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Mes démêlés avec l’Évangile

Seigneur, sois miséricordieux quand on ne te comprend pas

Seigneur, il faut que je Te dise ma révolte. Je viens de perdre une amie, épouse et mère de trois petits enfants. Comment veux-tu que je ne m’indigne pas, quand des êtres jeunes meurent de maladie ou d’accident, plongeant dans la douleur tous leurs proches.

Leur perte est indécente, inacceptable, cruelle. Elle paraît inutile, contraire à l’ordre naturel, scandaleuse.

Pourquoi, Seigneur, pourquoi un tel gâchis, sans profit pour personne. Il n’en faudrait pas beaucoup pour que je te mette au défi de me faire une réponse raisonnable. Je préfère m’enfermer dans mon chagrin et hurler ma douleur. C’est pas juste. C’est pas juste.

Mais je me suis promis de lire chaque jour le propre de la liturgie proposée par l’Eglise et, sans conviction, j’ouvre mon missel. Assez souvent, je le reconnais, en lisant le propre, je trouve (ou je crois trouver) une explication, une réponse à mes questionnements journaliers. Ça m’étonnerait si aujourd’hui Tu arrivais à me rendre la paix. D’autant que je tombe sur la fête de la Transfiguration du Seigneur.

C’est un passage bien mystérieux, où on voit les trois apôtres invités à y assister, complètement désemparés par cette scène. « Ils ne savaient plus ce qu’ils disaient » dit le texte « et étaient saisi de frayeur. » Mais pourquoi Jésus devient-il resplendissant, pourquoi s’entretient-il avec Moïse et Elie ?

Pour préparer le cœur de ses disciples à surmonter le scandale de la croix, dit mon petit livre.

Le scandale de la croix !

Eh oui, c’est vrai, pour tes apôtres, pour tous ceux qui t’aimaient, pour ta mère qui souffrait avec Toi au pied de la croix, ta mort a paru injuste, inutile et scandaleuse. Mais curieusement, le propre exalte la gloire du Père. « Le Seigneur est Roi, dit le psaume. Justice et droit sont l’appui de son trône. »

Eh oui, je le sais, Seigneur, Tu me dépasses infiniment, mais Tu es aussi, et j’ai envie de dire, Tu es surtout, mon Père, et ton côté mystère grandiose a tendance à m’éloigner de Toi, même si, à certains moments, il me rassure aussi... C’est sûr, j’ai besoin d’un Dieu qui me dépasse, et partant, que je ne peux comprendre, ce qui est source de souffrance.

Alors, sans comprendre, puis-je dire : « Que ta volonté soit faite ? »

Ah non ! Pas ce matin, Seigneur. Non pas que je Te rende responsable de cette mort révoltante. Tu ne veux pas le mal, Tu ne fais pas le mal, ça je le sais.

Malgré nos prières, malgré nos supplications, Tu n’es pas intervenu, et ça, Tu pouvais le faire. Alors je t’en veux beaucoup, je ne Te comprends pas.

Que ta volonté soit faite, nous a appris ton Fils, c’est-à-dire que je fasse confiance sachant que tout ce qui arrive peut dégénérer en bien. Mais ce matin, ça ne passe pas. Pas ce matin, Seigneur. Tâche de m’excuser, je T’en prie. Je fais appel à ta grande miséricorde.

Je te rappelle que Pierre a eu la chance d’assister à la transfiguration de Ton Fils. Et ça ne l’a pas empêché de se débiner au moment du scandale de la croix. Mais Tu lui as pardonné. Alors pour moi, y a pas de raison que Tu n’en fasses pas autant.

Dis, Seigneur, je Te demande un peu de temps.

 
Françoise REYNÈS

Laïque mariste ; célibataire.
Ancien magistrat. († 2011)

Françoise REYNÈS

Laïque mariste ; célibataire.
Ancien magistrat. († 2011)

(re)publié: 30/11/2001