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Visitation

Dès le petit matin, se lever la première, allumer le feu, faire chauffer l’eau, préparer le petit déjeuner d’Elisabeth et de Zacharie, faire la vaisselle, aller au puits chercher l’eau nécessaire pour la journée en faisant quatre à cinq fois le trajet, laver le sol, essuyer la poussière, répondre à Elisabeth qui fait ses recommandations, se mettre au repas de la mi-journée, puis le servir et ensuite re-vaisselle et rangement.
Prendre un petit moment pour souffler, pour prier sans doute, puis aller couper le bois pour alimenter le feu de cette fin de journée, et celui du lendemain, se préparer à recevoir les voisines qui ne manqueront pas, les unes après les autres, de venir encourager Elisabeth qui ne quitte guère sa chambre, et se fait plus lourde de jour en jour, aller verser les eaux usées, arroser le jardin, cueillir les légumes, faire semblant d’être en pleine forme, alors que de violentes nausées vous terrassent, surtout le matin, ne pas perdre de temps pour cuire le dernier repas et re-re-vaisselle et re-rangement, s’asseoir enfin tout en tissant ou en filant auprès de Zacharie qui, chaque soir, lit l’Ecriture Sainte, et enfin se coucher, après avoir vérifié que tout était en ordre.
C’est sans doute la journée de Marie, à Aïn Karim, sans compter le lavage du linge que l’on a oublié et qu’il faudra caser demain.

Et oui ! Et si un fonctionnaire avait demandé à Marie (c’est impensable à l’époque), mais ça ne fait rien, si un fonctionnaire, dis-je, avait demandé à Marie : « Travaillez-vous, avez-vous une profession ? », elle aurait sûrement répondu : « Non, je ne travaille pas. »
Tu parles !
Mais, économiquement, c’est vrai, elle est zéro !
Cela ne l’empêche pas, elle, la servante du Seigneur, de savoir que, toutes les générations la diront bienheureuse.
Voilà qui va à l’encontre d’une attitude bien ancrée dans notre monde moderne. Quand, économiquement on est zéro, par exemple les femmes au foyer, les chômeurs, les RMIstes, les vieillards, les handicapés, peut-on avoir de la valeur, être reconnu ?

A une époque où les ’économiquement zéro’ ont tendance à augmenter, Marie, apprends-nous à revoir notre échelle de valeur, nos appréciations, nos jugements. Et d’ailleurs, faut-il juger ? Je crois bien que ton Fils nous l’a formellement déconseillé. Alors, qu’à ton exemple, nous accomplissions de notre mieux, ce que nous avons à faire, sans trop nous poser de questions sur la valeur des uns et des autres, s’il te plaît, Marie.


Françoise REYNÈS
 
(re)publié: 30/11/2003