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Mes démêlés avec l’Évangile

Nouvelles interrogations sur la souffrance

Seigneur, je viens de lire un livre sur Bernadette Soubirous. Il me semble (tel que c’est relaté dans ce livre) que Bernadette pensait Te faire plaisir, en souffrant. Il est vrai que lors des apparitions, Marie l’avait prévenue qu’elle ne serait pas heureuse en ce monde, mais dans l’autre. Et c’est ce qui est arrivé, pendant sa vie terrestre. La pauvreté matérielle radicale de sa famille, sa très mauvaise santé, le harcèlement dont elle a été l’objet après les apparitions, les humiliations incessantes des religieuses de Nevers chargées de sa bonne intégration au sein de leur communauté ont fait de sa vie terrestre une succession ininterrompue d’épreuves très lourdes à supporter. C’est un fait.

Mais ce qui me gêne, c’est qu’elle pensait Te faire plaisir, non seulement en offrant ses souffrances (jusque-là ça peut aller) mais en acceptant de souffrir même quand ça aurait pu être évité. Elle pensait faire Ta volonté. À croire que Tu serais sadique. Et ça c’est inacceptable et forcément erroné, même si, il faut le reconnaître, les épreuves peuvent parfois avoir un côté bénéfique, en nous aidant à faire une utile révision de vie.

Mais il faut noter aussi qu’il y a quelques années, il y a eu dans ton Église, une période doloriste très accentuée. Il était question de rançon, du sacrifice nécessaire de Ton Fils, seul capable de T’offrir une réparation valable pour toutes nos offenses. Je me demande quelle figure Te faisaient les braves croyants qui vivaient en 1850 ? Mais il est vrai que nous passons notre temps, quelle que soit l’époque où l’on vit, à Te défigurer, et il y a fort à parier pour que sans m’en rendre compte, je me fasse une fausse figure de Toi. Ainsi, aujourd’hui, je privilégie fortement l’image du Père aimant, toujours prêt à pardonner à ses enfants repentants.

Il faut dire quand même, à ma décharge, que dans cette optique, Ton Fils a une responsabilité bien affirmée... c’est sûr ! Note que ça n’est pas faux c’est même vrai, mais est-ce que ça fait le tour entier de toute ta personnalité ? Sûrement pas, aucun humain, être forcément limité, ne peut Te concevoir, Toi le Tout Autre, l’Innommable, l’Infini.

Et d’un autre côté il est certain que la vie doit être un combat. On est beaucoup plus attiré par la facilité, le laisser aller, le confort, la satisfaction de ses envies que par le désir de T’aimer et d’aimer les autres. II faut donc faire un effort, se tenir debout et avancer comme Ton Fils nous l’a aussi recommandé à de multiples reprises. Mais de là à adopter les solutions les plus coûteuses, les plus douloureuses, comme étant les seules à me permettre d’avancer vers Toi, il y a un pas que je me refuse à franchir.

Accepter sans me révolter les épreuves que j’ai eues ou que j’aurai à traverser, en essayant au maximum de les éviter, telle est ma philosophie. Franchement, Seigneur, je ne vois pas ce que je pourrais faire de plus, en ce domaine. Je ne suis pas maso.

Oui ! Mais par ailleurs, il faut prendre en compte que Ton Fils aurait pu éviter la croix. Il lui aurait suffi de ne pas monter (« avec courage » dit le texte) à Jérusalem, pour les fêtes et de rejoindre Nazareth pour reprendre son métier de charpentier. C’était tout à fait possible.
Il ne l’a pas fait et librement Il a choisi la solution douloureuse.
Alors j’ai un petit doute bien turlupinant.
À ma connaissance, il n’y a pas eu de saint dont la vie a été un long fleuve tranquille. Ils ont tous un petit côté héroïque dans leur fidélité à Te complaire, même si leur vie a été tout ordinaire. Et je crains qu’on ne puisse pas faire l’impasse sur ce petit côté héroïque...

Ô Esprit Saint, réveille-toi, comme il est dit dans certains psaumes. J’ai besoin de Toi. Entre autres il me faudrait un brin de discernement et beaucoup de courage. S’il Te plaît.

 
Françoise REYNÈS

Laïque mariste ; célibataire.
Ancien magistrat. († 2011)

(re)publié: 01/11/2017