LogoAppli mobile

Paul et Silas en prison

Nicolas de Plattemontagne (1631-1706) d’après le May de Notre Dame de 1666. Huile sur toile, 101 x 89 cm. Musée des Beaux-Arts de Bâle.


Ac 16, 22-34

Nous sommes dans la ville de Philippes. Sur l’ordre des magistrats, le geôlier a jeté Paul et Silas au plus profond de la prison, enchaînés, les pieds coincés dans des blocs de bois. Au cœur de la nuit, dans une obscurité de tombeau, Paul et Silas prient, écoutés par les autres prisonniers.
Un tremblement de terre survient alors. Toutes les portes s’ouvrent, toutes les chaînes tombent. Le miracle ne survient pas seulement pour Paul et Silas : tous ceux qui les écoutent sont eux aussi libérés.
Le geôlier, « tiré de son sommeil », se croyant déshonoré par l’évasion des détenus, est prêt à se donner la mort quand Paul le rassure. Devant ce miracle, au milieu du tumulte, il se prosterne alors aux pieds de Paul et Silas qu’il appelle « Mes Seigneurs ».
Comment contempler cette page des Actes autrement que comme un récit de miracle ?
L’auteur insiste sur plusieurs points, habilement mis en page par le peintre : par un grand escalier et une haute fenêtre, il suggère la profondeur de la prison. Chaînes, entraves de bois, portes fortes rappellent l’atmosphère carcérale décrite par les Actes.
Plattemontagne inverse l’effet logique de la lumière pour exprimer le sens de l’épisode. En effet, la lumière, apportée par les soldats, devrait être plus forte en haut de l’escalier. Mais on n’y trouve qu’une flamme sans éclat, réduisant les personnages à de brunes silhouettes dissoutes dans la nuit. En revanche, les profondeurs sombres du cachot sont éclairées par l’éclat d’une seule torche tenue par le personnage qui nous tourne le dos à gauche. Cette fois, la lumière est suffisante pour illuminer Paul, Silas, et les détenus qui les accompagnent, révélant les couleurs de leurs vêtements, leurs attitudes et l’expression de leurs visages : celle de l’action de grâce pour Silas, vêtu de bleu et de blanc, et la surprise mêlée d’effroi pour les prisonniers.
Paul, en rouge et vert, semble protester devant le geôlier qui a déposé son épée pour se prosterner devant lui. Celui-ci vient d’échapper à la mort. Vêtu de blanc, comme les catéchumènes, illuminé, il se prépare à entrer dans la vie éternelle par le baptême.
Lumière nouvelle et ténèbres d’un tombeau, liberté et enfermement, sommeil, mort et vie, tout est là, mis en scène pour décrire une Pâque à la suite de la résurrection de Jésus.
Alors que la foule avait tenté de faire taire les deux apôtres, voici qu’une autre foule, composée de parias, supposés pécheurs, les a écoutés, qu’un geôlier « avec toute sa maison » entre dans le baptême, et qu’avec eux, toute une garnison est témoin d’un miracle divin.
On n’arrête ni la parole de Dieu ni la joie de croire en Lui. Toujours la grâce se répand, parfois surprenante. C’est le propos de tout le livre des Actes des Apôtres.

Une faute d'orthographe, une erreur, un problème ? Dites-nous tout !
 
Venceslas DEBLOCK

Prêtre du diocèse de Cambrai, responsable de la Commission d’art sacré.

Info

Les « Mays » étaient les grands tableaux offerts en mai, mois de Marie, à la cathédrale Notre-Dame de Paris, par la corporation des orfèvres, au XVIIe siècle.

Le may de 1666 est conservé en réserve au Louvre, car trop abîmé. La photo est celle d’une réplique d’époque, un peu plus petite que l’original.

L’ensemble des « Mays » a été plutôt bien conservé, il en manque assez peu. Ils sont répartis entre quelques musées et la cathédrale de Paris dont ils ont été sortis après l’incendie, sans avoir trop souffert, miraculeusement !

(re)publié: 19/05/2020