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Plaidoyer pour Ananie et Saphire

Ce matin, va t’en savoir pourquoi Seigneur, je pense à ce couple dont il est question dans les Actes des Apôtres, qui meurent foudroyés, l’un après l’autre, à la suite d’un mensonge sur le montant de leur fortune qu’ils apportent aux apôtres comme représentant la totalité de leurs biens, alors qu’ils en ont gardé une partie.
Ce n’est quand même pas Toi Seigneur qui leur as appliqué la peine de mort pour la faute commise. Dans les pays dits civilisés, cette peine est petit à petit abolie, et c’est tant mieux. Et ce n’est pas Toi qui vas l’utiliser. À mon avis, ils sont morts de saisissement, à cause de la honte ressentie, en voulant se faire passer pour des gens irréprochables, pour des justes, pour des disciples saints. Les pauvres ! Ils étaient démasqués, ils ne l’ont pas supporté !

Mais, Seigneur, s’ils avaient le désir de passer pour des saints, c’est qu’ils estimaient que la sainteté est quelque chose d’estimable. Ils auraient voulu être saints... c’est déjà ça, non ? Et ils avaient donné une partie de leurs biens matériels. Nous sommes nombreux à ne pas en être là, à ne pas avoir tout donné, loin s’en faut.
Aussi je veux ce matin prendre leur défense. Dans ma famille, dont un certain nombre ne pratique plus et qui officiellement n’ont pas l’air de se soucier de Toi, le moins du monde (mais dans le fond, va savoir ce qu’ils en pensent vraiment), je passe pour une sainte. Mais c’est dit sur un tel ton de mépris et de dérision, que ça ne risque pas de me monter à la tête. Et oui, je passe pour... et j’en tire même une certaine satisfaction voire un sentiment de sécurité. Je fais partie des gens qui souhaitent être bien, comme ces braves Ananie et Saphire.

Seigneur, je Te prie pour ces pauvres gens, mes frères à qui je ressemble tant. On n’est peut-être pas très nombreux à intercéder en leur faveur étant donné la façon dont ils sont présentés dans le Nouveau Testament comme l’exemple de ce qu’on ne doit pas faire. J’espère quand même que Tu leur as pardonné, et qu’ils sont maintenant auprès de Toi. Peut-être pas des grands saints AOC, des saints de 1ère catégorie, comme disent certains, mais saints quand même, avec la foule des anonymes dont Toi seul connais les noms et dont j’espère que je ferai bientôt partie.

Car il faut que je Te dise, je ne crois pas que, à l’exemple de ton Église qui, à une époque que j’ai connue, avant Vatican II, avait institué des mariages et des obsèques de 1ère, 2ème ou 3ème classe suivant le prix qu’on pouvait y mettre, je ne crois pas dis-je qu’il y ait des saints de classes différentes. Je suis certaine que ce n’est pas ton genre. Ou on est saint, semblable à Toi ou on ne l’est pas. II ne peut pas y avoir de petits saints ou des grands saints. On a peut-être des vases plus ou moins grands mais ils seront tous remplis à ras bord. C’est sûr. Mais il faut arriver à la sainteté. II n’y a pas de stade intermédiaire !

Avoue, Seigneur, que ça peut faire peur. Et jusqu’ici, la phrase qui se trouve dans mon missel au début de l’offertoire où nous demandons « d’être unis à la divinité de Celui qui a pris notre humanité » me paraissait largement excessive, voire utopique, et je la disais du bout des lèvres. Je vais essayer de la dire en pensant qu’elle est incontournable. Puis-je espérer Seigneur que, depuis que je la dis même timidement, Tu l’entends et que Tu arriveras à m’en faire bénéficier, même s’il y a beaucoup de travail à faire ?

Mais, j’y pense, au début de cette réflexion, je me suis demandée pourquoi aujourd’hui brusquement je pensais à Ananie et à Saphire. C’est peut-être la suite logique de mes réflexions sur l’évangile en Luc 24-33, où Tu nous dis sans aucune ambiguïté que « celui qui ne renonce pas à tous ses biens ne peut être mon disciple », et les biens financiers en font partie.

Va falloir que je suive le conseil que Tu donnes dans ce passage en prenant le temps de m’asseoir pour réfléchir à l’ensemble de mes réserves financières.
Tu ne crois pas, Seigneur ?

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(re)publié: 01/10/2012