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La croix, objet d’horreur et objet de salut

Seigneur, je viens de lire pour la fête de la Croix glorieuse, un passage du livre des Nombres (Nb 21, 4-9) et ce texte, comme beaucoup de textes de l’Ancien Testament, m’indispose fortement. Mon esprit cartésien occidental est allergique à un écrit symbolique. Cela m’agace et je râle. Si j’avais été chargée, lors de l’Eucharistie, de la lecture de ce texte, j’aurais eu du mal à proclamer à la fin : « Parole du Seigneur », ça ne me paraît pas évident !
Il nous est dit qu’Israël, qui en a marre de pérégriner depuis des années dans le désert où il n’y a qu’une nourriture misérable, récrimine contre Toi et contre Moïse. Devant cette révolte, Tu envoies des serpents venimeux dont la morsure est brûlante et peut même être mortelle. Moïse intercède. Tu lui dis de fabriquer un serpent en bronze, de le dresser sur un mât et d’inviter tous ceux qui sont mordus à le regarder et ils auront la vie sauve.

Certes, d’un côté, tes liturgistes ont été bien inspirés pour choisir ce texte. Il est très parlant. Un objet d’horreur, le serpent venimeux dressé en hauteur, devient un objet de salut comme ta Croix, Seigneur. Il faut savoir regarder le mal en face et demander Ton aide : ça va de soi.
Mais d’un autre côté, pourquoi cette image intéressante est-elle noyée dans un tissu d’invraisemblances ou même de contre-vérités ? Exemple : comment dans un lieu de sable désertique, Moïse peut-il fabriquer un objet en bronze ? Où trouvera-t-il les outils nécessaires, le bout de bois pour faire un mât ? Pourquoi être puni quand on Te dit notre désarroi, voire notre révolte ? Si on ne peut plus Te dire ce qu’on pense, comment entrer en relation confiante avec Toi ? Enfin, et c’est sans doute le plus inacceptable, affirmer que c’est Toi qui envoies des serpents venimeux au peuple que Tu aimes, c’est proprement aberrant !

Seigneur, je suis dans le cirage. Aide-moi à en sortir, ça me rendrait vraiment service, car je cite ce texte, mais il n’est pas le seul dans l’Ancien Testament à me poser problème.

Il est vrai que ces écrits très, très anciens, ne sont pas destinés à ma seule disposition. Ils sont destinés au monde entier et pour toutes les époques. Il est normal que je sois déroutée d’autant plus que mes études religieuses sont assez succinctes. Mais j’avoue, Seigneur, que c’est assez frustrant !

C’est frustrant certes mais Tu me souffles une autre remarque : comme je m’emballe facilement quand il s’agit de penser que je peux Te prendre en défaut ! Quelle outrecuidance ! Il y a là un manque de foi qui me fait peur.

Quand est-ce que, a priori, j’arriverai à Te faire confiance, comme font les petits enfants vis-à-vis de leurs parents aimants ?

Seigneur, c’est quand même curieux : c’est grâce à ce passage mal interprété, mal compris que Tu m’as fait prendre conscience de ma vraie faiblesse. C’est toujours bon d’être éclairée, même si ce n’est pas agréable. Aussi je Te dis merci, Seigneur.

P.-S. : Je me suis renseignée auprès de mon curé ; ses explications ont été parfaitement convaincantes. Ce texte ne mérite pas mes réflexions désobligeantes et acerbes. C’est plus qu’évident ! Encore faut-il s’adresser à la personne compétente ; mais ça, c’est dans mes cordes !


Françoise REYNÈS
 
(re)publié: 01/06/2015