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Mes émerveillements devant ta Parole

« Les grandes eaux »... comme on disait autrefois

Seigneur, en cette fin décembre, quand je lis les textes d’Avent proposés par les liturgistes pour les célébrations eucharistiques du jour, je me sens un peu en porte à faux, déconcertée.
Ce n’est qu’ovations, chants, allégresse, danses, cris de joie pour saluer le rappel de la venue de ton Fils sur terre.

Certes, la fête de Noël est source de joie, et je te suis profondément reconnaissante d’avoir imaginé et créé l’Incarnation. D’un côté, reconnais-le, c’est très difficile à concevoir et même à admettre, tant c’est extraordinaire. Je crois que le christianisme est la seule religion où cette éventualité farfelue est devenue réalité, mais c’est en même temps très réconfortant et très rassurant. Jusque là, on n’avait que les dires de tes prophètes, qui forcément s’étaient plus ou moins impliqués quand ils disaient ou écrivaient ce qu’ils avaient compris des messages de l’Esprit Saint. Mais à partir de la venue de ton Fils, on a eu ta Parole sans fioriture, sans interférence. C’est du direct, du « C2C Créateur au consommateur » pourrait-on dire. Et deux mille ans après cette Parole est toujours aussi percutante, aussi adaptée à nos besoins. Là aussi c’est source d’émerveillement !

Mais il y a une sorte d’exaltation incontrôlée qui me met mal à l’aise. Ma joie est raisonnée, raisonnable ; je ne suis pas transportée hors de moi. Que ce soit le livre de Sophonie (So 3,14-18), le Cantique des Cantiques (Ct 2,8-14) ou le psaume 32 (Ps 32) pour n’en citer que quelques-uns, je me sens assez froide devant ces écrits enflammés. Cela ne me retourne pas !

Est-ce là un signe d’indifférence ou plutôt d’un manque d’enthousiasme, d’un refus de conversion ? Il y a de ça sans doute. Mais Seigneur, Tu me connais bien, et j’ai beau chercher dans ma vie, je ne trouve pas de moments où je me suis trouvée hors de moi-même, quand j’ai été marquée par une grande joie.

À la rigueur je peux noter deux instants très fugitifs où le sentiment de bonheur absolu irradie tout mon être au point que j’en suffoque presque.
Le premier, je devais avoir deux ans et quatre ou cinq mois, quand maman a mis dans mes bras, alors que je suis assise sur une chaise longue, mon petit frère, bébé tant attendu qui vient de naître.
Et la deuxième fois, je suis dans un lit d’hôpital, opérée la veille d’une double mastoïdite, et on m’annonce la naissance de mon deuxième petit frère. Mon pouls, m’a dit une infirmière, a fait un bond inexplicable, et dangereux.
En dehors de ces deux instants fugitifs, j’ai eu je ne sais combien de moments heureux voire très heureux mais jamais disproportionnés, transfigurants.

Je vais même plus loin, Seigneur, quand je serai (je l’espère vraiment) auprès de Toi, quand je Te verrai face à face, en larron heureux, comme dit Christian de Chergé, je ne souhaite pas être hors de moi. C’est très fatigant, ces moments-là ! Pas confortable du tout ! Mais pourquoi essayer de prévoir comment je réagirai à ce moment-là ? Autant tirer des plans sur la comète, comme on dit !

Seigneur, je compte sur ta miséricorde et je sais que Tu me prendras comme je suis, avec mes faiblesses et mes manques que je discerne peu à peu et dont je Te demande pardon. Je sais de source sûre que je peux compter sur Toi et que je peux, même, faire mienne la fin du psaume 32, incriminé plus haut !

« Tu es pour moi, un appui, un bouclier
La joie de mon cœur vient de Toi.
Ma confiance est dans ton Nom très saint »

C’est déjà ça, Tu ne crois pas ?


Explication du titre

Je fais la savante, mais je l’ai appris seulement hier : avant Vatican II, quand les clercs lisaient le bréviaire en latin, ils avaient intitulé les prières de l’Avent « Les grandes eaux » car toutes commençaient par Ô :
Ô Seigneur, Ô Rédempteur, Ô… Ça m’a amusée !

 
Françoise REYNÈS

Laïque mariste ; célibataire.
Ancien magistrat. († 2011)

(re)publié: 01/12/2017