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Mes démêlés avec l’Évangile

Faut-il faire des études religieuses ?

Seigneur, quand on lit les évangiles, tu n’es pas clair ; et je t’assure qu’il est difficile de s’y retrouver.

Tu veux des exemples ? Sans chercher bien loin, je trouve : « Mon joug est facile et mon fardeau léger », et en face, je peux noter : « Si quelqu’un veut être mon disciple, qu’il prenne sa croix, et qu’il me suive ».

C’est quand même pas la même chose, non ?

Et encore : « Venez à moi et je vous soulagerai » et un peu plus loin « Combien de temps faudra-t-il que je vous supporte, incrédules ? »

Ou alors : « Je ne suis pas venu apporter la paix, mais le glaive » et « Je vous donne ma paix, je vous laisse ma paix ».

C’est blanc et noir.

Je l’ai déjà dit, dans les évangiles, on trouve le tout et le contraire du tout. Comment veux-tu qu’on s’y reconnaisse ?

On peut être perdu, je t’assure !

Peut-être qu’en faisant des recherches, en lisant des bouquins, qui me diraient dans quels contextes, quand, comment, par qui, ont été écrits ces évangiles, ça s’éclairerait. Mais pourquoi ne pas se contenter de la foi du charbonnier ?

Tu as dit que tu aimais les pauvres et les petits, pourquoi faudrait-il entrer dans le groupe des intellectuels, des savants, et des chercheurs ?

Pourquoi faudrait-il faire des études pour te comprendre ?

Des études, ça dans la famille, on en a fait. Par hasard, l’autre jour en rangeant le tiroir d’un meuble ayant appartenu à ma mère, je suis tombée sur les diplômes glanés ça et là, par ses enfants et conservés avec amour et fierté. Il y avait là des certificats d’études établis en belle ronde sur papier parcheminé et signé de l’inspecteur d’académie, svp, des licences, des certificats de doctorat même, mais simplement dactylographiés avec un tampon et un vague grigri d’une secrétaire...

Mais pas un seul diplôme religieux.

Pourtant, nous avons été élevés dans une famille profondément catholique, et on a suivi le catéchisme jusqu’à 12 ou 15 ans dans une école libre, mais ça ne faisait pas partie des matières obligatoires pour les examens ; c’était par ailleurs inintéressant, surtout dans les institutions pour filles, où pour éviter tout risque de dérapage, les aumôniers étaient choisis parmi ceux qui humainement parlant ne risquaient pas d’attirer l’attention des demoiselles, alors les études religieuses, on ne s’y donnait pas vraiment.

Entre les études laïques poursuivies pendant de longues années et les petits cours religieux, le décalage est grand. Au fond, je suis déséquilibrée, docteur es qualité pour les études profanes et certificat d’études à peine pour les études religieuses. Quand on est charbonnier, on ne se pose pas toutes les questions que je me pose, on fait confiance à Dieu, tout simplement, et c’est ça l’important, l’essentiel même.

Mais je ne suis pas charbonnier et puisque mes facultés de penser, de raisonner, de critiquer ont été élargies par les études, il est important que je me mette au même niveau pour tout ce qui concerne la foi. Ainsi, dans la clarté, je pourrai moi aussi faire confiance.

J’ai une lacune, c’est évident. Il va falloir que je m’inscrive à un cours d’études religieuses. Ça n’est pas très difficile. Il y en a dans tous les diocèses.

 
Françoise REYNÈS

Laïque mariste ; célibataire.
Ancien magistrat. († 2011)

(re)publié: 30/11/2001