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Les copains d’abord

Georges vient de mourir. Jusqu’à sa mort, il avait porté les blessures physiques de la guerre d’Algérie et vécu dans une sorte de marginalité. Au moment des funérailles, son frère et sa sœur évoquent sa souffrance qui ne l’avait pas quitté et l’avait rendu quelque peu amer devant le monde. Il avait vécu seul, entretenant des relations espacées avec les siens.

Chaque matin, il allait prendre son café dans le bistrot voisin. Il était très fidèle à ce rendez-vous, bien souvent le seul moment de la journée où il pouvait parler. Parfois, après être passé chez le buraliste du coin, il grattait quelques jeux. C’était rare qu’il puisse y rentrer à nouveau pour acheter d’autres jeux avec ce qu’il venait de gagner !

Au jour de sa sépulture, une toute petite assemblée est là pour accompagner Georges : trois membres de la famille, quatre ou cinq amis et voisins auxquels se joignent six hommes. Ils prennent place sur le même banc. Quelques mots d’accueil permettent de savoir que ce sont les copains qui, chaque jour, étaient avec lui pour le café matinal. Deux autres personnes, gérantes du bistrot, viennent par la suite étoffer l’assemblée.

Grâce à eux, Georges n’était pas seul. Ses copains ont tenu à être là comme témoins de cette camaraderie nouée dans un bar. À l’issue de la cérémonie, ils auront plaisir à échanger quelques mots et à exprimer leur solidarité avec celui que la dureté de la vie avait empêché d’entretenir des relations normales.

Quelques jours après, lors d’une tout autre sépulture, une grand-mère de cent deux ans, ce fut l’inverse à tous points de vue. Pour son dernier adieu, une foule très nombreuse remplissait l’église. Pendant plus d’une dizaine d’années, sa famille et de nombreux professionnels l’avaient accompagnée dans sa vieillesse en la gardant chez elle. Ses enfants, très connus dans les communes voisines, avec leurs nombreux amis, l’entouraient de beaucoup d’affection.

Pendant la cérémonie, la quinzaine de petits-enfants et arrière-petits-enfants déposaient, tour à tour, de belles roses dans un vase pendant que sa fille évoquait, successivement, à chaque fleur présentée la simplicité de leur grand-mère, son affection, sa bonne humeur, ses encouragements.

Même si Georges n’a pas bénéficié de roses sur son cercueil, sa vie a été soutenue par l’amitié vécue avec les copains. Leur présence dans l’église parlait tout autant que le bouquet de roses et donnait du poids à ceux qui auraient pu chanter avec l’autre Georges, le Brassens : « Les copains d’abord. »

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Michel AMALRIC

Prêtre du diocèse d’Albi, chargé de la communication.

(re)publié: 01/11/2016