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La divinité, but obligatoire à viser ?

Seigneur je viens de lire dans une revue mariste une phrase qui a fait tilt dans ma tête. L’article parlait de la vie simple, tout à fait ordinaire que Jésus a menée pendant une trentaine d’années à Nazareth et il était dit que « Marie avait accoutumé Dieu (son fils) à habiter dans l’homme ».

Et c’est vrai qu’elle a appris à son fils des tas de choses, Marie, comme toute maman aimante avec ses petits. Point n’est besoin d’une imagination débordante pour admettre qu’elle lui a appris à se mettre debout, à marcher, qu’elle lui a enseigné à faire un nœud, à mettre la table, à lire... la liste pourrait s’allonger indéfiniment.

On en trouve trace dans quelques passages très concrets d’évangile où il est question de coudre un morceau de tissu neuf sur un vêtement usagé, et on voit Joseph qui lui parle de la bêtise de mettre du vin nouveau dans des outres vieilles. Il lui a aussi enseigné le métier de charpentier.

Dans tout cela il n’y a rien que de très ordinaire ; mais là où elle est très forte, Marie, c’est qu’il lui a fallu respecter, harmoniser, la double nature de son fils, divine et humaine. Et personne ne pouvait l’aider dans cette tâche si particulière et unique. Ce n’était pas du tout, dans les mœurs de l’époque, mais j’imagine l’effarement complet d’un spécialiste psy, si elle lui avait fait part de ses hésitations, de ses recherches.

Avant Jésus, Dieu n’avait jamais eu un livre entre les mains, pas plus qu’une scie ou un rabot, jamais il n’avait eu de douleur physique et il ignorait le passage traumatisant entre la vie et la mort.

Je constate, Seigneur, que Tu as voulu être très proche de nous, Tu as voulu vivre tout ce qui fait la vie de n’importe quel humain, le péché excepté.
Quand est ce que Tu as su que Tu étais Fils de Dieu ? On ne le sait pas précisément. Mais à douze ans, ça ne faisait pas un pli : « Tu te devais aux affaires de ton Père. » Marie pour sa part a estimé que ton apprentissage humain était insuffisant, et Tu t’es rallié à son point de vue. Et je me pose la question : pourquoi as-tu voulu ce long ce très long apprentissage ? Et je ne vois qu’une seule réponse satisfaisante : Tu as voulu nous ressembler au plus haut point, pour que nous aussi, nous essayions de te rejoindre dans ta divinité. C’est dit sans aucune ambiguïté dans plusieurs passages de la Bible et également dans le rite de l’Eucharistie où le célébrant dit : « Comme cette eau se mêle au vin dans le sacrement de l’Alliance, puissions-nous être unis dans la divinité de celui qui a pris notre humanité. » Jusqu’ici, je lisais cette phrase du bout des yeux, avec une certaine retenue, et même avec une retenue certaine. Dans ma tête, la divinité pour un humain, c’était réservé à quelques êtres exceptionnels mais pas pour le tout venant. Je ne me voyais pas entrer dans leur groupe. Je crois même que je ne le souhaitais pas vraiment. Après ma mort on verrait...

Faut-il que je demande à Marie de faire pour moi ce qu’elle a fait pour son Fils, dans le sens inverse naturellement, en m’accoutumant à l’idée de devenir divine ?

Cela me parait énorme, mais est-ce incontournable ? Qu’est ce que Tu en penses, Seigneur ?


Seigneur, il va falloir que tu me trouves une réponse. Je ne peux pas rester avec cette question non élucidée : suis-je vraiment obligée de viser la divinité ?
D’abord je me pose une première question, y a-t-il une différence entre la divinité et la sainteté ? Pour Toi Seigneur, peut-être pas. Mais depuis belle lurette, les autorités ecclésiastiques se sont autorisées à déclarer que tel humain devait être considéré comme saint. Elles le font après un très long, très minutieux et très coûteux procès (â mon avis, malgré toutes leurs précautions, elles empiètent sur un terrain qui me parait devoir T’être réservé Seigneur. Tu es libre évidemment de choisir tes amis ; ça ne se décrète pas. Mais qu’importe !)
Elles ne se sont jamais permis de dire que tel humain était divin… Je pense que ce qualificatif doit être réservé après la mort, quand on Te verra face à face. Je vais donc m’en tenir à la sainteté. Suis-je obligée de viser la sainteté ?

Deuxième remarque. Peut être que je rattache la sainteté trop exclusivement aux notions de renoncement, de souffrance, et même de martyre. Je sais que ça peut aller jusque là pour certains, pour lesquels j’éprouve une très vive admiration, mais envers lesquels je ne me sens pas du tout attirée. Ils me feraient plutôt fuir. Traumatisée depuis ma jeunesse par des expériences chirurgicales torturantes, l’idée de la souffrance physique m’est insupportable, au sens fort ; je ne la supporte pas, pas plus chez les humains que chez les animaux. Au point que, toutes proportions gardées, je ne peux assister à un chemin de croix, ni à une corrida ou à un combat de boxe. Heureusement pour moi, l’institution Eglise n’a jamais rendu le martyre obligatoire. Elle a même recommandé de l’éviter chaque fois que c’était possible, sans Te renier.

L’Apocalypse d’ailleurs parle d’une multitude innombrable de saints, pour qui mort et passion ne sont pas associés. Toi, Seigneur, Tu as toujours été saint, même à Nazareth et Joseph pareillement qui d’après ce qu’on sait a été reconnu saint, en menant une vie ordinaire et en remplissant simplement la mission que Tu lui avais confiée, à savoir veiller sur Marie et sur l’enfant qu’elle portait.
Je dois Te dire Seigneur, que j’aime le psaume 130 où il est dit : « Je ne poursuis ni grands desseins ni merveilles qui me dépassent. Non, je tiens mon âme en moi comme un enfant, comme un petit enfant contre sa mère. »

Tu nous as d’ailleurs donné les petits enfants en exemple Seigneur, parce qu’ils font totalement confiance aux parents qui les aiment. Et nous, les humains, nous sommes tous tes enfants, nous sommes tous aimés. Mais pour les vieux dans mon genre c’est le « totalement » qui a du mal à couler de source. On est moins souple, l’enthousiasme pour grandir s’est un peu estompé, il faut raisonner pour se sentir petit, ce n’est plus spontané. La seule chose dont on peut se targuer, par rapport aux petits, c’est la persévérance. Tu l’as d’ailleurs noté en Lc 21,19. Heureusement, je sais que Tu es indulgent Seigneur, donc l’espoir m’est permis.

Par contre, il y a un petit détail que je tiens à préciser. De par mon métier j’ai horreur des procès, aussi Tu ne T’étonneras pas si je ne souhaite pas avoir une auréole estampillée par Rome. Je sais bien que, de ce côté-là, le risque est nul, égal à zéro, cela va sans dire mais comme a dit, je crois, Talleyrand : ce qui va sans dire, va encore mieux en le disant.

Par contre si Tu m’accueilles au seuil de Ta maison quand ce sera l’heure, Tu me feras rudement plaisir !
Puis-je te dire « â très bientôt » ?
Mais il ne faut peut-être pas trop rêver ! Je le reconnais, la vieillesse est sans doute utile et bienfaisante pour aller vers Toi, mais elle n’a rien d’attirant surtout si elle traîne en longueur. Toi, Tu ne l’as pas connue, mais fais-moi confiance, Seigneur, c’est lassant.

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(re)publié: 01/12/2015