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N’ayez pas peur

Et si, Seigneur, j’ai peur. Tu me fais peur. Je viens de lire certaines lettres de mère Teresa, à son directeur spirituel où elle fait part, avec beaucoup de pudeur, de timidité, presque de la gêne, de la nuit profonde qui est son lot, dans ses moments de prière, de recueillement et cela depuis cinquante ans. Cinquante ans, c’est long, très très long. Cinquante ans pendant lesquels, sur le plan spirituel, Tu ne lui as donné aucune satisfaction, au point qu’elle se demandait si elle avait encore la foi. Elle a vécu plus de la moitié de sa vie dans un noir profond, le noir le plus total. Sainte Thérèse de Lisieux aussi a connu la même aridité, le même silence. Elle aussi l’a dit. Et je me souviens d’avoir lu une autobiographie de sainte Thérèse d’Avila où elle se serait écriée : « Pas étonnant Seigneur, que Tu aies si peu d’amis, à voir la façon dont Tu les traites. »

Je T’assure, ça fait peur. Il est vrai que ces trois saintes sont des grandes pointures. D’un côté ça me rassure : je n’en suis pas là, j’en suis même loin. Mais d’un autre, ça me chiffonne de penser que je redoute fortement de devenir une de tes grandes amies, et que je suis bien aise de faire partie seulement de tes bonnes relations, sans plus. Mais est-ce possible ?

Pas sûr ! Iront dans ton Royaume uniquement ceux qui sont parfaits comme le Père est parfait, as-Tu dit. Le programme est assez décourageant. Il y a un tel chemin à parcourir. Est-il vraiment indispensable de souffrir mort et passion, comme on dit, pour y arriver ? Toi-même Tu as connu la croix pour devenir parfait, dit un texte (He 5,8-9) qui, la première fois où je l’ai lu, m’a posé problème. Mais je l’ai compris en le traduisant par : sans le passage par la croix, il T’aurait manqué une science douloureuse, celle de l’insupportable souffrance physique que beaucoup d’humains connaissent. Et Tu as voulu, dans la pratique partager aussi cette déréliction ; mais sur le plan moral. Toi, Tu n’avais aucun cheminement à faire. Tu as toujours été sans péché, parfait.

Alors pourquoi ces trois femmes et d’autres aussi avaient-elles besoin de cette épreuve ? Ce qui est sûr c’est que ça ne les a pas empêchées d’arriver à la sainteté. Mais est-ce que ça les a aidées ? C’est la question que je me pose.
En ce qui me concerne, Tu le sais Seigneur pendant près de 70 ans, nous avons eu des rapports corrects mais assez distants. Je me comportais en pratiquante réglo sans excès. J’allais mon petit train. Côté avancée vers Toi, c’était le calme plat. La prière personnelle m’était inconnue. Je Te pensais si lointain que je ne voyais pas la possibilité de m’adresser à Toi. Et je savais que ce silence m’était imputable.

Ce n’est qu’après avoir mis en pratique les conseils d’Ignace de Loyola et les échanges avec mes amis maristes que j’ai commencé à Te parler et à T’entendre. Tu es devenu vivant, un Père aimant, à qui je peux me confier. J’y ai trouvé du plaisir ou plus exactement une joie profonde, irradiante. En plus, ça me donne l’impression de mieux Te connaître, de mieux T’aimer et d’avancer.
Tu ne crois pas Seigneur ?

Alors si Tu envisageais de me faire partir au désert, je crains de ne pouvoir le supporter avec fruit. Puis-je Te prier de bien vouloir Te rappeler que je pense être encore très faible, et que j’ai besoin d’encouragement, de tendresse, de petits clins d’œil, d’humour même, et de gros câlins. Penses-y, Seigneur, sérieusement. Je T’en prie.

Après tout la brebis perdue, Tu l’as prise sur tes épaules ; pourquoi pas moi ?


Françoise REYNÈS
 
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(re)publié: 01/10/2018