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La veuve de Naïm

Bien souvent, en lisant tel ou tel passage d’évangile du jour, je reste sèche, et ne vois pas en quoi cette histoire peut me concerner aujourd’hui.

Par exemple, la veuve de Naïm, c’est dans Luc : Lc 7, 11-16.

Une grande foule suit Jésus qui se dirige vers la ville toute proche ; sort de cette ville une autre grande foule qui accompagne une veuve qui suit le corbillard de son fils unique.
Jésus est ému, touche la civière, les porteurs s’arrêtent et il dit : « Jeune homme, je te l’ordonne, lève-toi. » Le jeune homme se lève et Jésus le rend à sa mère.

C’est sûr, voilà une histoire touchante qui se termine bien, et même très bien ; mais, heureusement je ne suis pas veuve, je n’ai pas de fils, et même si j’en avais un et que j’aie la douleur de le perdre, je suis bien certaine que sur le chemin vers le cimetière, je ne rencontrerais personne qui me rende mon petit !

Alors, qu’est-ce que je peux tirer, pour moi, de ce passage ?

Naturellement, on peut dire que :
1 - Jésus est compatissant, il partage nos douleurs ; c’est très bien.
Mais il n’est pas le seul à être ému ; une foule considérable accompagne cette pauvre femme et, personnellement, comme tout un chacun, j’aurais été émue moi aussi. Quoi de plus douloureux pour une mère que de perdre un enfant en pleine jeunesse, après avoir déjà été éprouvée par la mort de son mari. Cette femme fait pitié.
2 - Jésus est puissant : il peut rendre à la vie ceux qui sont morts, et il le fait. Parfait.
Mais pourquoi ne le ferait-il pas puisqu’il a ce pouvoir ? C’est le contraire qui serait choquant ! En tout cas, moi ça ne m’étonne pas. Je n’en attends pas moins d’un fils de Dieu.
3 - Devant les manifestations de la puissance de Dieu, ceux qui ont assisté à ce miracle rendent gloire à Dieu.
C’est normal.

Il y avait de quoi à l’époque, être stupéfait et heureux, et je m’associe volontiers à leur joie, encore que la formule “rendre gloire à Dieu” est un peu trop abstraite pour moi.
Et voilà tout. Dans l’ensemble, ce texte me laisse froide. Ça ne me parle pas.
Et puis, j’en arrive à la dernière ligne : « Un grand prophète s’est levé parmi nous, disent les témoins, et Dieu a visité son peuple. » Et là, ça fait tilt !

Quelle est la religion où un pareil amour de Dieu pour les hommes, s’est manifesté ? Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique : Jésus qui était dans la condition de Dieu, s’est dépouillé jusqu’à devenir homme et homme serviteur. C’est proprement inconcevable. Dieu, le Dieu tout Puissant, le Tout Autre, le Maître de l’Univers, s’est mêlé aux hommes. Il les a visités. Il est devenu l’un des leurs...
... Ça me laisse rêveuse et confondue.

Il faut dire qu’avant la venue de Jésus, Dieu n’était pas arrivé complètement, avec les prophètes, à se faire bien comprendre des hommes ; certes, les prophètes étaient inspirés, mais ils avaient chacun leur personnalité, leur nature, leur tempérament, leur façon de s’exprimer. Et ainsi le message de Dieu était un peu, ou même un peu beaucoup, coloré par leur conception humaine. Ni une, ni deux, bien que ce soit proprement incroyable, Dieu a décidé de venir lui-même sur terre. Comme ça, il n’y aurait plus aucune ambiguïté : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, écoutez-le. »
« Qui me voit, voit le Père. »
C’est extraordinaire, non ? C’est le cas de le dire. Des gens comme moi ont vu Jésus, l’ont entendu, l’ont touché et ne sont pas morts ! Souvenez-vous, Moïse, l’ami de Dieu, ne l’avait vu que de dos !

Alors, je pense à la chance que j’ai d’être née après Jésus Christ. Si j’avais vécu au temps d’Abraham ou de Moïse, je n’aurais pas osé entrer en relation avec Dieu en toute simplicité, en toute intimité. Du moins, je ne crois pas. Aucun Juif n’aurait osé appeler Dieu “Papa”. Nous-mêmes, bien que Jésus nous l’ait recommandé, nous n’avons pas l’habitude de le faire.
Etre confiante vis-à-vis de Dieu, ça me paraît plus facile après Jésus Christ qu’avant ; car, heureusement, des témoins ont relaté ce qui s’est passé quand Dieu était sur terre. Donc, on sait ce qu’il a dit, ce qu’il a fait, comment il a réagi. Il est devenu proche de nous, il est devenu aimable : je veux dire par là, qu’on peut l’aimer plus facilement que s’il était resté lointain, inaccessible et mystérieux à souhait. Le Tout Autre, quoi.
Je sais bien que Jésus est Tout Autre, mais il est aussi humain, donc, par certains côtés, il me ressemble, c’est rassurant.

Alors, si je ne sais pas très bien ce qu’on entend par “rendre gloire à Dieu”, comme il est dit dans le texte, je sais bien que je dois dire merci du fond du cœur pour sa visite sur terre, et que je n’aurai pas assez de toute ma vie pour m’émerveiller pour ce cadeau somptueux : « Dieu a visité son peuple. »

Et merci aussi pour le petit tilt d’aujourd’hui, parce que ça ne le fait pas chaque fois, oh là là non, pas chaque fois !

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Françoise REYNÈS

Laïque mariste († 2011).

(re)publié: 01/04/2016