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Mes émerveillements devant ta Parole

Point d’interrogation

Seigneur, je te l’ai dit dix fois, cent fois et même plus, j’ai en horreur la souffrance physique, pour moi en premier mais pour les autres aussi, humains ou bêtes et même pour les plantes. Je condamne les pesticides polluants, je ne supporte pas la violence faite aux animaux (les poules pondeuses encagées par exemple) et à plus forte raison les tortures infligées aux êtres vivants. Alors Tu peux le comprendre, Ta mort sur une croix a du mal à passer.

Mais aujourd’hui je tombe en arrêt sur la phrase qu’on trouve en Luc (Lc 24,25-26) adressée aux disciples d’Emmaüs complètement déballés par l’échec apparent du Nazaréen, en qui ils avaient mis tout leur espoir de délivrance, phrase ainsi rédigée : « Esprits sans intelligence, cœurs lents à croire tout ce qu’ont déclaré les prophètes. Ne fallait-il pas que le Christ souffre cela pour entrer dans la gloire ? »

A T’entendre, c’est très net : il apparaît que ce supplice était non seulement prévisible, compte tenu de la méchanceté des hommes, mais encore nécessaire et utile. « Ne fallait-il pas » leur dis-tu ?

En m’appesantissant sur cette interrogation, je pense en effet que Ta venue sur terre (dont on m’a appris qu’elle était déjà à elle seule, amplement suffisante pour assurer notre salut) aurait manqué d’une certaine aura, et même d’une aura certaine si Tu étais retourné à Nazareth, après quelques escarmouches avec les autorités, si Tu étais mort dans ton lit à 60 ou 70 ans, après une maladie qui aurait pu faire de Toi un être réduit sur le plan humain à un état de légume. Ça arrive.

Dans ce cas il m’apparaît clairement que Ton message aurait eu moins de poids. C’est sans doute désolant, mais c’est ainsi. Tu n’as jamais cherché ce supplice qui illustre bien le pouvoir du Malin en nous mais Tu n’as rien fait pour l’éviter, ce qui T’a demandé du courage car cette perspective n’avait rien d’attirant. C’est d’ailleurs noté chez Luc où il est écrit que Tu as résolument pris la route de Jérusalem.

Ton enseignement a toujours été conforme à la vérité, aucune édulcoration dans Tes propos vis-à-vis des autorités religieuses de ton temps qui avaient pas mal travesti et même dénaturé les desseins de notre Père des cieux ; même attitude devant Pilate à qui incombait le devoir de Te juger. Il fallait que la vérité soit dite et elle l’a été.

Et comme le dit Guy Béart dans une chanson dont j’aime bien les paroles et le rythme, « Le premier qui dit la vérité, il doit être exécuté » et ça aussi ça me met mal à l’aise, car quand j’écris mes démêlés même émerveillés, jusqu’ici ils ne m’ont causé aucun mal, au contraire… Il m’arrive d’être félicitée !

Aussi une fois de plus je me demande si c’est bien Toi,Seigneur, qui m’invites à écrire ces réflexions et à les partager avec des amis ou si c’est le désir plus ou moins conscient de m’attirer des louanges. Pauvre de moi, j’ai besoin d’être éclairée.

Peut-être qu’il est simplement nécessaire de me poser de temps en temps la question pour savoir ce qui domine en moi ? Ou l’espoir refoulé de me faire apprécier ou le désir d’aider les autres à réfléchir pour mieux T’aimer, Seigneur.

A Toi de voir, Seigneur. Mais c’est sans doute très mélangé ; aussi je Te dis à la fois merci et pardon.

 
Françoise REYNÈS

Laïque mariste ; célibataire.
Ancien magistrat. († 2011)

Françoise REYNÈS

Laïque mariste ; célibataire.
Ancien magistrat. († 2011)

(re)publié: 01/03/2014