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Le musée
L’icône de la nativité
homélie de la nuit de Noël 2005 à Douai, diffusée par France Culture
Marie ? Elle n’est pas à genoux, mais étendue, comme la femme qui vient d’accoucher. Elle porte trois étoiles d’or sur les épaules et sur le front : elle est vierge avant, pendant et après la naissance de son enfant. Cela vaut la peine de bien regarder Marie. Car, sans aucun mépris pour les gestes de l’amour qui donnent aux époux la joie d’enfanter, Dieu nous dit, par elle, que la vie vient plus de Lui, que de l’amour, si beau soit-il, de nos parents. Joseph ? Il est accroupi dans un coin, songeur. A l’écoute surtout : il est toute oreille pour son Dieu. Vous savez qu’il ne dit pas un seul mot dans tout l’Évangile : dans le silence attentif, il entend les trois appels surprenants, dérangeants, déroutants, que Dieu lui adresse par son ange. Il se souvient bien du premier, le plus difficile à admettre :
Cela vaut la peine de regarder Joseph, le croyant silencieux qui, dans la foi peut-être obscure, obéit sans tarder aux appels les plus fous de son Dieu !
Et il y a l’enfant, et là, l’icône devient provocatrice. Car il n’est pas dans un berceau douillet, ni sur la paille dorée des crèches flamandes. Il n’est pas tout nu, ou à peine voilé de soie légère. Il naît sur fond noir de sépulcre dans un sarcophage de pierres froides. Prisonnier de ces bandelettes blanches dont on se sert en Palestine juive pour ensevelir les morts. Il surgit dans les ténèbres du monde. Il vient, en les faisant siennes, nous libérer de toutes les bandelettes qui nous ficellent dans nos vies mal-vivantes, ficelles de nos tristesses et de notre oubli des autres, ficelles qui ferment nos mains, nos cœurs et nos portes, ficelles de nos richesses non partagées et de nos engagements mal vécus. Il nous aime trop pour nous supporter ficelés ! Cela vaut la peine de bien le contempler : il ne triche pas avec notre condition d’homme, il ne s’évite pas magiquement toutes les épreuves de nos vies, l’affrontement de la solitude et de l’abandon, de la peur de souffrir et de mourir, il va nous montrer à quel point, avec un vrai corps d’homme, un vrai esprit d’homme, un vrai cœur d’homme, on peut vraiment vivre libéré de toutes ces ficelles, lorsqu’on se laisse remplir de l’Esprit de Dieu ! Sur l’icône de la Résurrection, on retrouvera le même sarcophage froid, mais vide ! Les mêmes bandelettes blanches, mais vides aussi, roulées ou soigneusement pliées; près du Ressuscité, bel et bien debout à jamais, vivant pour toujours. Au-dessus de l’icône, de cette fenêtre de ciel qui nous regarde, nous espère et nous appelle à renaître, on voit le ciel s’ouvrir. Un rayon de lumière traverse le ciel d’or. Il vient du Père que l’Orient s’interdit de représenter. Il vient toucher l’enfant. Cela vaut aussi la peine de bien le regarder : le rayon de lumière vient toucher l’Unique, le Fils que Dieu nous donne pour nous réapprendre à devenir enfin des hommes et des femmes dignes de ce nom ! Il n’y a plus qu’à louer Dieu :
Le Fils de Marie,
Seigneur, Roi du ciel,
Nous te bénissons, nous te glorifions,
Toi l’Emmanuel,
Envoyé de Dieu,
Lumière de Dieu
Prince de la vie
Chargé du pouvoir,
Enfant du Très-Haut
François GARNIER, Mgr
Archevêque de Cambrai, France
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![]() François GARNIER, Mgr
Archevêque de Cambrai, France
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