui est petit.

L’invitation à la sobriété heureuse n’est pas un appel à l’ascétisme, à la privation, mais à la simplicité volontaire. Cela ne veut pas dire qu’il faut fournir des efforts immenses pour y arriver. Le terme “volontaire” signifie en fait que l’on décide de devenir acteur en reprenant le contrôle de sa consommation plutôt que de suivre le courant, sans savoir s’il nous emmène là où nous désirons vraiment nous rendre : « Se concentrer sur l’essentiel et débrancher le pilotage automatique », selon l’expression d’un commentateur.

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Michel AMALRIC

Prêtre du diocèse d’Albi, chargé de la communication.

(re)publié: 01/12/2016