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Le plaisir

Dans Marc 12,37 in fine, je lis avec étonnement, puis avec satisfaction : « La foule qui était nombreuse, écoutait Jésus avec plaisir ».

Plaisir ! Voilà un mot qui depuis des lustres paraît banni de nos églises ; plaisir et église, ça ne va pas ensemble. C’est même antinomique pour beaucoup. Pendant des centaines d’années, on nous a surtout parlé de la souffrance qu’il fallait endurer avec courage, des épreuves subies avec humilité dans la persévérance, des sacrifices à offrir, des mortifications nécessaires pour obtenir une belle âme... J’en passe, mais ceux de ma génération savent de quoi je parle, et je sais qu’enfant, je me demandais pourquoi Dieu était content parce que je me privais de chocolat, et le prix de la tablette qu’on donnerait aux pauvres petits chinois ou africains me paraissait dérisoire pour venir à bout de cette grande misère... Mais c’était comme ça. Bref, plaisir était plus ou moins assimilé à péché et plutôt plus que moins.

Etonnez-vous ensuite qu’il n’y ai plus personne dans nos églises et qu’on ait parlé d’opium du peuple pour définir la religion !

Pourtant vous avec bien entendu, c’est dans Marc 24,37. Allez voir dans votre Bible si vous ne me croyez pas. Dans la TOB, c’est à la page 2442, j’ai vérifié.

Alors, je pense à David qui chantait et dansait devant l’Arche d’Alliance, et il me parait évident que l’église d’Afrique a beaucoup à nous apprendre à ce sujet. Pourtant, on a essayé de lui inculquer nos façons de faire, mais les africains ont sur résister à cette chape de plomb de bonne éducation qui veut que, dans une église, on soit convenable, muet, sérieux, bon chic bon genre, un peu guindé comme on dit dans le Midi en parlant d’un camembert coriace.

Grâce aux africains, le mouvement charismatique s’est laissé un peu convaincre, mais il y a des progrès à faire, et il serait urgent d’entendre et de mettre l’accent sur : « Venez à moi, et je vous soulagerai. Je suis votre Sauveur, votre libérateur. Je viens vous délivrer. » (à ce propos le 6 juin 1944, il y avait des gens qui paraissaient vraiment heureux d’être libérés). Je vous apporte la Bonne Nouvelle : Dieu vous aime et veut votre bonheur et les béatitudes commencent toutes par Heureux... On peut aussi traduire par : quel bonheur pour celui qui...

Vous ne croyez pas qu’on a vraiment exagéré la nécessité de se mortifier pour que Dieu soit heureux ? Quel drôle de Dieu avons-nous inventé là ! Et quand je dis drôle, je me comprends.

Eh bien, si j’étais évêque, (rassurez-vous, ce n’est pas demain la veille) chaque fois que j’irais visiter une paroisse, je demanderais au curé de me copier cent fois ce merveilleux verser 37 au chapitre 12 de Marc, et pour les séminaristes, je suggérerais qu’ils accomplissent cet exercice une fois par mois.

Alors, si on faisait un référendum pour savoir si les chrétiens pratiquants vont écouter leur curé par plaisir et si on spécifiait bien qu’à cette question, il s’agissait de répondre en toute vérité et non en ouaille déférente, peut-être qu’on obtiendrait, je ne dis pas une majorité, mais enfin, une bonne proportion de oui.

Ca serait bien, non ! Naturellement, il ne faudrait pas tomber dans l’excès inverse. Mais la vie est là pour nous rappeler que tout sur terre n’est pas de nature à nous stabiliser dans l’euphorie.

Je vous l’assure, il est grand temps qu’en Eglise, on mette l’accent sur la joie ; mais quelle joie, direz-vous ? Et bien, le plaisir d’être heureux et j’en reviens toujours à la même formule, heureux comme les petits enfants qui se savent aimés par leurs parents, parents qui veulent naturellement le bonheur de leurs chères têtes blondes.

Et oui, et Dieu est pareil pour nous.

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Françoise REYNÈS

Laïque mariste († 2011).

(re)publié: 30/11/2001