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Est-ce que je peux encore me confesser ?

On m’a appris que pour se confesser valablement, il fallait avouer ses fautes, les regretter et avoir la ferme volonté d’y renoncer.
C’est le dernier point qui m’interpelle. A quoi faut-il que je renonce ? Si c’est au péché, faut être réaliste, je n’ai plus qu’à renoncer à me confesser car je suis intimement persuadée que je vais recommencer, indéfiniment recommencer à faire des fautes. Je le regretterai certes, mais je recommencerai.
Quel est le croyant, Seigneur, qui peut raisonnablement penser en sortant du confessionnal, qu’il ne va pas, à très brève échéance, être plus ou moins en contradiction avec les exigences de ton Amour, même s’il souhaite naturellement, qu’avec ton aide, ça puisse s’améliorer.
Alors faudrait-il réserver la confession, aux derniers moments de la vie, où on peut espérer qu’on n’aura plus le temps ni l’opportunité de pécher. Mais encore faudrait-il que je n’aie pas la malchance de périr d’un coup, soit d’un arrêt cardiaque, soit d’un accident de la circulation, auquel cas je serais blousée !
Pourtant dans mon enfance il était recommandé de se confesser régulièrement, et même de le faire souvent. On m’avait dit, si je me souviens bien, que le Pape se confessait tous les jours, et on le disait avec une pointe d’admiration. Le Pape reconnaissait donc qu’il péchait tous les jours, mais alors à quoi renonçait-il ? S’il récitait à chaque fois, comme c’était l’usage, l’acte de contrition, il devait bien se rendre compte que « sa ferme résolution de ne plus T’offenser » était quelque peu flageolante. Ce qui n’a rien d’étonnant, tous ceux qui chaque jour, font une révision de vie, arrivent au même constat.

Je sais que je suis pécheresse, dès le sein de ma mère dit le psaume. Mais je sais aussi que je suis une pécheresse qui peut être pardonnée, car Tu es miséricordieux Seigneur, ce qui se conçoit parfaitement surtout depuis que ton Fils nous a dit que Tu étais notre Père.

En tant que juge des enfants, j’ai connu des parents qui, à la suite d’un délit ou d’un crime commis par leur enfant, réagissaient en affirmant que pour eux, leur enfant était comme mort et ils l’excluaient radicalement du foyer familial ; à l’inverse, il y en avait qui s’indignaient des poursuites engagées par la société contre leur chérubin ; pour eux, il s’agissait d’erreurs de jeunesse qui devaient automatiquement passer à l’as. Je Te le dis Seigneur, ni les uns ni les autres n’étaient considérés comme des parents exemplaires. Tu t’en doutes, et Tu n’es sûrement pas comme eux, ça tombe sous le sens.

Alors à quoi faudrait-il renoncer pour se confesser valablement puisqu’il ne peut s’agir de renoncer à mon état de vie de pécheresse ?

Dans la plupart des cas le renoncement n’est pas précisé, sauf le cas des divorcés remariés : ils doivent s’engager à vivre comme frère et sœur. C’est, je le reconnais précis et peut-être faisable, mais j’aime autant Te le dire Seigneur, je ne partage pas du tout ce point de vue. En quoi le fait, pour des époux remariés, d’avoir des rapports normaux entre eux peut-il être une faute impardonnable à tes yeux ?
Ça leur permettrait m’a-t-on dit, de reconnaître que le deuxième mariage est nul. Oui mais il n’y a pas que les relations sexuelles dans un couple, c’est beaucoup plus que çà. Et si les deux époux ne sont pas d’accord pour respecter cette exigence, c’est cause de divorce parfaitement admise par les Tribunaux ; Ça s’appelle, refus des devoirs conjugaux. Et où allons-nous, si nous multiplions les cas de divorce.
De plus ça me parait être une situation pas nette qui peut favoriser de belles hypocrisies.

Alors si j’applique mon esprit cartésien juridique à cette position, j’arrive à des situations paradoxales. Quand il y aurait grave mésentente familiale, il vaudrait mieux, au regard de cette règle, tuer son conjoint plutôt que de divorcer et de se remarier. Dans le premier cas, le criminel devenu veuf ou veuve pourrait espérer être pardonné et éventuellement se remarier religieusement, tandis que dans le deuxième cas, les remariés se retrouvent actuellement exclus non seulement de la bénédiction nuptiale, mais du sacrement de Pénitence et partant de l’Eucharistie. Même possibilité de réhabilitation injuste d’ailleurs, au cas où le décès ne serait pas criminel mais naturel !
Ou alors autre solution, il faudrait recommander de se marier civilement (au besoin plusieurs fois, et en divorçant plusieurs fois) et réserver le mariage religieux en fin de vie pour une union, où tous les couples, compte tenu de leur âge, vivent en frère et sœur.
Avoue Seigneur que ça ne fait pas sérieux pour ne pas dire que c’est grotesque.

Mais tu exagères va t-on me dire...
Et oui, c’est vrai, j’exagère un peu, mais à peine. On en a eu un exemple frappant tout récemment, lors du mariage de l’Infant d’Espagne. Il se mariait avec une personne qui avait eu la bonne idée (si on peut dire) de se marier une première fois civilement, sans faire appel à l’Église. Aussi ont-ils été mariés comme s’il s’agissait d’un premier mariage. Beaucoup de personnes ont été choquées, et ont pensé que le fait d’être riche et puissant arrangeait bien les choses. Ce qui est faux. Il en aurait été de même pour deux RMIstes dans la même situation. Le premier mariage étant nul, puisque sans engagement devant Toi, ne peut pas compter ! C’est parfaitement logique ! Même si on ressent un certain malaise.

Oui je le sais, l’argument présenté pour justifier l’indissolubilité du mariage c’est l’ordre donné par ton Fils : « l’homme ne doit pas désunir ce que Dieu a uni. » C’est très clair, très fort, j’en conviens et c’est même solennel. Mais les Apôtres eux même, ont estimé que c’était trop dur. Et ils ont invoqué Moïse. « Certes a rétorqué ton Fils, c’est en raison de l’endurcissement de votre cœur que Moïse a parlé d’un acte de répudiation. Mais ce n’est pas le projet initial de Dieu. »

Et je suis d’accord avec ton projet Seigneur ; il est très bon, il est même excellent. C’est ce que l’on souhaite à tous les nouveaux époux chaque fois qu’on assiste à un mariage, et c’est d’autant plus souhaitable s’il y a par la suite des enfants. Briser une union peut être une faute grave, à tout le moins une grave erreur dans le choix du futur conjoint. C’est dans tous les cas un échec meurtrissant, difficile à vivre pour les époux, les enfants et même pour tous les membres de ces deux familles.

Mais il arrive malheureusement que le divorce devienne parfois indispensable voire obligatoire quand, par exemple, l’un des époux, ou les enfants, sont en danger du fait de l’autre, et ce n’est pas le seul cas. Et alors, vivre en célibataire équilibré n’est pas donné à tout le monde. Même certains clercs le savent bien. Et je me pose une question. Pourquoi faire des différences entre tous ceux qui ont des difficultés à respecter tes commandements sur le plan des relations sexuelles ? Pourquoi ceux qui s’accordent une petite passe de temps en temps ou qui vivent en concubinages successifs avec des partenaires éphémères pourraient être pardonnés, mais pas ceux qui après une première erreur, fondent un nouveau foyer durable ? Je Te laisse juge Seigneur.
Tu le sais notre cœur, aujourd’hui comme hier est toujours aussi faible, aussi endurci comme a dit ton Fils, et je ne vois pas pourquoi exceptionnellement après un temps de réflexion et de pénitence, plus ou moins long, on ne relèverait pas certains des divorcés remariés de l’exclusion de deux sacrements majeurs dont ils sont frappés. Actuellement, la reconnaissance de nullité du premier mariage, même très largement ouverte, ne peut pas répondre à toutes les situations notamment quand il y a eu des enfants car ceux-ci risqueraient d’être profondément troublés. C’est évident.
Et l’offre faite aux divorcés remariés de participer aux réunions ecclésiales, sans pouvoir communier, revient dans un certain sens, à les inviter à un repas, en leur interdisant de manger. Ça ne se fait pas, voyons ! Ça me parait indécent pour eux, et choquant pour les autres. Un père aimant ne prive pas ses enfants de nourriture. Il peut tout au plus les priver de dessert de temps en temps, c’est tout.

Mais ils ont la possibilité d’accéder à la communion spirituelle, m’a t-on évoqué. Oui ! C’est sur, mais je ne sais pas s’il y en a qui s’y retrouvent ; pour moi, ça reste assez vague. Et de deux choses l’une, ou c’est aussi bien que la communion sous les deux espèces (et pourquoi la réserver aux seules personnes empêchées) ou ça n’est qu’un pis aller. Je ne suis pas seulement un pur esprit, je suis aussi un corps bien charnel, le tout mélangé en une personne. Et quand ton Fils a dit « Mangez ma chair, buvez mon sang pour avoir la vie éternelle en vous », ça n’était pas qu’une image ; Il a réellement donné son corps, donné son sang, en vrai.
Toute proportion gardée, la communion spirituelle, ça me fait penser à ces malheureux dans les camps de la mort qui, quand la faim les tenaillait cruellement, se récitaient parait-il des recettes de cuisine. Ça pouvait peut-être, pendant de courts instants, leur donner un léger dérivatif, mais ça ne les empêchait pas de mourir de faim.

Et que penser de la situation pas si rare que ça dans notre société déchristianisée, d’une personne qui a été baptisée, s’est mariée à l’église - c’est la tradition, c’est plus solennel - ça fait plaisir à une grand-mère, mais sans recevoir une formation religieuse ni même une préparation religieuse au mariage sérieuse (ça arrive). Si cette personne, au bout de quelque temps divorce, elle peut sans penser à mal, surtout si la grand-mère est décédée, se remarier civilement et puis sous l’effet de ta grâce Seigneur, à l’occasion d’un deuil d’une naissance, que sais-je, elle peut être amenée à se poser la question du sens de sa vie. Et après un temps de formation où cette personne Te découvre, et peut s’enthousiasmer pour Toi, elle apprend l’exclusion qui la touche, à moins de re-divorcer ou de ne plus vivre complètement sa vie de couple. « Vous ne saviez pas, vous n avez pas fait attention, on est désolé mais on ne peut pas entrer dans ces considérations. Vous êtes dans une situation qui entraîne automatiquement l’exclusion. »

Mais enfin Seigneur, ce n’est pas vraiment juste. Même le code pénal réagit autrement. Pour les infractions les plus graves, les seuls éléments matériels ne suffisent pas pour constituer le crime ou le délit, il faut encore une volonté claire, affirmée, de faire ce qui est défendu. Tu vois ?

Bref au terme de cette longue réflexion, sous ton regard Seigneur, je ne vois pas de grande différence entre les pécheurs, disons ordinaires, et certains divorcés remariés. Nous sommes tous dans un continuel état de vie de pécheurs.
Ce qui est sûr, c’est que nous devons tous, en nous confessant, nous dire que nous allons essayer, avec ton aide Seigneur, de faire mieux en aimant plus. C’est certainement le manque d’amour qui est le plus gros péché, avec l’amour de l’argent. Ça aussi ton Fils nous l’a dit. Et le sacrement de réconciliation est fait pour les pécheurs. Pourquoi vouloir en exclure certains ?
Je t’assure Seigneur, en pensant à ta grande miséricorde paternelle, je suis intimement convaincue que la situation d’exclusion des sacrements de confession et de communion de certains divorcés remariés doit être revue et corrigée.

Certes au regard de ton projet initial, Tu ne peux accepter de bénir un deuxième mariage, alors que le premier existe toujours, c’est évident. Et la situation actuelle où le nombre des divorces augmente à la vitesse grand V est diablement (c’est le terme qui convient) préoccupante. On pourrait se demander si la condamnation des divorcés remariés peut être un frein à cette dérive ?
Je ne le pense pas. Dans un passé récent où le nombre des divorces était restreint, c’est d’une part l’opprobre sociale qui frappait les divorcés - ils n’étaient plus reçus dans la bonne société, j’entends par-là la société aisée, et d’autre part le coût du procès et ses formalités qui en rebutaient d’autres - Et surtout, surtout c’était le fait que les femmes traitées en mineures perpétuelles, étaient peu ou pas du tout préparées à vivre seule, et à gagner leur vie.
Alors pourquoi édicter cette exclusion qui n’est ni comprise ni admise par bon nombre de chrétiens qui ne sont même pas concernés personnellement par cette situation. Cette question a été régulièrement soulevée lors des nombreux synodes tenus en France, après Vatican II.
« Vox populi, vox Dei » dit la tradition. J’espère qu’elle sera finalement entendue même si aujourd’hui, je crains que ce ne soit pas demain la veille. Je le souhaite, je le souhaite vraiment pour ta plus grande gloire Seigneur, car ce rejet cause beaucoup de souffrance et même de révolte, ce qui entraîne des conséquences calamiteuses pour ton Église.
S’il te plait Seigneur, et j’espère que ça Te plaira.

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Françoise REYNÈS

Laïque mariste († 2011).

(re)publié: 01/12/2005