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« Priez sans cesse », as-tu dit, Seigneur. Si tu crois que c’est facile !

Et oui, Seigneur, tous les jours c’est la même comédie. Tu m’as demandé de Te consacrer un certain temps, que j’appelle un temps de prière, et tous les jours au moment de m’y mettre, je n’en ai aucune envie et me trouve un tas d’occupations urgentes à faire illico.

Pourquoi es-Tu, a priori, aussi peu attirant ?

Parce que mystérieux, Tout Autre, parce que Tu nous dépasses infiniment, parce qu’on sait que, malgré tous les efforts, on n’arrivera jamais à Te connaître complètement, parce qu’on ne sait pas exactement à qui on s’adresse ?

Y a de ça sans doute !

Mais quand un homme et une femme commencent à s’aimer, ils se trouvent certes des tas de points communs et s’en émerveillent, mais ils apprennent assez vite que l’autre restera à jamais assez inconnu pour une bonne part. Et ça ne les empêche pas d’avoir du plaisir à se retrouver, de multiplier les occasions de se voir, de s’écrire, de se téléphoner, d’ici quelque temps on va dire de se faxer...

Avec Toi, rien de pareil. Pourquoi, oui, pourquoi ai-je autant de réticences à venir vers Toi ? Pourtant je sais de façon sûre que Tu m’aimes. Pourtant depuis quelque temps, je le reconnais, Tu me gâtes et même si ça ne doit pas durer longtemps, j’en profite, j’apprécie.

Tu me gâtes, dis-je, parce que suivant les recettes qui m’ont été indiquées, je commence ce temps qui T’est consacré, par une prière de demande personnelle. Seigneur donne-moi... Et suivant les jours, ça peut être très varié, par exemple donne-moi l’amour de mes proches, l’humilité, la patience, la joie, la force, ce dont j’ai vraiment besoin, la grâce de Te plaire... Tout y passe et ensuite je dis merci et là aussi pas de barrière, ni de limite ; ça peut être merci pour une rencontre enrichissante, une jolie fleur, une bonne télé où je me suis bien amusée, une phrase entendue ou lue qui m’a éclairée, un coup de téléphone amical, le fait tout simplement d’avoir la chance d’être chrétienne... Bref, Seigneur, je te raconte à Toi tout ce qui m’est arrivé, le bon, le moins bon et le mauvais. Et quand j’ai tout dit, je prends la lecture du propre du jour, suivie (quand j’en trouve) par les commentaires d’un moine dont les écrits me parlent.

C’est classique, je crois, comme procédure, et ça se révèle bénéfique et même réconfortant parce que maintenant, à chaque fois ou presque à chaque fois, je trouve dans ces lectures (ou je crois trouver), une réponse à mes questions, à mes préoccupations du jour. Certaines fois, je suis presque obligée de croire que Tu m’as écoutée, et que Tu me réponds.
C’est bouleversant.
Mais je me demande quand même si je ne me monte pas le bourrichon. C’est terrible, cette méfiance vis-à-vis de Toi, hein, Seigneur !

Cependant quelquefois, c’est tellement net et exaltant que je termine extasiée, remplie de joie et je n’ai plus qu’une envie : me réfugier dans tes bras et Te dire que je t’embrasse de tout mon cœur. Moment de paix intérieure profonde où il n’y a plus qu’à dire merci.

Deo gratias.

Mais demain, je sais que ça ne sera pas plus attrayant de venir m’entretenir avec Toi. Il faudra que je me prenne par la main. Faut s’y faire.

Mais c’est pas facile, c’est même dur, dur, de prier.


Françoise REYNÈS
 
(re)publié: 31/07/2003