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La branche d’olivier

Angélique a voulu revenir en Algérie avec des membres de sa famille. C’est là-bas qu’elle est née, c’est là qu’elle a grandi. Depuis son retour en métropole, voilà plus de quarante ans, elle n’a pas oublié ce pays. En elle naissait un désir très fort de revoir le village où elle avait vécu jusqu’à l’âge de six ans avec les siens.

Malgré les mises en garde multiples à cause des dangers encourus, elle a tenu ferme. Elle savait bien que ce voyage se ferait sous une escorte de militaires ou de gendarmes qui les attendaient, d’ailleurs, dès leur arrivée à l’aéroport pour les accompagner jusqu’à l’hôtel. Par la suite, pas question d’improviser les visites : tout était bien programmé.

Angélique a tenu bon malgré les tracasseries administratives : ce retour au pays était important pour elle. Aussi veut-elle faire partager tout ce qu’elle a découvert et tout particulièrement les moments forts des retrouvailles avec les paysages qu’elle avait gardés en mémoire et aussi les odeurs familières qu’elle retrouve sur les marchés. La visite au cimetière reste le moment le plus émouvant. Elle tenait à y revenir : c’est là que les membres de sa famille depuis deux générations ont été mis en terre. Quelques années après l’indépendance, le cimetière a été profané : les pierres tombales ont été cassées et tous les indices pour retrouver les traces familiales ont été dispersés.

Lors d’un premier passage dans le village, Angélique exprime le désir de revenir au cimetière avec les siens, quelques jours après, pour un temps de prière. Une surprise les attend : les gens du village, prévenus de leur visite, sont là pour les accueillir. Ils sont fiers de montrer les travaux de nettoyage qu’ils ont voulu faire avant leur arrivée. Ils ont démoli un mur qui en gênait l’entrée. Ils ont désherbé, ratissé, organisé ce qui pouvait encore l’être. Ils ont même passé à la chaux blanche, éclatante sous le ciel bleu, les troncs des cyprès qui ont résisté aux événements.

L’atmosphère était au recueillement. Quand Angélique et les siens ont voulu prier, la dizaine de villageois musulmans est restée discrètement derrière eux gardant un silence respectueux. Angélique avait écrit un texte chargé d’émotion qui toucha tout le monde et quand elle eut fini, elle déposa une branche d’olivier sur ce qui restait comme trace des tombes familiales : grand signe de paix, porteur d’avenir devant les villageois et l’escorte militaire qui attendait à quelques pas de là.

Aujourd’hui, la question de l’identité algérienne est posée. Elle se ferait pour certains par son islamité. D’autres la contestent au nom de ce qu’ils perçoivent de la montée d’un certain islamisme radical. De fait, de nombreux obstacles surgissent devant la présence toute discrète des chrétiens dans ce pays. La tentation est grande d’oublier que, dans la population, des musulmans manifestent des sentiments de cordialité et aspirent à la paix avec tous. Croire en un avenir de réconciliation et à une vie communautaire faite de différents courants religieux : Angélique en donne le témoignage.

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Michel AMALRIC

Prêtre du diocèse d’Albi, chargé de la communication.

(re)publié: 01/11/2008