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Ouvre mes lèvres

Les moines se retrouvent dans le chœur pour la première prière monastique du matin... Tout en faisant un signe de croix sur les lèvres, première supplication reprise trois fois : « Seigneur, ouvre mes lèvres... » Premier jaillissement de la foi. L’orientation est donnée pour tout le jour : que des lèvres de chacun sorte la prière qui se tourne vers le Seigneur.
Ce rite du début du jour dit toute l’importance de nos paroles. S’adresser à Dieu pour que ce soit lui qui ouvre les lèvres c’est reconnaître que ce que nous dirons devrait être marqué de sa présence.

Ce rite monastique peut parler à tous. Dès le matin, quels seront nos premiers mots ? Un bonjour accompagné d’un baiser, d’un sourire, d’une salutation. Le repos de la nuit a pu faire taire les ressentiments, les reproches, les jugements hâtifs. Un jour nouveau se lève, comme si c’était un premier jour. Orienter ses propos, garder la maîtrise de ses paroles, c’est laisser naître en nous des sentiments harmonieux. Plus question de revenir en arrière, de répéter des paroles blessantes qui font du mal. La nuit a fait son travail et, même s’il est nécessaire de reprendre des chemins de compréhension, le ton des propos aura changé.

Après avoir ainsi ouvert le chant des Laudes, les moines se plongent dans la lectio divina, temps de lecture priante de la Parole de Dieu. En ouvrant le livre des Proverbes, les mises en garde de la sagesse populaire sont multiples : « La bouche du Juste produit la sagesse, il surveille sa bouche… La langue des justes est argent de choix. Il réfléchit avant de répondre… »

À l’attitude du juste s’oppose celle du « méchant » qui se répand en commérages, qui dévoile les secrets. Les Proverbes évoquent les lèvres du sot qui provoquent la querelle. « De ses paroles blessantes monte l’irritation et ses paroles mensongères répandent honte et ignominie. » Cette invitation matinale suivie de la lecture du livre des Proverbes peut rejoindre ceux et celles qui ne sont pas au chœur monastique.

Par la radio et la télévision omniprésentes, nous sommes dans un monde de paroles, bien souvent comme un bruit de fond de notre existence. À cela s’ajoutent les bavards du portable qui, sur les trottoirs, dans les files d’attente et les transports, vous imposent leurs échanges, parfois même vous entraînent dans leur intimité.

Que deviendrait notre monde si tous les matins, hors des murs d’un monastère, résonnait
l’invitation « Seigneur ouvre nos lèvres » ? Ce serait une première étape vers le contrôle de ces bavardages inutiles qui ouvrent parfois la porte de la médisance, de la calomnie, du jugement. Ne serait-il pas bon de faire un peu de place au silence ? « Qui surveille sa bouche protège sa vie, qui ouvre trop larges ses lèvres se ruine. » (Proverbes 13,3)

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Michel AMALRIC

Prêtre du diocèse d’Albi, chargé de la communication.

(re)publié: 01/10/2008