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C’est cruel

Tel est le cri que lançait devant le journaliste cette femme qui voyait s’éloigner les camions emportant les métiers à tisser de son usine. Son entreprise arrête son activité : 284 emplois sont supprimés chez DMC. Les journalistes veulent permettre aux téléspectateurs de comprendre ce que vivent ces hommes et ces femmes qui se retrouvent sans emploi. Ils ont quarante, cinquante ans ou plus et les voilà affligés devant les ateliers vides : les métiers à tisser ont été démontés sous le regard des acheteurs venus du Bengladesh.

Quand les ouvriers de l’usine parlent de leurs « machines » ils sont émus. Non seulement elles avaient été pour eux le moyen de gagner leur pain, mais plus encore disent-ils, elles étaient leur fierté. Grâce à leur pratique, au fil des ans, ils avaient pris l’initiative d’y apporter des modifications pour une meilleure rentabilité. Ils les entretenaient, en prenaient grand soin et constatent, dépités aujourd’hui : « Avec les métiers à tisser emportés sous nos yeux... c’est nous qui partons ! » C’est dire le lien « affectif » qui s’était instauré entre leurs « machines » et eux !

Ces images, ce soir-là à la télévision, étaient saisissantes. Elles montraient des travailleurs fiers de ce qu’ils pouvaient produire. Regard en vérité, sur des hommes et des femmes approchés pas uniquement comme des manifestants qui défendent leur emploi. Regard sur des personnes qui, avec beaucoup de dignité, attendent des signes de considération et de respect pour ce qui fut leur vie professionnelle.

Pour quelques-uns d’entre eux, la fermeture de l’usine entraîne la suppression d’un logement, lié à leur emploi : non seulement ils ne peuvent plus travailler mais ils doivent aussi déménager. Ils n’avaient pas vu venir aussi rapidement cette fermeture et n’avaient guère eu le temps de s’organiser pour un autre logement. Ce soir-là, ce magazine télévisuel, avec beaucoup de pudeur, ne pouvait qu’interroger le téléspectateur. D’autres travailleurs ont dû s’identifier à ces salariés de DMC, partageant de semblables situations et connaissant un même désarroi. Tous savent bien que les « cellules de crise » mises en place ne sont que de piètres palliatifs peu efficaces à les rassurer et annonciateurs de désastres économiques.

Près de chez nous, la souffrance est grande pour cette employée qui, après trente-sept ans d’entreprise, se voit « jetée ». Elle s’est beaucoup investie dans l’usine ; elle n’a pas compté ses heures et a su donner d’elle-même pour permettre une livraison en temps voulu. Elle sait que son entreprise va continuer son activité mais en développant les ventes par internet : des emplois s’avèrent inutiles dans ce nouveau dispositif. Que devient l’humain dans tout cela ?

Une fois encore ces lignes peuvent paraître vaines et sans effet possible. Qu’elles entretiennent, au moins, toujours en nous, un sentiment d’indignation et le désir de préférer l’homme à la machine !

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Michel AMALRIC

Prêtre du diocèse d’Albi, chargé de la communication.

(re)publié: 01/12/2008