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Marie, refuge des pécheurs

Tu te souviens, Seigneur, quand, il y a maintenant quelques années de cela, je Te faisais des reproches ou à tout le moins, je Te demandais des comptes au sujet de ce passage de la Genèse concernant la faute d’Ève, suivie de celle d’Adam.
Je trouvais que Tu aurais pu ne pas mettre en évidence, au beau milieu du jardin (Gn 3,3), une pomme juteuse ou plus exactement en suivant le texte, un fruit très attirant. Il Te suffisait de mettre une figue de barbarie par exemple. Et Ève, qui était nue et n’avait donc pas de gant, aurait certainement hésité à s’en saisir pour la manger, malgré les encouragements mensongers du serpent. La face du monde en aurait été changée... et ça ne T’aurait pas coûté plus cher !

Je savais naturellement que les récits de la Bible ne sont pas à prendre au pied de la lettre. Ce sont des récits symboliques souvent plaisants, poétiques et très parlants. Mais il me semblait que sans trop solliciter ce texte, Tu avais l’air d’avoir une certaine responsabilité dans notre attirance vers le mal ou sans aller jusque là, Tu n’avais pas fait grand chose pour nous aider à ne pas succomber.

Pourquoi, à première vue, le mal est-il si attirant, si porteur de plaisir ? Pourquoi faut-il qu’un jour ou l’autre, on ait toutes les peines du monde à ne pas faire ce qui est mauvais, ce qui n’est pas recommandé ou même est défendu ? Au point qu’au jour d’aujourd’hui on en vient à plaindre les jeunes qui n’ont plus la possibilité de satisfaire ce désir, en enfreignant seulement les règles d’interdit de sexualité hors mariage (tout dans ce domaine, dans notre société, est maintenant permis sinon recommandé) à tel point qu’on dirait presque qu’ils sont obligés de se rabattre sur la drogue ou sur la violence, avec ou sans armes. Ce qui est beaucoup plus dangereux pour eux et pour les autres…

Pourquoi as-Tu voulu, ou tout au moins permis, cette attirance si forte vers le mal ?
Que le serpent nous induise en erreur, c’est normal, dans la logique des choses. Il n’a lui, aucune excuse à avancer pour tenter d’expliquer sa révolte contre Toi Seigneur (pas de péché originel, pas de tentateur). Et il doit tellement s’en vouloir et T’en vouloir de sa déchéance, qu’il en est devenu infiniment dangereux ! (Toute proportion gardée, les gardiens de prison craignent les condamnés à la prison perpétuelle. Quand un homme n’a plus aucune espérance de réhabilitation ultérieure, quand il sait qu’il ne peut aller plus bas, il n’a plus aucun frein et souhaite entraîner les autres dans sa chute.) La rage de Satan à essayer de nous perdre se conçoit parfaitement, et il faut reconnaître qu’il y est drôlement fortiche.

Mais Toi, Seigneur, Tu souhaites au contraire notre salut. Pourquoi as-Tu permis cette attirance si forte vers le mal. Ça me turlupinait ! Ça s’est même aggravé, quand j’ai appris, que certains liturgistes traduisaient, peut-être pas très intelligemment, le passage du Notre-Père « Et ne nos inducat in tentationem » par « Et ne nous pousse pas à la tentation ».
Est-ce que Tu veux nous mettre à l’épreuve ? Est-ce que c’est la seule façon pour nous, de savoir vraiment si on veut faire Ta volonté, et non la nôtre ? Si on Te fait confiance ou si on doute ? Jésus lui-même a été tenté après son baptême, quand il s’est retiré au désert pour réfléchir à la meilleure façon de mener sa mission à bien. Il a été incité à adopter des moyens spectaculaires, apparemment efficaces, parce que très frappants. En termes modernes je dirais que Satan lui a parlé de l’intérêt de faire une bonne pub, pour que le public se sente concerné par son message. Et le texte nous dit que Jésus a été tenté. Il y avait de quoi réfléchir. Il a été « tenté » c’est vrai, mais sur le moment, il a radicalement envoyé Satan sur les roses, et ensuite, tout au long de sa vie il a toujours, toujours, refusé que la foule se laisse gagner par le sensationnel des miracles. C’est un point sur lequel Il a toujours beaucoup insisté.

Finalement en lisant ce texte plusieurs fois, plus lentement, et en allant jusqu’au bout de ce passage, je me suis rendu compte, que Tu ne nous avais pas laissé tout seul Seigneur, pour lutter. C’est dans le texte même. Pendant longtemps, ça ne m’avait pas frappée. Il est en effet noté : « Le Seigneur dit au serpent... Je mettrai une hostilité entre la femme et toi » et pour moi la femme, j’ai compris que c’était Marie. Nous l’avons appelée refuge des pécheurs et c’est bien ce qu’elle fait ; elle vole à notre secours quand, comme tous les enfants du monde, nous crions « Maman » en cas de danger.

Un grand merci pour ce cadeau merveilleux, Seigneur. Encore faut-il ne pas oublier d’y recourir et pardon pour ce long temps de suspicion envers Toi. Je sais bien que Tu nous aimes, et que Tu ne peux que nous vouloir du bien, mais Tu me connais, souvent il faut que je raisonne même jusqu’au déraisonnable !


Françoise REYNÈS
 
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(re)publié: 01/01/2019