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Celui d’entre vous qui ne renonce pas à tous ses biens, ne peut pas être mon disciple

Le jour de la fête de sainte Claire, cette jeune aristocrate qui a été attirée par l’enseignement de François d’Assise et a renoncé à tous les avantages matériels que sa position sociale lui assurait pour embrasser la pauvreté radicale et se consacrer à la méditation, l’évangile est tiré de Luc (Lc 14, 25-33) et l’épître de saint Paul aux Philippiens (Ph 3, 8-14) lui fait écho. Saint Paul dit : « A cause de lui, Jésus Christ, j’ai tout perdu, c’est-à-dire, tous les avantages que j’avais autrefois. » Et Jésus, Lui, affirme : « Celui qui ne renonce pas à tous ses biens, ne peut être mon disciple... »

Holà, Seigneur, c’est dur ce que tu demandes ! Mais tout le monde est-il concerné par cette exigence ? J’avais cru comprendre, avec le refus du jeune homme riche, que cet appel était adressé aux seules personnes appelées par Toi, à un ministère particulier, à une fonction ecclésiale spéciale, aux clercs pour tout dire.

Mais là, tu parais dire que les laïcs aussi sont concernés ; pauvre de moi, je ne suis pas prête du tout à renoncer tout de suite à ma maison confortable, aux avantages de ma retraite, aux jolies choses léguées par ma famille, à ma réputation de femme comme il faut, alors, vraiment, je ne peux pas être ton disciple ?

Mais autour de moi, parmi les laïcs amis que je fréquente et qui disent t’aimer, aucun n’a fait ce sacrifice de manière radicale, sauf au moment de leur mort, naturellement. et c’est vrai qu’au seuil de la vieillesse, je me rends compte que, petit à petit, je perds ma force, ma souplesse, la mémoire... Et la liste va s’allonger de manière inexorable. Mais là, ce n’est pas moi qui décide, ça se fait tout seul ; se raidir, refuser, se lamenter au moment du grand départ ne sert à rien. On quitte tout, on part tout nu. On n’a jamais vu un coffre fort suivre un corbillard, a dit très justement, je ne sais trop qui.

Alors, sauf cas exceptionnel, où tu demandes qu’on quitte tout, immédiatement, pour s’abandonner dans tes bras et se consacrer exclusivement au service de tes frères, Seigneur peux-tu te contenter que je sois prête à tout quitter, mais seulement petit à petit ? Peux-tu accepter que je me borne à user de tous mes biens, en sachant que je ne suis pas vraiment propriétaire et en partageant un peu, un peu plus, beaucoup, à la folie, passionnément et en évitant naturellement le pas du tout ?

Parce qu’enfin, une société qui ne comprendrait que des pauvres, dénués de tout, n’est pas viable ! Il y aura toujours des malades et des bien portants, des intelligents et des débiles, des êtres forts et d’autres qui le sont moins. Alors, les faibles, qui s’en occupera, si tout le monde est paumé ? Toi même l’as reconnu : il y en a à qui tu confies cinq talents, et d’autres à qui tu en donnes deux. Et il s’agit de les faire fructifier en fonction des dons reçus. L’incapable, le paresseux, le trop prudent qui a refusé de prendre des risques, est blâmé par toi.

Finalement, je ne m’y retrouve plus ; je te trouve compliqué, Seigneur, à moins que ce ne soit moi qui complique tout !

Mais, dans les évangiles, on trouve le tout et le contraire de tout : alors, comment y voir clair ? Que veux-tu à la fin ?

Une petite voix intérieure me souffle : et faire confiance ? Tu as oublié ? C’est vrai que c’est le mot clef : va falloir que je le copie cent fois, mille fois... Autrement, je ne m’en sortirai pas. Me permettez-vous de vous conseiller d’en faire autant ?

A qui le demande, l’Esprit accorde le discernement sur ce qui nous est demandé. Inutile de se troubler, il faut écouter.

Pour moi, il me semble que j’entends un appel à faire taire mes jérémiades sur la vieillesse qui s’installe et peut-être aussi, un appel à plus de générosité dans le partage.

A vous aussi, il est demandé d’entendre dans ce texte, ce qui vous est proposé aujourd’hui pour aller vers Lui.

Peut-être pas tout, tout de suite, mais peut-être un peu seulement, petit à petit ; Jésus sait courir, mais il sait aussi marcher lentement. Il sait s’adapter à notre rythme, pourvu qu’on avance.

Je te rends grâce, Seigneur, pour la vieillesse qui va me permettre de me dépouiller du superflu d’abord, du nécessaire et enfin, de tout ce qui n’est pas Toi.

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(re)publié: 01/10/2013
1ère public.: 20/05/2004