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Mes démêlés avec l’Évangile

Multiplication des pains

Ma mère est une précautionneuse ! Quand je lui ai dit que je partais pour aller écouter le Prophète dont tout le monde parle, elle m’a donné de quoi pique-niquer pendant au moins trois ou quatre jours.
Aujourd’hui, il me reste deux poissons et cinq pains. Faut les manger, sinon ils vont passer, avec cette chaleur !

Je crois bien que je suis le seul à avoir quelque chose à me mettre sous la dent. J’en ai largement pour moi tout seul, mais ça m’embête de me restaurer, alors que mes voisins n’ont rien. D’un autre côté, si je partage, il n’y en aura sûrement pas pour tout le monde. Il y a une foule énorme : cinq mille hommes sans compter les femmes et les enfants dont je suis, et qui mangent aussi. C’est vexant cette habitude de ne compter que les hommes. Faudra changer ça ! On existe que diable ! Mais comme je suis petit, j’ai pu me glisser juste devant le Prophète. Il est génial, extra, super extra. Près de lui on se sent bien ; on a chaud au cœur, on pense qu’on est capable d’aimer tout le monde.

Jean, le disciple qui est toujours près de Jésus, a remarqué que j’avais un petit paquet. Il m’a demandé ce que c’était, et si je voulais bien le donner. Pour Jésus, j’ai dit oui tout de suite. Je préfère l’écouter. Tant pis si ma mère n’est pas contente ! Sûr, elle va dire : « Ce que j’avais préparé, c’était pour toi, pas pour les autres ! » Elle est comme ça, ma mère !

Et vous savez ce qui s’est passé ? Pas croyable ! Mais j’étais là, j’ai tout vu, et je peux vous affirmer qu’il y a eu du pain et des poissons pour tout le monde, femmes et enfants compris et à profusion encore. Il y a eu des restes en pagaille.

Je vais en rapporter à ma mère pour lui raconter. Finalement, c’est bon d’avoir une mère précautionneuse quand même ! Grâce à son petit paquet, voilà un événement dont on n’a pas fini de parler...


Françoise REYNÈS
 
(re)publié: 31/05/2003