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Nazareth

Nous sommes nombreux à penser que notre vie est somme toute, des plus banale. Français moyen, catholique moyen, citoyen moyen, votant sans passion et sans trop d’illusions, occupant un job moyen et sportif, alors là, tout ce qu’il y a de plus moyen. Notre vie se déroule avec son lot de petites et grandes joies, son lot de maladies, de souffrances et d’épreuves, mais dans l’ensemble, rien de bien extraordinaire.

Nous ne sommes pas des héros, ni dans un sens ni dans l’autre.
Mère Térésa c’est très bien, mais ça n’est pas pour nous, et nous ne deviendrons pas non plus l’ennemi public n° 1. Faut-il s’en réjouir ou s’en désoler ?

Ni l’un ni l’autre, nous dit Marie à Nazareth.
Et, en y réfléchissant, c’est vrai qu’à Nazareth pendant trente ans, il ne s’est rien passé d’extraordinaire. Jésus a été un petit garçon juif moyen, un élève convenable, un bon fils, un apprenti sans doute attentif, puis un charpentier correct, mais rien de bien marquant.
Et de son côté, Marie s’est contentée d’être une bonne maîtresse de maison, vaquant aux soins ménagers, veillant sur la santé de Jésus et de Joseph, ayant de bonnes relations avec toutes les femmes du village et avec ceux de sa parenté, rendant service quand le besoin s’en faisait sentir, se réjouissant quand le petit avait fait sa première lecture à la synagogue, s’inquiétant quand il se plantait une écharde dans le doigt ou qu’il avait pris froid.
Pendant la majorité de sa vie, Jésus a mené une vie tout ce qu’il a de plus normale, une vie tout ce qu’il y a de plus simple, une vie ordinaire, comme nous.

Alors où est la différence avec nous ?

Qu’est-ce qui fait que, le moment venu, Jésus s’est révélé comme un homme hors du commun, et sa mère comme une femme forte ?
Ils n’ont pas de secret, ni de recette miracle. Il suffit de se rendre compte que tout leur vie s’est déroulée sous le regard de Dieu, tous leurs gestes, du matin au soir, ont été rythmés par la Thora, toute leur culture a été imprégnée par la Bible mille et mille fois méditée, par l’enseignement de Moïse et des prophètes.
La vie publique du Christ nous démontre à chaque instant combien tous ces textes lui étaient familiers, combien il les avait assimilés, combien il les vivait. Depuis les récits de la Tentation jusqu’à son dernier souffle, il s’est appuyé sur ces textes pour mener sa vie et sa mission.

Et malgré le harcèlement de la foule, nombreuses sont les fois où les évangiles nous disent que Jésus se retire pour prier toute la nuit. Il est certain qu’il l’a toujours fait.

Alors est-ce que je veux vraiment sortir de ma banalité, de ma médiocrité ? J’ai le remède, la formule, le bon numéro. Mais encore, faut-il que j’appelle, comme dit je ne sais quelle publicité, pour un compte en banque qui rapporte !

Et sûr, à moi, ça me rapporterait.

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Françoise REYNÈS

Laïque mariste († 2011).

(re)publié: 30/11/2001