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Le ciel du foyer logement

Depuis quatre mois, Gaby et Renée sont dans un foyer logement. Ils sont tout heureux de m’y accueillir et de me faire visiter leur nouveau lieu de vie. Ils ont quitté leur maison précipitamment pour des raisons de santé. Les voilà donc dans un espace agréable avec un petit coin cuisine, un espace salon, une salle d’eau et un lit de coin. Comparé à leur maison qu’ils viennent de vendre, ils sont dans un espace bien plus petit. Tout se trouve dans cette pièce unique. Ils se sont séparés de leurs meubles pour ne garder que ce qu’ils pouvaient aménager dans leur nouvel espace.

Quand Gaby parle de cette étape du « dépouillement », il est très serein... Dans ses propos, pas de nostalgie. « Il faut bien comprendre qu’on est à un âge où bien des choses ne seront plus possibles et où beaucoup d’objets n’ont plus d’utilité. » Je vois dans sa démarche comme une volonté d’aller à l’essentiel : le plaisir de vivre au quotidien avec son épouse à la santé fragile. Plus d’encombrements inutiles.

Il y a quelques mois, son fils lui demandait les papiers de la voiture : il sait qu’il ne doit plus conduire. Pas de récriminations, pas de regrets… « Nous marcherons à pied avec Renée… Si nécessaire nous trouverons bien quelqu’un de la famille pour nous transporter ! »

Gaby témoigne de beaucoup de sagesse en un temps où se croisent « démaîtrise » et « abandon ». « C’est comme ça !! ». Un certain fatalisme ? non, une lucidité sur le chemin à parcourir jusqu’au bout, plus tourné vers l’avenir qu’encombré des souvenirs d’antan. Il est heureux que j’évoque avec lui un dicton de sagesse arabe : « On n’a jamais vu un linceul avec des poches. » Les tracas de ce que l’on peut laisser pourraient être obstacle pour affronter les dernières années de l’existence !

Cette rencontre bouscule en moi des idées toutes faites sur ce que vivent des personnes en maisons de retraite et foyers logements : solitude, ennui, abandon, désespoir… Gaby et Renée savent dire leur satisfaction. « Je suis au ciel » dit Gaby, à plusieurs reprises. Ce bonheur présent peut venir du train de vie qui fut celui de leur couple les années auparavant : une vie de simples travailleurs où le souci de l’argent et des biens n’était pas leur préoccupation première. La vie de famille, le service des autres et un engagement dans la commune étaient leurs objectifs.

Leur détachement d’aujourd’hui s’inscrit naturellement dans la logique d’une vie soutenue par une démarche de foi. Gaby et Renée, fidèles à des pratiques rituelles, essaient de vivre le message de l’évangile au quotidien. Leur sérénité fait écho à ce propos évangélique : « A quoi servirait-il à l’homme de gagner l’univers s’il venait à perdre son âme ? » Puissent ceux qui rendent visite aux personnes âgées, dans un foyer logement ou une maison de retraite, entendre tout ce qu’elles disent du sens de leur vie ! Soyons attentifs à de simples regards, à des propos familiers qui révèlent l’indicible !

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Michel AMALRIC

Prêtre du diocèse d’Albi, chargé de la communication.

(re)publié: 01/07/2008