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Peut-on lire la Bible sans danger ?

Je vous ai déjà dit qu’en réfléchissant sur Nazareth et sur la vie de Marie, Joseph et Jésus, je m’étais rendue compte de l’intérêt qu’il y avait à être familier avec les Ecritures.

Je l’avais aussi entendu avec l’épisode des disciples d’Emmaüs. Pour faire comprendre sa crucifixion et sa mort, Jésus avait repris l’histoire du peuple élu, en passant par Moïse et les prophètes.

Mais je suis d’une génération où dans mon enfance, mon adolescence et même ma jeunesse, la lecture de la Bible n’était pas recommandée, et même, disons le clairement, fortement déconseillée : c’était réservé à quelques spécialistes ; le commun des mortels risquait d’être déconcerté par cette lecture. Je ne dirai pas que la Bible était à l’index... Ce serait exagéré, mais il y avait de ça.

Quand les autorités religieuses sont revenues sur cet ostracisme, et ont fait une volte face complète, recommandant aux laïcs de se familiariser avec ces textes, je m’y suis mise, mais avec une certaine crainte.

De plus, je restais méfiante, j’avais dans la tête cette photo parue dans un journal d’alors, (ça remonte à 25 ans, peut-être plus) où on nous montrait des petits marins chinois sur leur bateau : ils avaient fait escale à Marseille, et d’une main ils agitaient le petit livre rouge de Mao, leur Bible en quelque sorte, et de l’autre, ils tenaient des banderoles sur lesquelles ils avaient noté (en français, parce qu’autrement...) : la bombe atomique des américains ne nous fait pas peur, c’est un tigre en papier, ou quelque chose d’approchant. Ils cherchaient à la construire cette bombe, mais ils ne l’avaient pas encore.

Alors je me disais que si la lecture de leur petit livre rouge arrivait à les doper, à les intoxiquer à ce point, est-ce que moi aussi je ne risquais pas de perdre mon sens critique en lisant assidûment l’Ancien et le Nouveau Testament. Le bourrage de crâne, ça existe ! les chinois, eux, pouvaient facilement être détrompés : il suffisait de leur envoyer le quart de la moitié de la cent millionième partie de la bombe atomique. Le tigre risquait de rugir un peu fort à leur goût. Mais, en ce qui me concernait, je ne voyais pas ce qui pourrait me détromper en cas d’erreur.

Je vous l’avoue, ça m’a tracassée longtemps, trop longtemps et je lisais la Bible, et notamment les Evangiles, mais en me tenant sur mes gardes ; et je restais sur ma faim de Dieu.

Et puis, grâce à mes amis Maristes, grâce à d’autres aussi, j’ai été amenée à lire ces évangiles, à les partager surtout, et peu à peu, j’ai été séduite.

Intoxiquée allez-vous dire !

Non, je suis sûre que non car je suis très heureuse. Dans le calme et dans la joie, Jésus est devenu un ami, un merveilleux ami. Je ne trouve pas d’autre mots, extraordinaire serait peut-être plus juste. Je n’ai plus peur de poser ma tête sur son épaule comme faisait Saint Jean. Je l’avise comme disait une paysanne au curé d’Ars, je ne sais pas encore s’il m’avise, lui ; je ne sais pas très bien l’entendre, mais je suis en confiance ; je vous assure que c’est très fort et pas triste.

Alors, laissez-vous intoxiquer si vous tenez à ce mot, je vous assure que ça vaut le coup.

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Françoise REYNÈS

Laïque mariste († 2011).

(re)publié: 31/05/2003