Ceux qui disent seulement : "Seigneur, Seigneur"
Alors ceux qui se contentent de dire : "Seigneur, Seigneur" ne rentreront pas dans le Royaume des Cieux ?
Bigre, tu es raide, Seigneur !
Heureusement, ta mère est plus sympa, plus cool diraient les jeunes. Parce qu’autrement tu te rends compte de ces centaines, peut-être de ces millions de "Je vous salue Marie" récités chaque jour qui seraient sans valeur.
Marie a dit à Bernadette que cette salutation qui reprend celle de l’envoyé de Dieu à Nazareth, même répétée à l’infini, lui cause autant de joie chaque fois qu’elle l’entend. Et je connais beaucoup de personnes qui, chaque jour, fidèlement, ont recours au chapelet. Elles ne sont pas totalement attentives à chaque mot, mais de temps en temps, il y en a un qui accroche et les réveille de la monotonie. Ce peut être "Réjouis-toi Marie" ou "Maintenant et à l’heure de notre mort" qui approche, ou bien "Ton enfant, le fruit de tes entrailles", ou "Pauvres pécheurs", à moins qu’elles ne suivent les mystères proposés par le Rosaire ?
J’en connais une qui m’a demandé de lui calculer à combien se montait son trésor : le chapelet, elle l’avait toujours récité chaque jour, mais depuis cinq ans, elle disait treize Ave par dizaine (treize à la dizaine !). Alors ses trois Ave de rabiot, elle pensait pouvoir en faire un petit pécule pour obtenir un strapontin au paradis, et elle avait été assez rassurée quand je lui avais donné le chiffre exact.
Oh ! les anges, ne riez pas ! C’est facile de se moquer ; mais moi, cette brave femme, je l’avais trouvée touchante.
Mais revenons à ton propos, Seigneur, car je ne suis pas tout à fait d’accord avec toi. Que tu repousses ceux qui se conduisent mal ou très mal, et pensent pouvoir obtenir une assurance tous risques pour l’au-delà en marmonnant comme des moulins à prières, je te comprends ; mais ne repousse pas ceux qui disent : « Seigneur, Seigneur » et dont les actes ne suivent pas tout à fait, ou suivent de très loin, les belles pensées, les pieuses pensées émises dans leurs prières.
Parce que je vais te faire un aveu : souvent, je suis étonnée par ce que j’arrive à te dire quand je m’adresse à toi, et il m’arrive de trouver cela très bien. Et il est vrai que les actes suivent loin, très loin derrière. Mais je suis sûre qu’à force de dire, je ferai, j’arriverai à faire, si pas tout, en tous cas un peu mieux que si je n’avais rien dit.
Un peu de patience, s’il te plaît, Seigneur. Tu le sais bien que nous sommes faits d’un peu de terre seulement... Faut pas trop demander.

Laïque mariste († 2011).
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