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La tentation du découragement

Seigneur, j’aimerais revenir sur un passage de mes démêlés où j’avais noté, avec pas mal de malice, il faut le reconnaître que Tu avais traité de Satan, le premier pape de ton Eglise, ton apôtre Pierre...
C’est pas tout à fait ça !
J’ai relu le passage et je pense que j’ai un peu forcé tes propos.
Il est exact que, quand Pierre s’est opposé avec conviction à ton sombre pronostic d’avenir, où Tu essayais d’amener les apôtres à accepter ta fin tragique, Tu lui as dit que ses pensées étaient des pensées qui provenaient de Satan, et non de Dieu.
Tu as réagi violemment, sans aucune nuance, preuve qu’il T’avait fallu toute ton énergie, toute ta force pour repousser cette tentation. La perspective de la Passion pouvait en faire reculer plus d’un, on le comprend ! Or il était assez évident que les autorités religieuses de ton pays se faisaient de plus en plus menaçantes au fur et à mesure que Tu essayais de leur faire comprendre qu’ils avaient beaucoup dénaturé le message de Dieu, en le surchargeant de préceptes minutieux qui, souvent, en ternissaient complètement le sens.
Alors pour Toi, il n’y avait plus que deux solutions : ou Tu authentifiais ta Parole, en montant courageusement à Jérusalem, sans Te faire aucune illusion sur la fin cruelle et infamante qui T’attendait, ou Tu rentrais à Nazareth, reprenais ton métier de charpentier et n’ouvrais plus la bouche, ce qui en plus aurait rassuré ta famille. Cette deuxième solution était faisable, c’est sûr.
Mais pour adopter la première, Tu as eu besoin de tout ton courage pour accomplir jusqu’au bout, ta mission de prophète, alors que Pierre T’incitait à la dérobade.
Et je remarque que pour venir à bout de cette tentative, Tu as pris la formule « va derrière moi Satan », formule qu’à ta suite j’ai préconisée il y a quelques temps, en la disant savamment en latin de cuisine « vade retro Satanas ».

En réfléchissant, il faut reconnaître que ça nous arrive souvent ou assez souvent (ne soyons pas trop pessimistes) d’adopter les idées de Satan en ignorant ou en refusant de voir qu’elles nous sont soufflées par lui. Par exemple quand je me demande à quoi ça sert que je me décarcasse, que je fasse tel ou tel effort ridiculement petit, pour militer dans une association, pour rencontrer une voisine, pour écouter une personne en difficulté ? C’est pas ça qui va changer complètement la face du monde, le rendre beaucoup plus juste, beaucoup plus vivable, beaucoup plus fraternel. Alors à quoi bon ?

Le découragement est insinuant. Et je pense à la drôle de petite histoire racontée par Marie Lorrain dans son livre intitulé Discernement, où elle imagine que le diable a décidé un jour de vendre tous ses instruments à des prix variant en fonction de leur efficacité. Le plus cher, le plus usé aussi qui de ce fait ne paye pas de mine, c’est le découragement. Et il est tellement cher qu’il rebute les éventuels acheteurs ce dont le diable se réjouit, car avec cet outil là il arrive à faire faire aux hommes, tout le mal qu’il souhaite.
Et je me rends compte Seigneur, avec cet épisode qui t’a opposé à Pierre que dans ta vie, Tu as eu pas mal d’occasions où Tu aurais pu être tenté de tout laisser tomber, tellement ton entourage était décourageant. Il ne comprenait rien à rien ou tout de travers, n’arrêtait pas de Te demander des guérisons, de faire des miracles à gogo. Il voyait surtout en Toi l’homme puissant, invincible, qui allait bouter dehors les ennemis d’Israël.
De temps en temps on Te sent lassé par cette incompréhension « Combien de temps vais-je encore vous supporter ? » soupires-Tu une fois.
Mais la plupart du temps, Tu nous acceptes comme nous sommes, et patiemment avec tendresse, Tu essayes de nous entraîner vers le Royaume Eternel.
Tu affirmes même qu’on n’ en est pas loin.
Alors là, je me demande si Tu n’exagères pas un peu !
Mais au fond, pourquoi pas ? En principe Tu sais ce que Tu dis, alors même si ça me parait pitoyable, infime, d’une banalité à pleurer, sans efficacité immédiatement visible, je vais quand même repousser ce découragement, ce refus de cheminer avec Toi Seigneur, en redisant ce « Vade retro Satanas » qui T’a si bien réussi.

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Françoise REYNÈS

Laïque mariste († 2011).

(re)publié: 01/09/2006