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Mes démêlés avec l’Évangile

Paul se décerne un certificat de bon chrétien

Voilà qui est curieux, ou qui me semble curieux ! Le dimanche où il nous est proposé la parabole du publicain et du pharisien et où seul le publicain se retire justifié, parce qu’il s’est reconnu pécheur, nous avons juste avant l’Evangile, un passage de la deuxième lettre de saint Paul à Timothée où il expose, ma foi, qu’il n’est pas mécontent de lui, un peu comme le pharisien, à première vue. Lui, le pharisien a fait valoir qu’il mène une vie vertueuse : il jeûne deux fois par semaine et donne le dixième de sa fortune... C’est plutôt bien, et même très bien... On est nombreux à ne pas en faire autant, loin de là ! Et pourtant, nous dit Jésus, sa satisfaction personnelle l’empêchera d’être justifié. Or Paul, lui, déclare dans cette lettre, qu’il s’est bien battu, qu’il a tenu jusqu’au bout et qu’il est resté fidèle. Sans vergogne, il estime qu’il a droit à la récompense du vainqueur. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il ne se prend pas pour une petite queue de poire, carrément, il se met l’auréole autour de la tête.

Vrai, je ne vois pas la différence entre la position du pharisien et celle de saint Paul. Pourtant, il est à supposer que ceux qui ont choisi ces textes savaient ce qu’ils faisaient et ont mûrement réfléchi avant de proposer cette juxtaposition. A mon avis, si on avait choisi le passage où Paul se lamente et reconnaît qu’il ne fait pas le bien qu’il voudrait et qu’il fait le mal qu’il ne voudrait pas, ça aurait mieux convenu.

Mais il doit bien y avoir une explication.

Je sais bien que Paul avant Damas était un pharisien scrupuleux, au dessus de tous soupçons, et qu’il respectait à la lettre les 613 commandements de la Torah ; il pouvait légitimement se glorifier de ses bonnes œuvres comme le pharisien de la parabole, il était en règle et juste aux yeux de ses congénères.

Et en relisant le texte de Paul, je vois qu’il y a une différence et même une sacrée différence entre la position de Paul et celle du pharisien : comment cela avait-il pu m’échapper ?

Dans sa lettre, Paul ne parle pas de ses bonnes œuvres, il ne dit pas (traduisons en langage d’aujourd’hui) : je n’ai pas manqué la messe du dimanche, j’ai toujours mangé du poisson le vendredi même quand ce n’était plus obligatoire, j’ai récité une ou deux dizaines de chapelet chaque jour, je me suis montré généreux vis à vis du Secours Catholique, je milite au sein d’une association qui reconnait la dignité des pauvres et des exclus, respectueux des consignes papales actuelles, je suis contre l’IVG, le préservatif et la pilule et je porte un col romain...

Franchement, on ne voit pas Paul dire tout cela, lui qui s’est si bien disputé avec Pierre, mais surtout, on voit bien qu’il se place sur un autre terrain, sur un autre plan. Il ne s’abrite pas derrière ce qu’il a fait ou n’a pas fait, il s’abrite derrière le Christ, qui l’a poussé vers le bon combat. Il a fait confiance au Christ.

L’esprit dans lequel il a œuvré est totalement différent : le pharisien de la parabole agit pour avoir sa propre estime et celle de ses contemporains ; Paul, lui, s’accroche au Christ, et compte sur lui. Et dans ces conditions, il ne pouvait être déçu : c’est évident.

Une première lecture hâtive m’avait entraînée dans l’erreur, mais il est clair que les deux textes choisis vont très bien ensemble ; il suffisait de réfléchir un peu et de faire appel à un peu d’intelligence.
Ce n’est pas interdit, c’est même recommandé, n’est-ce pas, Seigneur ?


Françoise REYNÈS
 
(re)publié: 01/10/2007