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Mes émerveillements devant ta Parole

Quelles que soient les circonstances, Te faire confiance est la seule solution raisonnable

Voilà un passage de la Genèse (Gn 22,1-13.15.19) qui, dans un premier temps, est assez traumatisant, mais qui par la suite se révèle rassurant.

Je m’explique.
Dans mon missel, il s’intitule : sacrifice d’Abraham, alors qu’il s’agit en fait du sacrifice d’Isaac. Il se présente de la façon suivante : Abraham est appelé par Toi, Seigneur. Docilement, il répond : « Me voici » - « Prends ton fils... et va l’offrir en sacrifice au pays de Moriah » lui dis-Tu.

Ni une ni deux : Abraham prend son fils, deux serviteurs, un âne et du bois qu’il a fendu pour l’holocauste. Ils marchent deux jours et arrivent le troisième jour, pas loin de l’endroit que Tu as indiqué. Abraham laisse là les deux serviteurs, l’âne, charge l’enfant avec le bois et le feu, et ils vont vers l’endroit que Tu as choisi pour le sacrifice. Isaac s’inquiète, il manque l’agneau dit-il, mais son père le rassure : « Dieu y pourvoira » répond-il. A-t-il encore un petit espoir ou a-t-il seulement le souci de s’assurer de la docilité de sa future victime ? Rien ne nous oriente vers l’une ou l’autre solution. Ils arrivent enfin au but. Abraham dresse un autel, pose le bois puis il attache son fils, le dépose sur le bois et saisit son couteau pour l’égorger. Mais Seigneur, Tu interviens, et l’enfant est sauvé : ouf !

Si cette scène, se passait de nos jours, il est certain qu’Abraham aurait droit aux assises pour tentative de meurtre par personne ayant autorité sur la victime, de surcroît sur un mineur, avec préméditation, et en plus j’ajouterais avec sadisme puisqu’il l’a chargé de porter les instruments du supplice. Mais là n’est pas la question.

Ce qui, dans un premier temps, me dérange fortement c’est qu’il est évident qu’Abraham est de bonne foi. Il pense agir en conformité avec Ta volonté, Seigneur. Or, il se goure complètement. Il prend à son compte ce qui se passait dans son pays d’origine, où les humains avaient affaire à des dieux jaloux, prompts à se mettre en colère contre leurs sujets ; aussi ceux-ci essayaient d’attirer leurs bonnes grâces et d’éviter leur courroux, en leur sacrifiant ce qu’ils avaient de plus cher, à savoir leur fils aîné.

On peut donc se tromper complètement sur ce que Tu souhaites, Seigneur. Cela peut arriver. Notre éducation, notre milieu, notre époque peuvent nous induire en erreur, car, de plus, la grande, grande majorité d’entre nous, ne t’entend pas avec ses oreilles. On pense que Tu penses... mais on n’en a pas l’assurance. C’est assez déstabilisant à première vue : est-ce que je dois faire, est ce que je dois dire... ? Et cela arrive relativement assez souvent et cela peut être important. Il est vrai qu’Abraham était tout seul, et que nous avons la ressource de demander conseil autour de nous. En plus ce drame se termine bien et Isaac aura la vie sauve. On peut donc en conclure que quand on est de bonne foi, même si on se trompe, Toi Tu t’arranges pour nous remettre sur le bon chemin : il faut Te faire confiance, c’est la conclusion heureuse de cette histoire. Deo gratias !

Seulement je me demande comment Isaac a réagi en descendant de cette colline. Quelles ont été ses réactions vis à vis de ce père qui s’apprêtait à l’égorger ? La Genèse est totalement muette sur le sujet. C’est dommage, ça m’aurait intéressée. D’après la suite, il semble qu’Isaac a surtout retenu que Tu l’avais libéré, Seigneur et que son amour pour Toi s’en est trouvé affermi, mais vis à vis d’Abraham, la question reste entière. Qu’est ce qui s’est passé entre eux ? Il a pu y avoir un problème !

Finalement est ce que c’est important ? Sans doute pas. Allez...
Mais sans doute plus sérieux. Je me demande s’il y a un lien entre cette histoire et ce que Toi et Dieu, vous avez décidé en envoyant le Fils sur terre. Vous vouliez à tout prix, nous faire prendre pleinement conscience de votre amour fou pour nous et de votre désir de nous sauver. Ce faisant vous preniez le risque qui était quasiment une certitude, de voir le Fils condamné à une mort infamante et cruelle... A méditer !
D’autres avant moi l’ont dit : « Dieu écrit droit avec des lignes courbes... »

Je me sens complètement dépassée ! Et c’est tant mieux ; c’est beaucoup mieux comme ça.

Amen.

 
Françoise REYNÈS

Laïque mariste ; célibataire.
Ancien magistrat. († 2011)

Françoise REYNÈS

Laïque mariste ; célibataire.
Ancien magistrat. († 2011)

(re)publié: 01/02/2015