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Y a t-il deux Eglises catholiques dans mon diocèse ?

Seigneur je te l’avoue, je suis en mésentente avec une grande partie de l’Eglise institutionnelle de mon diocèse. Ce qui est fort déséquilibrant.
Il y a de plus en plus me semble-t-il de clercs qui prônent une façon de faire Eglise qui non seulement ne me convient pas, mais peut même aller jusqu’à me heurter profondément. Et je ne suis pas la seule. Parmi les chrétiens que je rencontre, catholiques et même protestants, ils sont nombreux à être aussi désemparés que moi et à se demander s’il faut faire le dos rond en ne faisant pas de vague, ou s’il faut sonner le tocsin.
Il m’arrive même d’être si en colère douloureuse avec le magistère, que je remercie tes liturgistes qui m’obligent à prier pour le pape et pour mon évêque à chaque célébration eucharistique, sinon je risquerais de ne pas le faire. Or en raison des énormes responsabilités qu’ils ont accepté d’assumer, c’est bien le moins qu’on Te demande de les aider.

Mais j’ose Te le dire, il me semble que certains clercs voudraient me faire aimer un Dieu qu’ils présentent comme exigeant - ça je l’admets tout à fait - mais également comme un Dieu qui privilégie la loi, la formule en l’appliquant uniformément sans vouloir prendre en compte la particularité de chaque cas concret.
Voir les situations au cas par cas, ils ont l’air de ne pas savoir ce que c’est.

Pourtant Toi, sur terre, Tu ne t’es pas privé de dire et de redire que la loi, celle du sabbat par exemple, était faite pour l’homme et non l’homme pour le sabbat. Avec détermination en essayant de convertir les opposants, par amour et compassion, Tu as effectué le jour du sabbat de multiples guérisons, alors que les autorités religieuses de ton pays estimaient que, ainsi, Tu violais la loi de Moïse. Ce qui ne T’empêchait pas de dire, avec autant de conviction qu’aucun iota de la loi ne pourrait être écarté et que Toi-même Tu étais venu non pour abolir la loi, mais pour l’accomplir.
Ce qui n’était pas contradictoire, car la loi toute simple reçue de Dieu par Moïse avait été alourdie par 613 préceptes inventés par les hommes, soi disant pour l’appliquer. La loi était devenue en grande partie un fardeau insupportable.
Mais pour tes contemporains, ils risquaient de ne pas s’y retrouver, et aujourd’hui, pour moi, c’est le même problème. Les clercs avec qui je suis en bisbille s’appuient certes sur des passages d’Évangile, mais ils les traduisent à mon avis, de manière fondamentaliste, voir juridique.
Je leur reproche, le même raidissement que Tu reprochais aux pharisiens. Tu te rends compte ! Ça ne va pas, car qui suis-je pour juger ?
D’autant que je reconnais que ce clergé rigoriste, s’il fait fuir ou perturbe profondément quelques fidèles, il en attire beaucoup d’autres. Il paraît efficace.
Car les paroisses où je me sens à l’aise sont à moitié, voire aux trois-quarts vides et il n’y a pas foule d’enfants catéchisés, tandis que les autres font salle comble.
Mais est-ce un critère ?
Bref, c’est coton.

Dans un premier temps, je pense qu’on peut accepter des différences de vue, qui ne tirent pas vraiment à conséquence. Ainsi tout ce qui touche à la façon plus ou moins spectaculaire de témoigner. C’est une affaire de charisme, je dirai presque de convenances personnelles. Il y a du bon et du mauvais des deux côtés, il y en a qui sont trop timides pour affirmer leur foi et d’autres qui sont franchement prosélytes. Et dans la mesure du possible, il vaut mieux, me semble-t-il, trouver une paroisse ou des lieux de rencontre qui correspondent à notre sensibilité et où on peut recevoir et donner nos richesses mutuelles, sans aller jusqu’à condamner ceux qui font autrement.
Seulement, sur d’autres points, la division est si profonde, qu’en conscience, je me sens obligée de refuser telle position officielle.
Et alors, je me demande si je ne suis pas déloyale vis à vis de mon évêque, autorité que Tu as voulue, Seigneur. Tu as institué ton Église avec un chef à sa tête, Pierre, entouré de onze apôtres. C’est comme ça et pas autrement.
Bref, je n’ai pas beaucoup avancé !

Il est certain que ce n’est pas la première fois que ton Église connaît des difficultés de ce genre. Elle a vécu bien des affrontements plus ou moins sévères, et cela dès le début de son existence. Ça n’est pas réservé à notre époque.
Saint Paul nous en donne un exemple précis dans l’épître aux Galates au chapitre 2 (Ga 2). C’est ce qu’on appelle l’incident d’Antioche. Les désaccords étaient profonds entre ceux qui restaient attachés aux coutumes, au rituel juif et ceux qui, comme saint Paul, annonçaient l’Évangile aux païens.
Que fait Paul ? Ni une, ni deux, il fonce à Jérusalem et expose à Pierre, Jacques et Jean considérés comme les trois colonnes de l’Église, sa façon d’évangéliser les païens, « il voulait savoir, si la course qu’il fournissait, ne servait à rien ». Et les autorités reconnaissent qu’il a reçu de Dieu, mission d’évangéliser ceux qu’on appelle les incirconcis, et qu’il fait bien.
Première victoire pour Paul, et en signe de communion de pensée ils se donnent la main tous les quatre.
Mais les explications ne suffisent pas et Paul va plus loin. Pierre arrive à Antioche, où par peur des chrétiens d’origine juive, il refuse de prendre ses repas avec des incirconcis. Paul remonte au créneau et lui dit franchement son fait. Il le dit même en public. Pierre reconnaît qu’il n’a pas observé le concile de Jérusalem qui a décidé d’ouvrir ses bras aux païens, sans leur imposer les prescriptions de la loi de Moïse.
La franchise de Paul se révèle payante.
Est-ce un exemple à imiter ? Qu’en penses-Tu Seigneur ?
Je sais qu’il n’existe pas, dans certains diocèses, de conseil pastoral qui serait un lieu de discussion possible. Faut-il s’associer à un mouvement qui serait susceptible d’en y obtenir la remise en marche, Je vais y réfléchir.

Je me dis aussi qu’il y a eu peut-être ça et là trop de permissivité qui a fait affadir tes exigences, Seigneur, et alors succède un temps de rigorisme qui confine au légalisme étroit, mais qui permettra peut-être de remettre les choses en place. Mais pour le moment, si Tu n’avais pas dit : Je serai avec vous, jusqu’à la fin des siècles, je serais assez pessimiste, car je vois clairement que je n’y vois pas clair.

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Françoise REYNÈS

Laïque mariste († 2011).

(re)publié: 01/11/2006