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Comment voir Dieu en toute chose ?

Certains d’entre vous le savent : j’aime beaucoup les chiens. Pendant les quatorze premières années de ma vie, je n’en ai pas eu. Nous vivions à Paris et maman nous avait dit que quand on aimait les gros chiens - ceux dont j’avais envie - on ne les faisait pas vivre en ville, en appartement. On avait eu droit, en guise de consolation à un poisson rouge ; côté affectif, c’était pas terrible.

Mais je suis tombée malade, gravement malade et un cousin aveyronnais qui connaissait mon désir, m’a fait dire au fond de mon lit, que sa chienne avait eu des petits, et qu’il m’en gardait un. Mes parents n’ont pas eu le coeur de refuser et, à mon avis, ils s’en sont bien tirés, parce que si j’avais eu envie d’un éléphant blanc, compte tenu des circonstances, ils auraient quand même dit oui.

Seulement au lieu de mourir, comme vous pouvez le constater, je m’en suis sortie j’ai réclamé le chien. Chose promise, chose due, Papa est allé chercher le chien. On l’a appelé Masto puisque c’était l’année des M et que j’avais eu une double mastoïdite. On aurait aussi pu l’appeler méningite, pour les mêmes raisons, mais ça ne me plaisait pas. Et depuis Masto, il y a toujours eu des chiens à la maison, au moins un si pas deux ou trois. Il faut dire qu’on avait quitté Paris et qu’on n’habitait plus en appartement, mais en campagne.

Vous connaissez le conte de Marie Noël sur la création, où Dieu, après avoir créé le chien pense qu’il a fait un vrai chef-d’oeuvre et qu’Il a intérêt à s’arrêter dans son oeuvre de création sous peine de faire d’autres créatures qui seraient forcément moins bonnes. Tous les artistes sentent ça.

Mais Il va se laisser forcer la main par le chien qui refuse d’aller sur terre, avec toutes les autres créatures, s’il n’y trouve pas quelqu’un à aimer qui ressemble à Dieu.

Alors Dieu crée l’homme. Et Il ne s’était pas trompé, Dieu ! L’homme c’est assez raté, mais le chien s’en fout complètement. Il a quelqu’un à aimer. Il est heureux.

Depuis quelque temps, cet amour du chien pour moi, amour que je vois, m’a fait penser à l’amour de Dieu pour moi, amour que je ne vois pas, ou que je vois moins bien et dont j’ai du mal à prendre réellement conscience.

C’est un amour inconditionnel. Que l’on soit jeune, beau, riche, malade, pauvre, mal foutu... le chien s’en moque ; il aime son maître. Et mon chien m’aime et il est heureux de m’aimer. C’est sa raison de vivre. Il ne sait pas faire autre chose. Son bonheur, c’est d’être auprès de moi. Quand je m’occupe de lui, il est fou de joie. Et il attend patiemment que je fasse attention à lui. Quoi que je lui fasse, il me pardonne tout. Quand je le laisse à la maison ou dans l’auto, il attend. Quand je tricote ou regarde la télé, il est couché à mes pieds. Quand je me lève, il me suit. Quand je reçois de la famille ou des amis et que je l’oublie, il m’attend. C’est un amour humble, discret.

Et quand je reviens vers lui il ne sait pas comment me manifester sa satisfaction. Il me fait les yeux doux, sa queue bat frénétiquement, il saute et il me dit : « Si tu savais comme j’ai été malheureux pendant ton absence. Mais tu es là, tu es là, j’en défaille de joie. »

Et je sais que Dieu est pareil. Il m’aime d’un amour fou, tenace, humble, discret, fidèle, inconditionnel, miséricordieux, respectueux. Attention touchante : Il m’a fait dire par un de ses prophètes, qu’Il ne pouvait m’oublier, puisqu’il avait gravé mon nom, Françoise R., dans la paume de sa main. Eh oui ! Il m’aime et attend patiemment que je daigne m’intéresser à Lui. J’ai le pouvoir de Le rendre heureux ou malheureux. C’est assez effrayant et déconcertant. Mais c’est comme ça. Moi, avorton, j’ai pouvoir sur Dieu en quelque sorte. C’est troublant, non ?

Seulement, avec mon habitude invétérée de me poser des questions à première vue insolubles, je me suis demandé pourquoi Dieu avait fait ce choix, pourquoi Il aime les hommes, pourquoi sans exception il aime tous les hommes en général, et moi en particulier ! Pourquoi ?

Parce qu’enfin il y a des hommes franchement repoussants : violents, cruels, sadiques, égoïstes, suffisants, écrasants... Et oui, je sais !

Quand on connaît leur histoire, ça peut souvent s’expliquer ; ils ont généralement beaucoup souffert d’un manque affectif flagrant. Ca peut s’expliquer mais pas s’admettre, pas avoir envie de les rencontrer, et encore moins de les fréquenter. Et en ce qui me concerne, je trouve beaucoup de raisons de ne pas me trouver aimable, c’est-à-dire bonne à aimer à 100 %. Et vous êtes pareils, vous savez !

Alors pourquoi cet amour déraisonnable de Dieu ?

Je me souviens d’une petite fille qui se désolait parce qu’elle ne se trouvait pas jolie et craignait de ne jamais plaire à un garçon. « Mais, ma chérie, lui disait sa maman, je suis sûre qui y aura un garçon qui te trouvera à son goût, et qui t’aimera. » - « Alors, répliquait la petite fille, moi je ne pourrais pas l’aimer, car il manquera totalement de goût. »

Dieu manquerait-il de goût ?

Et une fois de plus, ce sont les chiens qui m’ont orientée vers une solution. Je me suis pensé (comme on dit dans le Midi) que, sans doute, Dieu nous voyait comme des jeunes chiots. Presque tous les petits d’homme ou les petits d’animaux sont adorables. Regardez les petits enfants autour de vous. Ils sont à croquer. Regardez les petits chats qui font les précieux, les petits veaux avec leur air candide et étonné, regardez le succès de Bambi... La liste pourrait s’allonger indéfiniment.

J’avoue ne pas avoir vu des petits d’araignée ou de scorpion. Mais enfin, sans se pousser du col, on peut penser que nous, les humains, nous pouvons écarter les insectes et nous classer dans les animaux domestiques. Et je sais que moi, devant une portée de jeunes chiots, je fonds. Ils sont patauds à souhait, maladroits, n’arrêtent pas de faire bêtise sur bêtise. Mais ils sont attendrissants. Et pourtant on voit très vite ceux qui sont peureux ou hardis, ceux qui prennent les bons morceaux en écartant les autres, ceux qui grognent, et ceux qui font mal en jouant, ceux qui s’énervent jusqu’à ce que les autres pleurent. Et, dans une portée, il n’est pas rare qu’il y en ait un, un peu plus faible que les autres et qui, très vite, attend avec confiance qu’on s’occupe un peu plus de lui, qu’on le défende, qu’on le favorise pour lui permettre de vivre.

Et je commence à comprendre l’amour de Dieu pour les petits, les faibles, les pauvres, les paumés. Et je me dis que peut-être Dieu nous voit comme des jeunes chiots qui ne savent pas trop ce qu’ils font, comme a dit Jésus sur la croix. Je me vois comme un jeune chiot, pas malin mais somme toute acceptable. A près de 80 ans, faut le faire ! Mais c’est plaisant et surtout rassurant ; ainsi au moment des célébrations pénitentielles du sacrement de la Réconciliation c’est le côté pardon qui prend le pas sur le côté culpabilité. J’accepte mieux que Dieu m’aime.

Or c’était le but de mon questionnement. Dieu ne manque pas de goût. Il n’a pas besoin d’être raisonnable, c’est même pure folie, sa passion pour les humains. Il est Amour, un point c’est tout. C’est incompréhensible.

Mais rappelez-vous. Quel est le garçon ou la fille qui n’a pas interloqué sa famille en lui amenant la personne aimée ? Qu’est-ce qu’il ou elle pouvait bien lui trouver de si extraordinaire ? L’amour, ça ne s’explique pas. Ca ne se justifie pas. Et Dieu est comme ça. Et au fond c’est tant mieux ! Je peux dire comme Lui, au moment de la création : « Cela est bon », c’est même très bon.

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Françoise REYNÈS

Laïque mariste († 2011).

(re)publié: 31/01/2004